ABDOU B. PARLE DU FESTIVAL
DE TEBESSA
"Il n’y a pas d’absence, il y a mort du cinéma algérien"
Lors de la soirée de clôture du 6e
Festival du cinéma et de la vidéo de Tébessa et pendant que le palmarès
tombait, le peu d’Algériens participants et les gens du monde du cinéma
attendaient, en vain, que M. Abdou Ben Ziyad prononce ces mots décisifs
qui primeraient une production algérienne. Le peu de réalisateurs et les
journalistes algériens étaient déçus de ce palmarès qui n’incluait
aucun nom algérien.
Peut-on expliquer cette absence par le
choix du jury ou par la faible production nationale ? Nous avons rencontré
M. Abdou Ben Ziyad quelques instants après l’annonce du palmarès :
Entretien.
Liberté : Qu’est-ce que vous pensez
de ce palmarès ?
ll Abdou Ben Ziyad : Maintenant que le
palmarès a été rendu public, je peux vous dire qu’il y a eu une bonne
qualité en matière de documentaires et de films d’animation.
Concernant les longs métrages fiction,
disons qu’il n’y a pas de film spécialement détaché. Bon, le film
italien l’a emporté parce qu’il y avait une qualité d’interprétation
des jeunes comédiens, et puis l’histoire est assez séduisante. Mais
personnellement j’ai été plutôt impressionné par la qualité des
documentaires.
Qu’est-ce que vous pouvez nous dire
à propos de l’absence remarquée de la participation algérienne ?
ll Il n’y pas d’absence des Algériens,
puisque le cinéma algérien est mort depuis quelques années. C’est
anachronique d’évoquer l’absence des films algériens au Festival de
Tébessa parce que nous pouvons tout autant évoquer l’absence de nos
produits dans les autres festivals à travers le monde entier où,
habituellement, il y avait des films algériens présentés.
Il aurait été quand même intéressant
d’inviter des réalisateurs algériens pour assister au festival ?
ll Pourquoi inviter des réalisateurs
s’ils n’ont rien à présenter ? Pour faire du tourisme ? C’est une
tradition tiermondiste.
N’est-il pas paradoxal de voir un
festival qui n’arrête pas de monter dans un pays où le cinéma, comme
vous dites, est mort ?
ll La production cinématographique
d’un pays est une chose, et la tenue d’un ou de plusieurs festivals en
est une autre. Si nous prenons l’exemple d’un pays que nous
connaissons bien : la France, un pays qui produit entre 120 et 140 films
par an, il faudrait que les gens sachent qu’il y a, en moyenne, un
festival de cinéma par jour en France. Autrement dit, il y a quelque 300
à 350 festivals par an en France.
Donc, il ne faut pas lier la tenue de ce
festival avec la mort du 7e art en Algérie. Commençons par guérir et créer
une industrie du film par des lois et un projet national qu’un
gouvernement doit être capable d’initier. Ensuite, parlons du festival
de Tébessa, de Carthage ou de Cannes.
Propos recueillis par F.A
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