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Il est
mort pour que vive l’Algérie libre et indépendante
Qui se
souvient de Maurice Laban ?
Epris de causes justes,
l’enfant de Biskra a participé à la guerre d’Espagne. Se considérant
comme algérien à part entière, il n’hésite pas à prendre part à la
guerre de libération
Mardi 10
octobre 2000
Par Youcef
Zirem de La
Tribune
C’est le parcours d’un
homme d’exception que relate Jean-Luc Einaudi dans son livre, Un Algérien,
Maurice Laban*. L’auteur de la Ferme Ameziane, une enquête sur un
centre de torture pendant la guerre d’Algérie, fait, dans cet essai,
sorti chez le Cherche midi éditeur (à Paris), la lumière sur les
combats ininterrompus d’un enfant de Biskra. «Des combats pour la
justice et au bénéfice des opprimés».
Né en 1914, dans le Sud algérien, Maurice Laban n’a jamais cessé
d’apporter de l’aide à autrui jusqu’à cette date fatidique du 5
juin 1956 où il meurt au champ d’honneur dans les maquis de la région
de Chlef (ex-Orléansville).
Les parents de Maurice, Etienne et Jeanne, ont tous deux choisi
l’enseignement indigène. Leur proximité avec la population fait
qu’ils parlent kabyle (ils ont enseigné un moment dans un village éloigné
de haute Kabylie) et arabe. Jean-Luc Einaudi narre dans le détail la
situation sociale du début du siècle dans l’Algérie coloniale et
insiste sur les exactions des autorités et de leurs supplétifs vis-à-vis
des Algériens. Avec son bac en poche, Maurice Laban part s’inscrire à
l’école d’ingénieurs de Marseille.
Il montre des dispositions particulières pour les sciences mais, au bout
de quatre mois passés au sud de la France, il revient en Algérie. «Les
études n’étaient pas aussi sérieuses que je le voulais»,
confie-t-il. En 1936, Maurice Laban participe à la fondation du Parti
communiste algérien et ne tarde pas à s’engager dans les Brigades
internationales en Espagne. Durant cette guerre contre la dictature, il
est blessé gravement à deux reprises au combat. Quand il revient en Algérie,
il se joint à la lutte clandestine contre le régime de Vichy dès 1940.
Il est alors condamné aux travaux forcés à perpétuité par la section
spéciale du tribunal militaire d’Alger. Lorsqu’il est conduit au
commissariat avec Odette (qui deviendra par la suite sa femme), à la préfecture
d’Alger, on lui demande sa nationalité, il répond spontanément : «algérienne».
Maurice Laban ne se gêne pas pour affirmer la nécessité de l’indépendance
de l’Algérie. Il est ensuite libéré le 15 mars 1943, quatre mois après
le débarquement américain en Algérie.
De retour à Biskra, il reprend son projet d’exploitation du Chott
Merouane et participe au renforcement de l’implantation du Parti
communiste algérien dans l’est du pays. En août 1946, il y a un
heureux événement pour le couple Maurice et Odette : un garçon naît.
Lors de la session du comité central du Parti communiste algérien (les
20 et 21 septembre 1947), Maurice Laban aborde le problème du blé et
plaide pour que la culture en soit étendue. Il demande à ce que l’on
aide les petites et moyennes propriétés.
Aux élections municipales d’octobre 1947, à Biskra, il est réélu au
conseil municipal. En décembre 1952, Maurice Laban aide activement les
planteurs de tabac de Oued Souf à se constituer en coopérative. Mais le
22 juillet 1953, il est sanctionné d’un blâme par la direction du PCA. «Au
fond, ce que vous me reprochez, c’est de ne pas être un militant
passif, d’être un des très rares camarades à ne pas avoir peur de
dire ce qu’il pense, de ne pas vous approuver quand ce que vous dites
lui paraît faux, en un mot, de ne pas vous aduler et de ne pas faire le
‘‘cireur de bottes’’», écrit-il à l’adresse de ses détracteurs.
Connaissant Mustapha Ben Boulaïd, Maurice Laban fabrique de la poudre
pour les moudjahidine dès l’éclatement de la guerre de libération. Au
début de l’année 1955, le PCA confirme sa condamnation du mouvement
insurrectionnel. Maurice Laban est déçu. Ce n’est que le 20 juin 1955
que le comité central du PCA se réunit secrètement à Bab el Oued et décide
l’engagement des communistes dans la lutte armée. Maurice Laban ne
tarde pas à monter au maquis. Le 6 juin 1956, l’Echo d’Alger titre : «L’aspirant
félon Maillot et Laban sont abattus près d’Orléansville. Les deux traîtres
accompagnaient les assassins de quatre Français musulmans».
Aujourd’hui, peu d’Algériens connaissent ce grand frère qu’est
Maurice Laban. Ce grand frère qui a participé à la libération de ce
pays. Il est temps de faire un effort véritable pour faire connaître le
combat de Maurice Laban et de ses semblables, encore méconnus.
Y. Z.
* Un Algérien Maurice
Laban, de Jean-Luc Einaudi, chez le Cherche midi éditeur, Paris, 1999. |