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ENTRETIEN AVEC HAMID BAROUDI
Musiques au cœur
Rencontré lors de son dernier passage à
Alger, le "Citadin nomade" comme il se définit lui-même, Hamid
Baroudi, nous parle de son dernier album, de son amour des musiques,
toutes les musiques. Pionnier de la world music et de l’ethnomusic, il
aime surprendre, innover, bouleverser. Son dernier album, Sidi, est un régal
pour les oreilles et pour l’âme.
Liberté : Combien de temps vous faut-il
pour faire un album ?
Hamid Baroudi : Comme vous le savez, pour
faire un album, je prends tout le temps qu’il faut. J’aime prendre mon
temps quand un travail me passionne. J’aime travailler à mon propre
rythme, car un album c’est tout d’abord un travail de recherche.
C’est pour cela que j’écris souvent durant mes voyages. Le dernier né
s’appelle Sidi, la chanson hit sera Sidi pour l’étranger. Mais pour
l’Algérie ce sera El-barah (hier) de Mahboub Bati avec une musique et
une rythmique revisitées. L’album compte 12 chansons en arabe, en
anglais ou en français. Ça va du latin-jazz au diwan en passant par
l’anglais genre sound track et aussi une chanson rap en français dans
un genre nouveau, qui va à l’encontre de tout ce qui se fait dans le
rap, accompagné d’une musique orientale.
On y trouvera des nouveau-tés, un duo
avec le chanteur égyptien Mohamed Mounir ou l’introduction de
l‘imzad, (instrument targui joué par des femmes) marié au jazz ou au
drum bass. Pour résumer, c’est un album original, inattendu et très
riche qui devrait sortir avant le ramadan. Vous pouvez déjà en découvrir
quelques facettes sur mon site (1). Je compte revenir bientôt pour
tourner le clip, ce sera à Alger, Oran et Constantine.
Cette fois, je touche au chaâbi pour démontrer
que la musique algérienne ne se limite pas au seul raï. Demain, ne soyez
pas étonnés de me voir chanter du hawzi ou du malouf.
Justement, à propos d’inspiration, on
sait que vous êtes influencé par notre terroir et nos racines. Mais
n’y a-t-il que cela ?
Je m’inspire des bruits qui
m’entourent, je ne me sépare que très rarement de mon dictaphone et dès
que j’entends un rythme, une musique, un air qui m’inspire ou avec
lequel je suis en harmonie je l’enregistre pour ne pas le perdre.
Parfois, c’est anecdotique une fois je n’avais pas mon dictaphone sur
moi j’étais en ville, soudain j’ai eu dans ma tête un rythme très
intéressant que faire ? Attendre de rentrer. Je l’oublierai sûrement
alors j’appelle chez moi et je l’enregistre sur le répondeur. Une
fois rentré je le réécoute et avec la déformation que crée le répondeur,
ça a donné un autre rythme.
Donc, c’est spontané, j’ai découvert
la chanson El-Barah quand je faisais des recherchers sur Mahboub Bati. En
lisant le texte, j’ai décuvert que c’était un thème universel.
J’ai donc décidé de le moderniser, au début j’avais peur
d’offenser les fans du chaâbi, mais le hasard a voulu que cette version
soit très bien accueillie.
Mais quand on essaye de produire des
musiques algériennes ou africaines, j’essaie toujours de garder toute
l’authenticité du travail que ce soit dans les textes ou le choix des
instruments comme el-imzad ou rbab. Même dans mes clips. Si je montre des
targuis ce sont de vrais targuis je ne veux pas avoir cette touche
exotique. Ça conduit à des mélanges de genres. Je veux être
authentique, je ne cherche pas à plaire aux étrangers.
Vous avez créé votre propre boîte de
production "Hoggar Music"où en est-elle ?
Il est très difficile de faire de la
production et de s’occuper de sa carrière. Mais on tente d’y arriver,
ce n’est pas toujours facile. Mais il faut bien faire ça avant que les
autres ne le fassent et que les occidentaux ne s’approprient notre
culture. Par exemple dans beaucoup de pays, on considère le couscous
comme un plat français. C’est dommage. Même pour avoir une
information, sur la musique algérienne, qu’elle soit texte ou audio. Il
faut se déplacer à Paris. Tu cherches un disque de Hamada, tu ne le
trouveras pas à Alger. Mais si tu vas à l’institut du monde arabe tu
as ce que tu veux, donc on essaye d’archiver. Une nouvelle génération
d’artistes algériens Actuellement, j’ai derrière moi des personnes,
des Allemands qui veulent créer une scène de la World Music à Berlin,
ils en ont marre que tout se centralise à Londres ou Paris. Berlin veut
devenir le centre de l’Europe du 21e siècle, économiquement et financièrement,
ils le sont.
