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LE JARDIN PARFUME, 2000, documentaire 52’
Réalisation : Yasmina Benguigui
Image : Bakir Belaïdi
Son : Najib Shlih et José Miné
Montage : Nadia Ben Rachid
Production : Bandits Longs

L’auteur :
"Pour une partie de la population, je suis devenue celle qui pouvait apporter des solutions " elle, la fille d’immigrés kabyles qui, dans les années 50, quittent Bougie pour Lille. Elle travaillera avec Bouchareb sur le long métrage Bâton Rouge. Dans les années 90 éclate l’histoire du voile, le débat sur la laïcité bat son plein ; il faut un regard de femme et immigrée de surcroît .
Benguigui répondra présente et cela donnera ,en 1995, Femmes d’Islam, le voile de la république, un documentaire réalisé pour France 2. Mais c’est surtout avec Mémoires d’immigrés, récompensé de multiples fois, qu’elle atteint la notoriété. Coproductrice de l’émission Place de la République, plus qu’un regard elle devient une voix, elle, dont les documentaires sont volontairement dénués de commentaires :  " j’ai été élevée dans une culture où l’on ne met pas son corps en avant ." Elle abandonne l’émission, reprend la caméra et signe Le Jardin parfumé, documentaire traitant de l’amour et de la sexualité…

Ciné-critique :
Qu’est-ce que l’amour? Comment l’aborder dans une société maghrébine pour qui souvent le sentiment amoureux comme le plaisir physique sont connotés négativement. A ces questions très difficiles à traiter, Yasmina Benguigui répond par ce documentaire époustouflant, tant il en dit long sans ne rien dévoiler.

Tout âge confondu, la caméra interroge un à un, de jeunes étudiants marocains, un couple oranais dont le mari trompe sa femme, un travesti qui vit une vie maritale des plus normales au Maghreb, un groupe de femmes algéroises d’un certain âge et d’un certain caractère, et enfin, deux jeunes immigrés maghrébins du sud de la France. Tout ce monde donne sa vision personnelle de l’amour. Le film est ponctué par des interventions de chercheurs ayant beaucoup lu sur la question et qui nous livre leur savoir, comme par exemple cette sorte de constat sur la sexualité d’un imam, relevant de nombreux termes synonymes du petit coucou de ces messieurs…

Après nous avoir livré des bijoux tels que Raï en 1989, et Mémoire d’immigrés, la journaliste Yasmina Benguigui a encore frappé avec ce films Le Jardin parfumé… de couleurs, de musique et de soleil. Quel autre cadre pourrait-on donner à l’amour ? La jeune cinéaste a choisi de poser sa caméra et de laisser les autres s’exprimer… Là où la jeune réalisatrice excelle, c’est qu’à aucun moment, elle ne succombe à la facilité de montrer l’acte par simple but de provocation. Au contraire, c’est avec une grande pudeur que la caméra capte pour nous les corps, dans ces vapeurs de hammam.

Pour terminer on ne peut passer outre l’utilisation de la musique dans ce film documentaire. La musique est ici un guide pour l’oreille attentive et arabophile, chaque morceau choisi annonce plus ou moins le lieu de la prochaine visite, Oran, Alger, Casablanca, etc. Ce Jardin parfumé est un voyage sans précédent au cœur de la question de l’amour. Voyage que l’on peut d’abord qualifier de visuel, puis de musical, et enfin, de méditatif . Bravo !

Saïda Olivaud