Entretien
avec Mohamed Kacimi (Romancier)
"je me suis toujours senti exilé"
Par
Bouziane Ben Achour d'El
Watan (19 octobre)
Rencontré lors des Journées
internationales du théâtre francophone de Limoges, Mohamed Kacimi nous
raconte ses passions.
Depuis quand êtes-vous à Paris ?
Je suis parti d’Algérie en 1982. J’ai travaillé dans
des secteurs qui ne sont pas grand public. J’ai commencé par des
traductions de poésie.
De poètes arabes ?
Une anthologie des poètes irakiens en exil, des poètes yéménites,
de Mahmoud Derwich également.
Qu’avez-vous fait ensuite ?
J’ai publié un roman, Le Mouchoir, sorti en 1987. Des
essais dont un s’appelle Naissance du désert qui porte sur la
signification du désert par rapport aux religions.
Est-ce l’unique essai que vous avez publié
?
J’ai publié un autre essai intitulé Arabe, vous avez
dit Arabe ?
Et ça parle de quoi ?
C’est un recueil de citations d’auteurs sur le monde
arabe et sur l’Islam, ça va d’Echylle jusqu’à de Gaulle.
Savez-vous que la première citation sur les Arabes provient d’Echylle :
«Tu seras enchaîné face aux hordes guerrières et belliqueuses arabes ?»
Maîtrisez-vous autant la langue arabe ?
Je suis issu d’une famille de religieux et de lettrés.
Dans notre famille, il n’y avait pas de femmes illettrées.
Quel a été le premier roman que vous avez
publié ?
Mon premier roman s’intitule Le Jour dernier, sorti en
1995.
Et ça parle de quoi ?
C’est un roman qui parle d’exil et de solitude.
Vous considérez-vous comme un exilé en
France ?
Je me suis toujours senti exilé en Algérie d’abord, en
France ensuite. Dans cet exil, il y a quelque chose qui manque et que
l’on sait irrattrapable. L’exil est partout, c’est une part de la
souffrance de notre génération. On a eu une enfance trop belle.
Parlez-vous de l’avant-indépendance ou de
l’après-indépendance ?
Je parle précisément de celle de 1962. Je crois que les
enfants ont rarement autant rêvé que nous.
Votre livre 62 raconte-t-il cette enfance ?
Justement, ça parle de cette enfance algérienne et du
lyrisme de cette année-là.
Peut-on dire que votre littérature est une
littérature de la nostalgie ?
C’est une littérature de la mémoire.
Quelle définition donnez-vous à la littérature
de la mémoire par comparaison à la nostalgie ?
La nostalgie est l’art de pleurer les choses qui n’ont
pas la chance d’exister. Par contre, la mémoire c’est travailler sur
les choses qui structurent notre imaginaire.
Dans Confession d’Abraham, donnée en représentation
théâtrale, est-on toujours dans ce questionnement ?
Fondamentalement. Tout le travail relève de cette
interrogation. Pourquoi la religion qui est l’élan même de l’homme
vers la beauté de l’esprit aboutit-elle par moment à la négation de
l’esprit ?
Mais en plein dans le pessimisme…
Le pessimisme, c’est la réalité des choses
aujourd’hui, mais moi, en écrivant, je pense souvent à cette phrase
d’un mystique qui disait : «Plus les temps seront durs, plus notre rire
sera fort.»
Mais dans Confession, votre manière d’écrire
n’incite pas toujours à l’optimisme…
Je ne sais pas. Je répondrais à côté. Après
l’assassinat de Azzedine Medjoubi, Ariane Mnouchkine, femme de théâtre
française, m’a demandé de faire quelque chose pour l’Algérie. Je
lui ai dit qu’il y avait deux possibilités : soit réagir au drame en
ajoutant du drame au drame, ce qui n’est pas notre métier, nous ne
sommes pas des journalistes, nous n’avons pas pour mission de rendre
compte du réel, mais d’en donner une autre image ou bien aller à
contre-courant des évènements des choses et de chercher quelle est la
part d’humanité et d’humour qui reste avec des paroles pour dire que
notre culture n’est pas uniquement une culture de fermeture, d’intégrisme,
mais une culture libre, une libre pensée.
Est-ce que vous êtes satisfait du passage
de Confession d’Abraham sur scène ?
On est toujours surpris.
Mohamed Kacimi est-il prêt à écrire pour
le théâtre ?
Non, je change chaque fois de registre. Là, je vais
publier une encyclopédie du monde arabe pour les enfants. Je viens de
finir un autre livre pour les enfants autour de l’enseignement de la
liberté.
Par Bouziane Ben Achour
|