Scénario : Mohamed Bouamari
et Daho Boukerche
Image : Daho Boukerche
Montage : Ali Mehdaoui
Son : Rachid Bouafia
Musique : Ahmed Malek
Interprètes : Fettouma Ousliha, Youcef Hadjam,
Mustapha El Anka
Production : ONCIC
L’auteur :
M. Bouamari est natif de à Sétif (1941), c’est en véritable
autodidacte qu’il arrive jusqu’à la réalisation. L’UNEF lui
accorde une bourse pour un séjour de formation en France aux métiers de
plateau (TV). En 1965, il regagne Alger et devient assistant à l’O.N.C.I.C.
et pour l’O.A.A., ou il travaille avec Lakhdar Hamina, d’abord (non
crédité sur Le Vent des Aurès, 1966), puis avec Costa Gavras (Z, 1969)
et Bertuccelli (Remparts d’argile, 1970). Il réalise des
courts-métrages intéressants, puis Le Charbonnier (Al Faham, 1972),
remarqué par la critique occidentale. Avec L’Héritage (1974) et
Premier Pas (1980), qui posent pourtant la question de l’émancipation
féminine, le cinéaste a perdu beaucoup de l’originalité de ses
débuts.
Ciné-critique :
Dix ans après l’indépendance M. Bouamari raconte une histoire du
temps présent. Belkacem, le charbonnier, ancien
" moujahid " vit à la campagne avec sa femme potière
et leurs deux enfants. Il doit échapper à la surveillance du garde
forestier pour couper le bois qui lui permettra de fabriquer le charbon qu’il
essaie vainement de vendre sur le marché voisin. Les enfants délaissent
l’école pour aider aux travaux quotidiens. La femme réussit à trouver
du travail dans une usine, mais est dénoncée par le propriétaire
foncier local qui estime que la place de la femme est à la maison. Pour
fuir leur condition misérable, Belkacem et sa femme ont décidé de
partir en ville chercher de l’embauche, plutôt que de laisser la femme
travailler dans les nouvelles usines. En ville, Belkacem rend visite à un
ancien compagnon d’armes, aujourd’hui directeur de société, qui lui
récite les slogans officiels. Par ailleurs, Belkacem croise en ville, Si
Kaddour, propriétaire faisant partie de la Djamâa (assemblée
villageoise) qui interdit aux femmes de travailler, habillé de manière
occidentale et se pavanant dans les rues d’Alger. Belkacem est ainsi
amené à réfléchir sur sa condition et sur la révolution agraire. Il
retourne au village et accepte que sa femme travaille afin que la famille
échappe à la misère.
La principale force imposant Le Charbonnier à l’attention
de tout observateur sensible aux transformations en cours au sein du
cinéma algérien est qu’il s’agit d’un film conjugué au
"présent". Qu’arrive-t-il lorsqu’un peuple, au bout d’un
long chemin inondé de sang et de larmes, parvient à se libérer du joug
colonialiste et à conquérir son indépendance ? Quels problèmes
doit-il encore résoudre ? En comme dans un double discours, qu’arrive-t-il
lorsqu’une cinématographie, née véritablement dans ce combat et y
ayant acquis ses premières lettres de noblesse, se tourne vers le
présent et l’avenir ? Quels vont être ses thèmes, ses sujets de
préoccupation ? Tel est le questionnement posé par le film de
Bouamari pur qui " Dans le charbonnier il y a l’histoire du
développement, l’arrivée des usines dans le pays, l’annonce de la
révolution agraire, puis il y a un couple qui ne participe pas à ce
projet ; deux personnages qui n’ont pas de conscience politique…
Je veux dire, que même s’ils travaillent, ils le feront de façon
aliénée ; qu’ils subiront plus qu’ils ne réaliseront. Alors
que seule la réalisation peut leur permettre de dominer la matière, de
créer leur bonheur ".
Le Charbonnier reste et restera longtemps un film qui a marqué l’histoire
du cinéma algérien, comme la plupart du travail effectué par l’ensemble
des réalisateurs de la cinémathèque algérienne.
Saïda Olivaud