Mais culturellement, ils sont en retard.
Ils ont 4,5 millions de Turcs, mais il n’y a aucun groupe turc qui a
percé, ni aucun groupe yougoslave ou portugais d’ailleurs.
Étant un des seuls représentants de la
World Music, on commence à produire des gens. Comme l’Égyptien Mohamed
Mounir, bientôt ce seront des Libanais et des Saoudiens.
Si une scène s’établit, je veux avoir
un mot à dire, et aider les Algériens. Pour cela, j’ai actuellement 13
groupes algériens sous contrat comme HDF d’Alger, Africa Rap, Kawakib
de Chlef, les Maghrébins de Béjaïa ou encore Ochedan de Ghardaïa. Dès
qu’on en aura réuni 20, on compte lancer une compilation des nouvelles
voix de la musique algérienne, chaque groupe aura une chanson et son
clip. Bien sûr, d’autres compilations suivront. Tous ces clips nous
font près de 2 heures de programme, ce qu’on voudrait faire, c’est de
réaliser une émission de TV exclusivement consacrée à la musique algérienne.
Émission réalisée selon toutes les normes technique et artistique.
Pour commencer, on va faire une émission
pilote de 30 minutes et, dès qu’elle sera prête, nous la présenterons
à l’ENTV.
Pour ce dernier album, il est prévu une
tournée européenne. Hamid a-t-il des projets en Algérie ?
Il est effectivement prévu une tournée
européenne après le mois de ramadan, mais j’ai des concerts prévus;
par exemple, le 15 septembre, je serai au Womad (World of music arts and
Dance) à Prague avec Peter Gabriel. Mais la tournée englobe toute
l’Europe.
En ce qui concerne l’Algérie dans le
très court terme, rien n’est prévu. Mais je compte bien y venir donner
quelques concerts. Ce sera dans des salles assez moyennes 3 000-4 000
places. C’est plus intime et plus convivial. Bien sûr, si je viens, ce
sera dans le cadre d’un spectacle propre à Hamid Baroudi. On essayera
de faire venir quelques amis musiciens et éventuellement faire passer de
nouveaux artistes en première partie du spectacle. D’ailleurs, bientôt
on va ouvrir un studio à Tiaret.
Une dernière question sur le secret de
la Khamsa omniprésente ?
Si tu te rappelles, il y a un an, la télévision
a diffusé une émission où je parlais de ma jeunesse à Oran, eh bien je
compte en faire une seconde pour montrer Hamid Baroudi en Allemagne, en
tournée mais surtout l’origine et l’enfance de Hamid, et là, les
gens vont découvrir des choses.
Je suis un peu comme le père Noël qui a
son sac plein de jouets. Mais je ne donne et ne montre jamais tous mes
jouets, je suis quelqu’un de très mystique, en plus j’aime avoir mon
jardin secret et mes petits secrets, et j’en parle pas souvent, lors de
la présente émission de télévision c’est la première fois que ma mère
a appris que je ne vivais pas très bien à Oran.
Je suis attaché à des gens qui ont un
force divine, ce qui était le cas de ma tante, une vraie derouicha. Elle
avait une de ces forces divines, elle te prédisait avec une précision étonnante
ce qui allait se passer, crois-moi tout ce qu’elle a prédit, c’est réalisé
notamment le parcours de mes frères et mon propre parcours, et chaque
jour qui passe je me rends compte de la justesse de ses prédictions.
Au début, elle était malade et rejetée
de toute la famille, mon père l’a recueillie, et on s’est occupé
d’elle, pour nous remercier, elle nous a donné sa bénédiction.
Souvent je passais mes nuits auprès
d’elle, tandis qu’elle me racontait des histoires. Le hasard a voulu
qu’elle s’appelle Fatima, et quant elle est morte ma mère m’a laissé
une khamsa, et j’ai juré que l’une de mes premières chansons lui
serait dédiée, ce fut le cas avec la chanson Fatima.
Voilà pour l’histoire de la main de
Fatima, et j’en ait fait une symbolique, c’est une marque de
reconnaissance. Dès qu’on voit un khamsa jaune, avec un œil, on
reconnaît Hamid Baroudi. C’est un symbole qui est présent partout dans
mes photos, mes albums, tous mes clips et lors de mes tournées.
Propos recueillis par Mahiedine Benlekhal
de Liberté. |