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LE CHARBONNIER, 1972, 100’

Réalisation : Mohamed Bouamari
Scénario : Mohamed Bouamari et Daho Boukerche
Image : Daho Boukerche
Montage : Ali Mehdaoui
Son : Rachid Bouafia
Musique : Ahmed Malek
Interprètes : Fettouma Ousliha, Youcef Hadjam,
Mustapha El Anka
Production : ONCIC

L’auteur :
M. Bouamari est natif de à Sétif (1941), c’est en véritable autodidacte qu’il arrive jusqu’à la réalisation. L’UNEF lui accorde une bourse pour un séjour de formation en France aux métiers de plateau (TV). En 1965, il regagne Alger et devient assistant à l’O.N.C.I.C. et pour l’O.A.A., ou il travaille avec Lakhdar Hamina, d’abord (non crédité sur Le Vent des Aurès, 1966), puis avec Costa Gavras (Z, 1969) et Bertuccelli (Remparts d’argile, 1970). Il réalise des courts-métrages intéressants, puis Le Charbonnier (Al Faham, 1972), remarqué par la critique occidentale. Avec L’Héritage (1974) et Premier Pas (1980), qui posent pourtant la question de l’émancipation féminine, le cinéaste a perdu beaucoup de l’originalité de ses débuts.

Ciné-critique :
Dix ans après l’indépendance M. Bouamari raconte une histoire du temps présent. Belkacem, le charbonnier, ancien " moujahid " vit à la campagne avec sa femme potière et leurs deux enfants. Il doit échapper à la surveillance du garde forestier pour couper le bois qui lui permettra de fabriquer le charbon qu’il essaie vainement de vendre sur le marché voisin. Les enfants délaissent l’école pour aider aux travaux quotidiens. La femme réussit à trouver du travail dans une usine, mais est dénoncée par le propriétaire foncier local qui estime que la place de la femme est à la maison. Pour fuir leur condition misérable, Belkacem et sa femme ont décidé de partir en ville chercher de l’embauche, plutôt que de laisser la femme travailler dans les nouvelles usines. En ville, Belkacem rend visite à un ancien compagnon d’armes, aujourd’hui directeur de société, qui lui récite les slogans officiels. Par ailleurs, Belkacem croise en ville, Si Kaddour, propriétaire faisant partie de la Djamâa (assemblée villageoise) qui interdit aux femmes de travailler, habillé de manière occidentale et se pavanant dans les rues d’Alger. Belkacem est ainsi amené à réfléchir sur sa condition et sur la révolution agraire. Il retourne au village et accepte que sa femme travaille afin que la famille échappe à la misère.

La principale force imposant Le Charbonnier à l’attention de tout observateur sensible aux transformations en cours au sein du cinéma algérien est qu’il s’agit d’un film conjugué au "présent". Qu’arrive-t-il lorsqu’un peuple, au bout d’un long chemin inondé de sang et de larmes, parvient à se libérer du joug colonialiste et à conquérir son indépendance ? Quels problèmes doit-il encore résoudre ? En comme dans un double discours, qu’arrive-t-il lorsqu’une cinématographie, née véritablement dans ce combat et y ayant acquis ses premières lettres de noblesse, se tourne vers le présent et l’avenir ? Quels vont être ses thèmes, ses sujets de préoccupation ? Tel est le questionnement posé par le film de Bouamari pur qui " Dans le charbonnier il y a l’histoire du développement, l’arrivée des usines dans le pays, l’annonce de la révolution agraire, puis il y a un couple qui ne participe pas à ce projet ; deux personnages qui n’ont pas de conscience politique… Je veux dire, que même s’ils travaillent, ils le feront de façon aliénée ; qu’ils subiront plus qu’ils ne réaliseront. Alors que seule la réalisation peut leur permettre de dominer la matière, de créer leur bonheur ".

Le Charbonnier reste et restera longtemps un film qui a marqué l’histoire du cinéma algérien, comme la plupart du travail effectué par l’ensemble des réalisateurs de la cinémathèque algérienne.
Saïda Olivaud