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Cinérama, la 500e

C’est demain le 500e numéro de Cinérama : l’émission s’installe pour de bon, maintenant, dans la durée…

Djamel-Eddine Hazourli :
C’est vrai que Cinérama a fait un long parcours, mais cela ne veut pas dire qu’elle est invulnérable. C’est au contraire quelque chose de très fragile qu’il a fallu défendre et protéger. Quand je pense qu’elle a pu résister au temps, aux différents aménagements des grilles de programmes, aux humeurs des uns et des autres et du fait qu’elle soit diffusée à partir de la station de Constantine sur les ondes de la chaîne I, loin de la capitale censée être le lieu privilégié de l’activité culturelle et cinématographique ; je me dis finalement est-ce que cela relève du phénomène ou du souci des responsables de la radio nationale de maintenir l’émission dans la grille des programmes de la chaîne I, ou de cette extraordinaire auditoire qui a vite adopté Cinérama et qui continue à la suivre et à la soutenir ; est-ce la passion que j’ai pour mon métier à la radio et pour le cinéma ? Je crois que tout cela en même temps a fait que l’émission arrive demain à son 500e numéro. Après toutes ces heures d’émission, ces mois, ces années, ce qui me tient à cœur maintenant, c’est d’aller vers cette auditrice, cet auditeur qui a suivi l’émission depuis son lancement et qui n’est peut-être jamais allé dans une salle de cinéma pour discuter avec lui sur ce que l’émission a pu lui apporter et en fait comment on arrive à écouter le cinéma, et quelles sont les rapports qu’il a pu tisser avec les cinéastes et les souvenirs qu’il a gardés à l’écoute de Cinérama. Cela pourra constituer un volet pour les prochains numéros.

On a toujours ce sentiment que Cinérama se fait dans la résistance et que vous faites œuvre de franc-tireur face à l’indifférence institution-nelle…
Faire une émission comme Cinérama à partir de Constantine sur les ondes de la chaîne nationale, implique un engagement vis-à-vis du public et vis-à-vis de l’institution elle-même. C’est vrai que les gestes d’encouragement émanent le plus souvent d’Alger, de la direction générale ; et le dernier en date était de permettre à Cinérama d’être présente à la
5e Biennale du cinéma arabe qui s’est tenue à Paris, il y a à peine une quinzaine de jours, ce qui a permis à la radio algérienne de participer à travers une émission spécialisée pour couvrir l’événement de façon professionnelle, honorable, l’accueil réservé à l’émission par tous ceux qu’elle a interviewés était des plus chaleureux, j’en étais fier ; d’autres émissions radio étaient là pour la couverture. Elles étaient à leur balbutiement sauf que nous préparons notre 500e. Quand je revois l’itinéraire de l’émission, je constate qu’elle a vu passer plusieurs responsables locaux qui étaient censés assister l’émission et la promouvoir ; seulement et malgré tout Cinérama est encore là… enfin, cela ce sont les choses de la vie, et de la vie il ne faut garder que les bons souvenirs, surtout que nous allons fêter tous ensemble la 500e et la dernière de la saison.

En fait, vous auriez pu faire une brillante carrière dans des médias audiovisuels étrangers: vous avez choisi de rester…
C’est une question qu’il faudrait poser aux responsables de la télévision, c’est à eux de voir s'ils veulent d’une émission sur le cinéma. Je dois dire que le vœu du public et des cinéastes eux-mêmes, c’est de voir Cinérama à la télé. Seulement, pour ma part, je considère que la télé fait trop dans les variétés et ne s’intéresse pas beaucoup au cinéma qu’elle doit promouvoir, et en parler. toutes les télés du monde ont des émissions sur le cinéma faites de différentes manières, et c’est vrai que Cinérama transposée à la télé serait peut-être quelque chose d’intéressant dans la mesure où le capital expérience acquis, les réseaux de connaissances tissés avec les cinéastes et le large public qui existe déjà garantiront une réussite d’un tel projet. Surtout que l’on s’apprête à organiser un festival international du cinéma à Alger. Mais peut-être aussi que le retentissement de l’émission dont vous parlez n’arrive pas aux oreilles des gens de la même manière. Je dirais aussi que c’est dommage que le cinéma de manière générale, et le cinéma algérien en particulier qui a perdu du terrain, ne trouve pas d’autre support que la radio pour garder ce lien avec cet art et le moyen culturel extraordinaire qu’est le cinéma. Cinérama et la radio ont pu, je crois, avec leurs moyens, garder ce lien entre les faiseurs d’images et le public qui ne cesse de demander avec insistance à voir le cinéma algérien revenir sur la scène.

On s’étonne toujours que le très grand retentissement de Cinérama ne vous ait pas ouvert les portes de la télévision…
Peut-être, mais c’est chez moi en Algérie que j’ai des choses à dire, à faire dans mon domaine.
J’ai fait partie vers la fin des années 70 d’une équipe de jeunes stagiaires algériens partis se former en France pour devenir réalisateurs-concepteurs radio. J’étais animé d’une grande passion, celle de rentrer au pays pour essayer de donner à notre radio une nouvelle dynamique, et depuis ces moments-là je n’ai pas changé, c’est toujours la même passion qui me guide ; la preuve, je prépare la 500e de Cinérama pour en faire un bon moment de radio, n’est-ce pas formidable ?

500 numéros après, les auditeurs restent attachés à Cinérama comme au premier jour. Que pouvez-vous proposer de plus que vous ne leur avez déjà offert ?
ce lien nous l’avons entretenu difficilement parfois, parce que tout n’était pas rose. quand il n’y a plus de salles de cinéma, quand il n’y a aucune revue spécialisée, quand les cinéastes algériens souffrent du fait qu’ils ne travaillent plus et certains sont tombés malades de l’indifférence de beaucoup, on doit se dire maintenant si on a le droit de ne pas faire quelque chose pour notre cinéma, pour notre culture… ce cinéma qui a été l’exemple pour tant de pays doit revenir dans notre pays et sur la scène internationale. c’est un peu tout cela qu’on a voulu aussi dire à travers Cinérama, et je crois que la radio algérienne a fait ce qu’elle pouvait faire dans ce sens.
Tant que les auditeurs sont là disponibles, il faut, je crois, continuer à faire Cinérama avec le même engouement et la même passion des premiers numéros et je pense qu’avec la nouvelle dynamique qui s’installe à la radio algérienne nous pouvons aller beaucoup plus loin, et la 501e de l’émission ne sera que plus prometteuse et plus belle, parce que à ce moment-là, nous voulons atteindre la 1000e, et permettez-moi de rendre hommage à toute l’équipe de Cinérama, techniciens de la radio, régisseurs… pour leur assistance et leur savoir-faire, un salut chaleureux à tous les auditeurs qui ont suivi Cinérama depuis toutes ces années et un hommage particulier à tous les cinéastes algériens qui sont des amis de l’émission et une pensée pour nos cinéastes malades, et je prie Dieu pour qu’ils reviennent rapidement à leur carrière. Je pense à A. Laskri, L. Merbah, Sid Ali Mazif, car avec le retour du cinéma algérien et de ses cinéastes, Cinérama ne sera que plus belle et plus forte.

Par Djamel-Eddine Merdaci du quotidien El Watan