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Ciné-Critique
Le Harem…
est d’une structure assez déroutante .La filiation
au cinéma d’Almodovar est certaine mais qu’on ne s’y trompe pas ce
n’est non Carmen Maura qui lui concède cette touche mais l’incorrigible
Biyouna(que nul n’oubliera dans le rôle de Fatma dans La Grande Maison
de Mustapha Badie) ,au faciès surprenant, mi-homme mi-femme, qui promène
tout au long du film un air de chanson, « Taâli a ya ghazali »,
un tube de rouge à lèvre et un déhanchement à la cabaret. Il y a
comme un petit air de Talons aiguilles d’ Almodovar.
A
noter également la présence voulue
effacée de Fatiha Berber, la belle-mère mouachma (tatouée) qui
n’a pas droit de cité au sein d’une société algéroise avide de tailleur
pistache à la Osmane.
Surtout
il ne faut pas s’attendre à voir des plans d’Alger étant donné
que d’une, le film a été tourné au Maroc(principalement pour des
raisons financières) et secundo ,
Mokenèche a voulu insister sur une atmosphère «huit clos» où la
tension est intra- muros, progressive jusqu’à l’éclatement de la crise. On
reconnaîtra là la référence à la tragédie grecque, plus clairement encore
quand il en vient à maquiller de blanc et coiffer de tresses Yasmine
lorsqu’elle se rend à la zaouia telle une Antigone allant consulter
l’oracle. Aussi comme dans la tragédie grecque l’évacuation de la crise,
le rétablissement de l’ordre ne
sont possibles que s’il y ait sacrifice. Et Sakina sera ce bouc émissaire.
Inutile aussi de chercher un
digne représentant de le gente masculine car hormis un gigolo qui ne quitte pas
son pyjama rouge et son «maknin» (le petit oiseau préféré des vrais algérois) et un coiffeur aux allures de coiffeuse, ils
resteront les grands absents de cette trame parce qu’étant sûrement
les grands responsables de la montée de la crise.
Le Harem … est un
regard particulier posé sur une société dite algéroise . A la sortie de la
projection, prêtant l’oreille, on se sentira un peu excédé et fatigué de
constater que pour le public (qui semble être à la recherche d’un prototype
de femme algérienne) les algériennes restent
de grandes inconnues : Portent-elles des jupes aussi courtes ?
Sont-elles
réellement aussi libertines que cela ?
Dis, elles conduisent
des décapotables ?
Cinéaste : Nadir Moknèche
C’est le premier long métrage
de ce jeune réalisateur de 35 ans qui a vécu à Belcourt et El Biar avant
de venir s’installer en France. Avant le cinéma, il y aura le théâtre et
suite à des cours pris à l’école du Théâtre National de Chaillot, il
mettra en scène Electre de Sophocle. Avec le cinéma , il y aura toujours le théâtre
puisque son court métrage Hanifa est une adaptation de Médée,
pièce d’Euripide .Il lui faudra deux ans pour écrire
Le Harem pour lequel
il obtiendra en 1998 le prix du meilleur scénariste .
«En France, on se
représente toujours l’ensemble des femmes algériennes comme des victimes,
des muettes qui portent un turban sur la tête».
Ainsi donc, énervé par ce type de représentation, il propose la sienne servie
par une affiche de film très contrastée et colorée,
qui en dit long notamment sur l’histoire du court. Actuellement, il est
sur un projet de second film dont le tournage, semblerait-il, s’effectuera à
Alger avec comme interprètes Nadia
Kaci (que le public aura découvert
dans Bab El Oued City) et Biyouna .
Zineb
Moussaoui de PlaNet DZ
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