Depuis la mi-février, Amina Touidjine brûle les planches de la Comédie
française. Cette Algérienne de Bab El Oued est arrivée en France en
1996 avec ses parents suite à l'assassinat de ses deux oncles. Un soir
sur trois et ce jusqu'à la fin du mois de juillet, elle donne la réplique
à de grands noms du théâtre François Pralon, en interprétant le rôle
de Louison, la petite fille d'Argan dans le Malade imaginaire de Molière.
Yeux noirs, regard vif et cheveux
ondulants sur les épaules, la petite comédienne a réussi à sortir
victorieusement d’une trentaine de filles aussi talentueuses les unes
que les autres qui étaient en compétition.
«J'ai récité la Mort d'un commis voyageur énormément que j'ai apprise
par cœur depuis l'âge de huit ans.» A cet exercice de diction et de
gesticulation, la réponse n'a pas tardé à venir. Deux jours après la sélection,
la cloche retentit et la secrétaire du metteur en scène annonce, de
l'autre bout du fil, la bonne nouvelle. «J'ai sauté de joie. Je vais
enfin connaître et vivre de nouvelles choses dans ma vie.» Ainsi, en
quelques jours, la vie de la petite Amina s'est emballée.
Admise dans l'un des plus prestigieux sanctuaires du théâtre, elle ne
croyait pas ses yeux lors de la visite des salles de spectacles et
l'essayage des costumes. «L'endroit est magique mais un peu démodé»,
rit-elle. Cependant, avant d'arriver à jouer dans la cour des grands, la
fille de Bab El Oued, ayant à son actif plusieurs pièces de théâtre
amateur dans lesquelles elle a participé à Alger, a déjà enregistré
deux albums destinés aux enfants et chanté comme choriste avec de
nombreux artistes.
En France, elle a aussi pris part à de nombreux doublages de films, tels
que Là-bas, mon pays, d'Alexandre Arcady. Elle avoue que «cette passion
vient de mon père alors qui, toute petite, m'emmenait assister à des
représentations théâtrales et à des soirées de musique andalouse».
En France où elle vit depuis 1996, Amina avoue avoir vécu la galères,
confinés avec cinq membres de sa famille dans une promiscuité d’une
chambre d’un hôtel dans le quartier de Vincennes. Adolescente, elle
gardera longtemps de mauvais souvenirs. «Je n’étais pas comme les
autres filles de mon âge à cause de l'étroitesse des lieux, je n’étais
pas heureuse, je ne pouvais même pas réviser tranquillement mes leçons
ou inviter mes copines. Pour éviter de redoubler je restais à étudier
jusqu'à la nuit tombée à l'école. C'était mieux que de retrouver une
chambre exiguë et inhumaine.»
Pleine de courage et d'ambitions, l'actrice prendra, par la suite, des
cours intensifs de la langue pour combler son déficit pédagogique à
Seine-Saint-Denis. Elle s'est lancée dans la musique, apprenant tour à
tour au sein du conservatoire de ladite municipalité. «J'ai toujours rêvé
de jouer d'un instrument. Je trouve magique de pouvoir télescoper les
sons les uns aux autres.» «Douée», à en croire ses enseignants, Amina
a des perspectives de devenir artiste en épousant une carrière musicale
à l'école de l'orchestre national de France ou devenir psychologue. A ce
propos, elle explique : «C'est encore trop tôt pour entrer dans les élucubrations
du Malade imaginaire, et ce plaisir n'est pas donné à tout le monde.
Devenir psychologue pour écouter les complaintes des gens qui souffrent
est un métier noble vous prenant toute la passion d’une vie.»
Par Tahar Hani
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