Scénario : Merzak Allouache
Image : Smaïl Lakhdar-Hamina
Son : Kamel Mekesser
Montage : Moufida Tlatli
Interprètes : Boualem Bennani, Aziz Degga,
Farida Guenaneche, Rabah Lechaa
Production : ONCIC
L’auteur :
Cinéaste algérien, né en 1945 à Alger. Diplômé de l’HIDEC en
1967, stagiaire à l’ORTF ? Chargé ensuite d’une campagne
ciné-bus au moment de la révolution agraire (1971-1972). Il tourne Omar
Gatlato en 1976, scènes quotidiennes d’un jeune algérien comme les
autres, puis Les Aventures d’un héros en 1978, sur un mode ludique.
Mais. L’Homme qui regardait les fenêtres tourné en 1982 est le
portrait presque strindbergien d’un bibliothécaire devenu fou. En 1988,
il réalise Un Amour à Paris, et, après les émeutes qui ont lieu en
Algérie, cette même année, il tourne en format vidéo un film au titre
évocateur, L’Après-octobre (1989). En 1994, il signe Bab El Oued City,
une caricature sans précédent des événements en Algérie, influencée
par la bande dessinée au niveau de ses formes. Enfin, Salut Cousin, le
dernier film du cinéaste, nous laisse quelque peu nostalgiques des
Vitelloni, auxquels ils nous a habitué.(S.O.)
Ciné-critique :
Point d’orgue du cinéma algérien, Omar Gatlato marque un tournant
décisif pour la production nationale. Tourné en 1976, le film incarne
une veine moderne. Qu’est ce que la modernité ? Pour Baudelaire,
les modernes devaient peindre dans leurs tableaux des sujets dans lesquels
le public contemporain devait se reconnaître. C’est bien le cas dans
Omar Gatlato: l’histoire est celle d’un jeune algérien au travers
duquel tous les jeunes algériens de l’époque peuvent se reconnaître;
les lieux sont choisis de la même façon : " Climat de
France ", est une cité très populaire d’Alger, enfin, l’histoire
de ce jeune algérien est celle de monsieur tout le monde : comment
aborder une fille tout en se sachant dans une situation précaire? Crise
du logement oblige ! Enfin, moderne par sa forme comique : alors
que d’autres cinéastes contemporains s’astreignent à livrer une
image léchée et en grandes pompes ; Allouache choisit une
simplicité dans la mise en scène, le choix des espaces et de l’action
alors qu’il situe une grande partie du film dans la bande sonore. C’est
par ce dernier biais que Omar rencontre l’âme sœur, et ses transports
sont eux aussi véhiculés par le son : Omar ne parlera finalement à
sa bien aimée que par l’intermédiaire du téléphone. Et c’est d’ailleurs
lors de cette séquence que tout l’art cinématographique d’Allouache
nous parvient. Omar parle à sa bien aimée dans une cabine téléphonique
des PTT. Serré dans un espace restreint (la cabine), Omar nous est
montré en plan poitrine. Son état est tel qu’il semble étouffer, une
voix provenant de l’extérieur, sûrement l’agent des PTT, coupe court
à son entretien amoureux. Ici le fond (situation amoureuse de Omar
réduite à un court appel téléphonique) se mêle à la forme où l’image
nous livre un homme mutilé de sa moitié, serré dans un cadre restreint
et filmé en plan immobile. Heureusement le scénario lui continue à
faire avancer l’histoire, c’est à ce moment que Omar donne
rendez-vous à sa bien aimée.
Enfin, comme la plupart des films d’Allouache, on ne doit pas oublier
qu’Omar Gatlato est l’histoire du quotidien d’un jeune algérien
comme les autres, donc une sorte de suite au néo-réalisme italien.
Néanmoins, le cinéaste a choisi de nous faire rire, plutôt que de
susciter chez nous une sorte de compassion malsaine. Pourquoi ?
Peut-être parce que dans un pays où l’on parle de révolution agraire,
il était important aux yeux d’Allouache de faire en sorte que la
communication passe. Et quel autre forme que l’ironie pour y parvenir?
Caricaturé, le quotidien de ce jeune algérien nous inspire le rire, et
par ce rire, la réflexion…
Saïda Olivaud