|



Découvrez la
nouvelle rubrique :
| B A Z
' A R T |
 |

L'actu. de PlaNet DZ
| |
L'enfant du Peuple ancien, d'Anouar
Benmalek.
Par Zineb Moussaoui de PlaNet DZ
 |
Enfin
un roman qui s’interdit les lieux communs, troquant l’Algérie et la
France contre le Pacifique. Or la Géographie, le peuplement du lieu sont
toujours là pour rappeler l’Histoire, celle-ci même qui alimente et
devient le moteur des histoires individuelles.
Spoliation
et destruction aboutissent au régime de la déportation. Des bateaux qui
transportent des communards en Nouvelle-Calédonie amènent également des
hommes et des femmes originaires d'Algérie, condamnés de droit commun ou
prisonniers politiques de la Révolte kabyle de 1871. Des européens
s’installent en Australie pendant que l'on déloge les aborigènes de
Tasmanie. Le Pacifique est une poudrière et c'est dans ce contexte de
chasse à l'homme que se rencontrent nos trois personnages, nos trois
moments de l’Histoire : la Colonisation française sous le teint terreux
de Kader,
l’après Commune derrière le regard hagard de Leslei
et enfin la Colonisation anglaise
et sa politique d’extermination des aborigènes à travers l’esprit
tourmenté de Tridarir,
cet enfant du peuple ancien. |
 |
Le roman
Entassés
dans la cale d’un rafiot des moins reluisants, ces résidus de
l’Histoire se jouent de l’équipage et échouent au sud de
l’Australie. Tya, Terre!
Paysage de désolation ou pays de la chance, il semble qu'une possible
existence en ce lieu, une forme d'intégration minimale ne soit
envisageable qu'au prix d'"un mensonge-forteresse", d'une amnésie
volontaire menant au renoncement de sa culture : «Dire
qu’il y a un demi siècle, j’ai été prince de sang, neveu de l’émir
Abd El Kader(…) A présent au soir de ma vie, je me nomme Harry.»
Les
voilà donc, nos trois héros, errant et fuyant les Blancs traquant la pièce
rare qu'est ce dernier représentant aborigène. Que peut-on répondre au
crime organisé, au délit du faciès, au complexe de supériorité? On
peut y répondre par une occupation silencieuse du territoire, loin de
tout regard inquisiteur. Mais est-ce un gage de tranquillité? "Aucun
de nous n'a oublié les années d'errance à travers l'Australie, le
danger perpetuel, la crainte des dénonciations, le bonheur volé que nous
avons défendu par le secret absolu et un mensonge forteresse." Lorsque
l'injustice paralyse mais qu'il faut avancer, il reste des repères liés
au passé, à la mémoire; il reste, pour Kader, Le
Livre des Chants,
un livre de poésie arabe , unique souvenir palpable qui lui reste de son
ancienne existence. Pour Trid ,seul demeure cette croyance en le Rêve,
fondement du mythe aborigène de la création.
|
|
Rencontre
 |
Anouar
Benmalek est né à Casablanca en 1956. Il est à l’origine, après
les émeutes d’octobre 88, du Comité algérien contre la torture.
Il obtient en 1998, avec Les Amants désunis, le prix Rachid Mimouni. |
PlaNet
DZ: Votre livre a été très
remarqué lors de la rentrée littéraire. Est-ce lié à votre
avis au choix du sujet?
A.Benmalek:
Ne serions-nous condamné à ne parler
que de nous?
La littérature est avant tout un voyage. La poésie arabe doit son
rayonnement à des poètes qui étaient surtout de grands voyageurs.
Aujourd'hui, nous privilégions un dialogue avec l'Occident, au nom d'une
culture arabo-occidentale et ce au détriment du Sud, même le plus
proche.
Le Sud doit aussi dialoguer avec le Sud. L'humanité nous appartient,
comme nous algériens appartenons au reste de l'humanité.
PDZ:
Vous passez sous silence l'histoire de l'implantation "forcé"
des algériens en Nouvelle Calédonie, l'époque de Bou Merzag, frère d'El
Mokrani. De plus on sait qu'il existe une forte et ancienne communauté
algérienne comme l’atteste le cimetière arabe près de Bourail (sud
est).
A.Benmalek:
Effectivement. Mais en travaillant sur des archives ayant trait au
prisonniers algériens en Nouvelle Calédonie, je suis tombé sur cette
phrase :"Le
loup de Tasmanie disparaît en 1875, de même que le dernier représentant
de l'espèce aborigène."
Ce choix dans l'énumération, l'animal placé avant l'être humain,
m'a complètement fait reconsidérer l'orientation de mon roman. Un génocide
c'est-à-dire la fin d'une aventure
humaine a été perpétré en Australie, sous le couvert des autorités
anglaises.
J'en ai dès lors fait une priorité, de plus qu'en toute honnêteté les
algériens ne se sont pas très bien conduits.
PDZ:
Vous usez d'un style clair et d'un
vocabulaire des plus simplifié. Les phrase sont courtes, aérées, une
forme de degré zéro de l'écriture.
A.Benmalek:
Je parle de génocide, de viols,
d'inhumanité et pour cela il me faut une écriture allant au ras des
mots. Je suis loin de l'exubérance méditerranéenne.
PDZ
: Quelles relations entretenez-vous
avec votre lectorat en Algérie ou au Maroc?
A.Benmalek:
J'étais présent lors de la foire du livre à Alger. Je pense entretenir
des relations de gêne. Lorsque un livre est vendu 1400 dinars, je
comprends tout à fait que certaines personnes le reposent. Mais il s'avère,
qu'aujourd'hui, un auteur maghrébin est contraint de passer par la France
pour être reconnu comme écrivain dans son pays, Paris est un passage
obligé où l'on
vient chercher un label…
Par
Zineb Moussaoui de PlaNet DZ |
"L'enfant du Peuple ancien"
d'Anouar Benmalek. Sorti chez PAUVERT. 2000.
332 Pages. 125 FF
Lire
également l'article de Jean-Luc Douin pour Le Monde :
Anouar Benmalek : corps insurgés
|