LA
SAISON DES HOMMES, 2000, 125’.
Sorti le 27 décembre en France
Réalisation : Moufida Tlatli
Scénario : Moufida Tlatli
Image : Youssef Ben Youssef
Son : Faouzi Thabet
Montage Image : Isabelle Devinck
Montage son : Mourad Louanchi
Musique : Anouar Brahem
Interprètes : Rabiaa Ben Abdellah, Sabah Bouzouita,
Ghalia Ben Ali, Hend Sabri, Ezzedine Gennoun,
Mouna Noureddine
Production : Margaret Menegoz pour Les Films du Losange,
Mohamed Tlatli pour Maghreb Films Carthage
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L’auteur :
Née à Sidi Bou Saïd en Tunisie, Moufida Tlatli a effectué ses
études de cinéma dans la plus prestigieuses des écoles françaises de l’image :
l’HIDEC. C’est là qu’elle apprit à manier le ciseau et la colle.
Elle monta ensuite de grands films: Omar Gatlato, de M. Allouache, La
Mémoire fertile de Michel Khleifi, Halfaouine, l’enfant des terrasses,
de Férid Boughedir. En 1994, elle réalisait pour notre plus grand
plaisir, son premier long-métrage, Le Silence des palais. Cette année
elle vient nous surprendre avec La saison des hommes, un hommage qu’elle
rend aux femmes de Djerba, auprès desquelles elle a choisi de vivre, en y
acquérant une maison.
Ciné-critique :
Une femme de marchand de tapis installé à Tunis décide de retourner
dans son pays natal, afin de soigner son fils frappé d’autisme. Ce fils
qu’il a fallu donner à son mari afin de quitter l’île. Départ qu’aucune
femme de l’entourage d’Aïcha n’avait effectué avant elle. Mais
voilà, une fois de retour à Djerba, chaque lieu, chaque personnage du
passé qui réapparaît, et c’est un pan de l’histoire de la vie de
ces femmes qui se dessine sous nos yeux, dans leurs univers de patience,
et de douleur, mais aussi de chaleur, et de délivrance…
D’entrée de jeu, la réalisatrice nous prévient, le
folklore des femmes de l’île Djerba n’est pas la raison du film,
seuls comptent les images, les sons, les couleurs, les espaces, la musique
et les acteurs… Bref, ici, ce qui compte ce n’est pas la façon de
montrer ces femmes dans leur patience muette, mais d’en donner une
représentation cinématographique. Le film s’ouvre, à Tunis, sur une
répétition de la plus jeune des deux filles qui joue du violon. A la
maison, en scènes alternées, le petit frère est en crise, Aïcha et
Zeineb, sa belle sœur qui la suit partout, essaient de le calmer pour le
laver. Rien à faire, il s’enfuit dans le jardin et s’enferme dans son
autisme en pleurant.
Durant toute la scène de paroxysme, le violon continue à accompagner le
film. Et ce sera ce même son de violon qui ramènera le petit au calme.
La musique ici joue un rôle à part entièr. On peut remarquer également
les mouvements de caméra durant la crise du petit, comme son mental
agité, les images vacillent et se bousculent presque… Par ailleurs les
séquences du film défilent, sans que jamais le spectateur reste passif,
à tout moment il est éveillé par un détail, un raccord, un son…
On peut citer en exemple cette séquence durant laquelle, les hommes sont
enfin de retour et festoient autour d’une danseuse. Très gaie, cette
première scène précède le moment où Zeineb, la belle sœur dont la
mari n’est pas rentré depuis neuf longues années, est frappée d’une
crise… Ainsi, le film nous mène de détente en tension, de naissance en
naissance, jusqu’à ce jour, où Aïcha décide de rentrer soigner son
fils à Djerba, véritable retour aux sources, pour elle et son entourage…
On remarque également la notion de troupe autour de
Moufida, ses actrices reviennent, en force dans des rôles écrits à
leurs mesures. Les deux jeunes actrices, Sabah Bouzouita et Ghalia Ben
Ali, ayant toutes les deux interprété le rôle de la jeune fille
(adulte/enfant), dans Les Silences du Palais, sont à nouveau présentes.
Elles interprètent, cette fois chacune avec maîtrise, un rôle distinct,
celui des deux filles de Aïcha. L’une perdue dans un souvenir difficile
à oublier, une sorte de double viol, physique et mental, l’autre prise
dans une relation amoureuse non évidente avec un homme marié. Deux
rôles forts, deux actrices de taille.
Enfin, une construction basée sur le souvenir distancié, est-ce la
marque de Moufida ? Déjà la jeune fille du Silence… devenue
femme, se rappelait la vie qu’elle avait eu et que le spectateur
revisitait au fur et à mesure avec elle. Cette fois, c’est la pensée
multiple de Aïcha et de son entourage, qui conduisent le spectateur. Des
événements ayant eu lieu dans le passé, revisitées par un point de vue
présent, voilà ce qui fait des films de Moufida Tlatli, de réelles
allégories de la mémoire de la femme tunisienne.
Par Saïda Olivaud de PlaNet DZ |