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Hommage à El Anka, ce père spirituel du chaâbi
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Evoquer El Anka, c’est faire un voyage dans le temps où le chaâbi rythmait la vie. El Anka nous rappelle, 22 ans après sa disparition, qu’il reste le maître incontesté de ce genre. Ecouter une qacida est un moment de plaisir.


Elle a cette magie de restituer les atmosphères de fêtes familiales d’antan et de cette Casbah altière qui malheureusement a sombré dans les ténèbres. El Anka demeure le père spirituel du chaâbi. La chanson était interprétée avec passion. 

Entre lui et les férus de son art, il y avait plus que des rimes entendues. Il y avait une complicité extraordinaire, un partage et un échange de grâce. El Hamam elli rabitou résonne encore dans nos oreilles. Une chanson qu’il a interprétée après la mort de son fils. Le chanteur après avoir porté le deuil décide d’immortaliser ce moment de perte. 

En l’écoutant, on accède à un univers où la sensibilité est à fleur de peau. El Anka n’a jamais pu se départager de ses racines. La Casbah, où il est né, a toujours eu à ses yeux une signification particulière. Dans ses ruelles entrelacées et à l’intérieur de ses maisons perchées, il a puisé son inspiration première. 

A l’âge de 12 ans, il a commencé à s’intéresser à la musique. Il a assisté aux concerts de cheikh Nador qui est devenu plus tard son maître. Le disciple boit ses paroles et s’initie à ses méthodes. Une étoile est née. Il a apprit à ses côtés les gammes musicales et a intégré la troupe du frère de Hadj Merizek. Ses premières références, il les a puisées de cette Casbah qui l’a adopté comme un enfant prodige. El Anka chantait un genre élevé au rang de culte. Le chaâbi de l’époque dépassait le cadre de légères chansonettes. Il fallait apprendre par cœur les qacidate et comprendre leur signification profonde. Les concerts étaient un événement et les mélomanes venaient de loin pour écouter El Anka chanter avec sa mandole. 

Cette envie de mieux faire, de donner le meilleur de soi-même et de captiver l’auditoire avec des mots qui pénétrent l’âme ne sont plus de mise de nos jours. La réputation d’El Anka s’est répandue y compris dans les pays maghrébins. Autre caractéristique du chanteur : son répertoire est varié. Il a chanté la vénusté de la femme, la camaraderie, loué les attributs du prophète et exprimé son patriotisme dans la célébre chanson Al Hamdou Lilah mabkeche listiemar fi bladna. Il a introduit de nouveaux arrangements et instruments comme el qanoun, la derbouka et le piano, enrichissant ainsi le patrimoine. 

«El Hadj M’hamed El Anka est un mythe. C’est un personnage d’une finesse extraordinaire, et beaucoup de citadins se sont inspirés de son art de vivre. Il mérite qu’on parle de lui et de sa musique», souligne Rabah Saâdallah qui a édité un livre Le chaâbi d’El Hadj M’hamed El Anka. Le chanteur a charmé toute une jeunesse par son style et marqué des générations de mélomanes tout en restant humble parmi les humbles. Celui qui a été «à l’école de la faim et de la misère» a su donner une âme au chaâbi. 

Vingt-deux ans après sa mort, il reste présent dans les mémoires. Son monde du chant s’ouvre sur le merveilleux et laisse voguer l’imagination tout au long du récital. Une alchimie de sentiments vous fait échouer sur le rivage des résonnances magiques. Evoquer El Anka ne peut pas laisser les mélomanes indif-férents, car aujourd’hui il y a dans l’air plus de nostalgie que d’enchantement. L’artiste a fait entrer le chaâbi dans la légende. Le temps lui a permis de cueillir de chaque jardin une fleur et d’en faire un bouquet qu’il a offert aux amoureux de cet art populaire.

Par Kamel Benelkadi du quotidien El Watan. ( 27 novembre 2000)