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L'actu. de PlaNet DZ
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Paris «Total Dzaïer»
De Libre Algérie
Les grandes salles de spectacle parisiennes accueillent
de plus en plus d¹artistes algériens. L¹humoriste Fellag a fait le tour de la France et
il est «surbooké». Idir est monté sur la scène de l¹Olympia et il sera au Zénith le
25 mars 2000. Là-bas, son dernier album, style world music, s¹est très bien vendu. Ça
démarre assez bien pour le groupe de rap Intik. Produit par Sony Music, il effectue une
tournée dans quelques villes de France. Il donnera deux concerts les 23 et 25 mars
prochain à la Boule Noire (Paris). Inimaginable il y a à peine une année, les affiches
de promotion du spectacle sont dans les couloirs du métro parisien. Intik a cassé le mur
de l¹anonymat et il a sérieusement pris son envol.
Dans Paris la cosmopolite, où art et business cohabitent comme la droite et la gauche, le
chaâbi s¹est aussi taillé sa place. Depuis plus de deux ans, El Hachemi Guerrouabi
exerce une sorte de thérapie musicale sur la diaspora algérienne, grossie par le flux
des exilés des années 90. Fêtes, cérémonies et concerts à répétition, le maître
du chaâbi est sollicité comme, très probablement, il ne l¹a jamais été de toute sa
carrière en Algérie. Il a ouvert un salon de thé à Porte de Montreuil où se
rencontrent tous les Algériens qui ont la nostalgie permanente du bled ou ceux qui ont
pris un coup de cafard.
Guerrouabi est à l¹affiche du «Total Chaâbi» organisé par le Cabaret sauvage et Coup
de Soleil (Paris) avec une série de sponsors dont Planet DZ, Le Matin et, s¹il
vous plaît, Canal+. Du 15 au 19 mars, une brochette de chanteurs chaâbi (17) dont El
Badji, Amar Lachaâb, Chaou, Kamel El Harrachi et Mourad Djaâfri se succéderont sur les
planches. Cinq jours de chaâbi jusqu'à l¹overdose et on s¹attend à faire le plein,
tant la demande est forte. Les organisateurs regrettent seulement de n¹avoir pu
convaincre Boujemaâ El Ankis de faire le déplacement.
A côté du Cabaret sauvage, salle tenue par un Algérien, Planet DZ
(http ://www.planet-dz.com/) se lance dans l¹organisation des spectacles. Avec son
concours, Akli D., talentueux jeune chanteur en tamazight, se produira le 23 mars prochain
au café-théâtre L¹Entrepôt (XIVe arr., Paris). Le premier spectacle organisé par
Planet DZ a eu lieu aussi à L¹Entrepôt le 17 février dernier. C¹était avec Gyps. Hé
oui, Gyps, le dessinateur de presse en exil en France depuis environ trois ans, est passé
aux planches. Sujet : l'Algérie, la guerre et l'exil. Titre du spectacle «Alge-rien».
Le sujet coule de source : l'Algérie, la guerre et l'exil traités par l'humour, la
satyre et la dérision. La tchi-tchi algéroise en prend pour son compte. Celle qui
«danse le mia à la discothèque de Raïs Hamidou pendant que le GIA fait danser toute
l'Algérie». Celle qui dit que «papi et mami, c'est pas plus con que didi-didi». Ou
encore ce «tchi-tchi qui va à un concert de musique malgache et qui demande où est la
Malgachie». Tout cela raconté à la manière de Gad el Maleh et Fellag, deux humoristes
reconnus dont Gyps s'inspire ouvertement. Sans avoir encore leur aisance sur scène,
glissé dans un ensemble bleu de Chine, Gyp's réussit honorablement à tenir pendant un
peu plus d'une heure seul face à une centaine de spectateurs. Ils ont applaudi lorsqu'il
a dit que «le pouvoir a décrété que nous étions tous exclusivement "Arabo-musulmans»
et que pour ce pouvoir «l'invasion des Arabes est un détail de l'histoire». Il a donné
sa définition des éradicateurs et des réconciliateurs : les premiers sont «des
démocrates qui haïssent plus les intégristes que les militaires» et les seconds sont
«des démocrates qui haïssent plus les militaires qu'ils ne haïssent les intégristes»
!! A l'applaudimètre, la formule qui se voulait didactique et convaincante n'a séduit
qu'une partie du public: des Algériens qui ont dû se reconnaître dans la première
catégorie «gypsienne». Flashback sur les élections de 1991 «propres et honnêtes
comme nos dirigeants». Gros plan sur la fuite du bled avec le passage obligé au service
des visas.
li y a les menacés par les terroristes, par le pouvoir, et «Moh la violette» menacé
par le «dégoutage». Péripéties sur la malvie dans l'exil sur la terre de Voltaire. Et
puis quand on n'a rien à faire, virée au consulat d'Algérie (!) un «endroit
merveilleux» (!) où, entre autres, comme par magie «un franc français est égal à un
dinar» ! Gyp's n'a pu éviter de disserter sur la question linguistique pour conclure que
«quelle que soit la langue que l¹on parle, on n¹a qu¹une envie, c¹est de se
sauver...» Le sauve-qui-peut qui balaie l'Algérie depuis 1992 a vu éclore, là-bas,
Amazigh Kateb, Mami, Hamma, Intik... et voit apparaître un bourgeon d'humoriste nommé
Gyp's. Nouveau relais dynamique de l'expression artistique et culturelle des Algériens en
France, Planet DZ a du pain sur la planche tant que toutes ces énergies créatrices ne
pourront pas s'épanouir et être dans leur propre pays. Amazigh Kateb (déc. 99 à Planet
DZ lors du passage de Gnawa Diffusion au Cabaret sauvage, Paris) : «J'aimerais bien
qu'on passe dans ce nouveau millénaire avec une conscience de ce qui s'est passé ces
dernières années et sans refaire les mêmes erreurs. J'aimerais que l'horizon
s'éclaircisse en Algérie. Qu'il y ait des choses qui s'y passent autres que l'ouverture
aux investissements étrangers ! Qu'il y ait une ouverture aux investissements tout court
des gens qui sont sur place ! Que chaque personne puisse trouver sa voie dans ce pays qui
est grand, riche et qui ne demande qu'à faire vivre les gens. Je pense que si un jour on
vit dans une paix, une réelle paix, on pourra construire une Algérie qui nous ressemble.
J'attends ça avec impatience, j'attends ça même si un jour il faudra prendre les
armes.» A Dieu ne plaise.
Abdelkader Targa
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