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L’AUBE DES DAMNES, 1965, 100’
Réalisation : Ahmed Rachedi
Scénario : René Vauthier
Commentaire : Mouloud Mammeri
Image : Nasseredine Guenefi
Montage : Rabah Debouz
Production : CNCA

L’auteur:
Cinéaste algérien né en 1938 à Tebessa, la guerre d’indépendance lui est une école. Il appartient avec René Vauthier et Mohamed Chanderli, à la première unité cinématographique du FLN. Il gagne Tunis ; reportages et montage, courts métrages, dont il réalise un certain nombre après l’indépendance : Tebessa Année zéro (1963), Les Ouadhia (1964), et il participe et dirige des films collectifs : Des mains comme des oiseaux (1964), et surtout L’Aube des Damnés (1965). Il adapte ensuite Thala, du roman de Mouloud Mammeri (L’Opium et le Bâton, 1969), avec Marie José Nat et Jean Louis Trintignant. Il réalise en France, sur un scénario de Rachid Boudjedra, un témoignage sur les travailleurs émigrés: Le Doigt ans l’engrenage, 1973. Il a dirigé L’O.N.C.I.C de 1967 à la fin d 1972, puis est devenu producteur indépendant à Rome. En 1986, il tourne une comédie politique, le moulin de Monsieur Fabre, avec l’acteur égyptien Izzat El-Aïli et adapte en 1990 pour le cinéma et la télévision Léon l’africain d’Amin Mâalouf. (S.O.)

Ciné-critique :
Plus que le sujet de la colonisation, L’Aube des Damnés, rediffusé lors de cette dernière biennale à l’Institut du monde Arabe de Paris, est un film qui évoque une sorte d’Histoire de la domination de l’homme par l’homme, que ce soit en abordant le phénomène de l’esclavage ou celui des colonies.

Ici des documents historiques appuient les propos, traces et témoignages authentiques, alors qu’une sorte de touche narrative, humaine dirais-je, accompagne tout le documentaire. Ce sont de jeunes gens réunis autour d’une table, qui écoutent un texte écrit par Mouloud Mammeri et admirablement dicté par Charles Denner. C’est cette voix qui provient plus de la fiction que du réel, qui humanise ainsi les images brutes du film, images de mort, de famine et de torture, choisies parmi un corpus d’extraits très hétéroclite (extraits d’actualités filmées du service cinématographique de l’Armé française, archives de la cinémathèque algérienne, extrait de films de l’école russe du cinéma, etc.).

Et alors que l’historiographie moderne inclut désormais le film dans son corpus d’outils pour reconstituer l’histoire, L’Aube des Damnés n’a rien à envier à ces grands documentaires qui ont fait la fleur de l’histoire du documentaire en France (Nuit et Brouillard d’Alain Resnais, A L’Ouest rien de nouveau, en passant par Hôtel Terminus Nord de Max Ophuls).

Enfin, tant pis si les défauts d’un cinéma dans ses balbutiements en choquent certains (construction parfois répétitive, commentaire insistant, etc.), L’Aube des damnés reste et restera un film qui a marqué incontestablement la naissance d’une histoire du cinéma: celle du cinéma algérien.

Saïda Olivaud