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ENTRETIEN AVEC SONIA
"Je veux me faire un statut"

Elle est présente sur plus d’un front. En Algérie comme à l’étranger, Sonia a fait des planches du théâtre son cheval de bataille. Très attentive aux critiques de ses proches, elle avance à pas sûrs pour enrichir une carrière indépendante de plus de treize ans. Sa seule devise, le travail qui fait d’elle, aujourd’hui, une des grandes figures féminines du 4e art. Elle sera, le 8 mars, à Lyon pour donner un spectacle à l’occasion de la journée de la femme.

Sonia, voulez-vous nous parler du spectacle que vous venez de
répéter ?

ll Je suis sur une lecture en mise en place que j’ai beaucoup jouée en arabe. Là, j’ai une opportunité pour la jouer en langue française, à Lyon, dans un théâtre qui s’appelle Saint-Phon, le 8 mars. Donc, j’ai repris le texte de Boudjedra tel qu’il est. C’est le Journal d’une femme insomniaque.

Qu’est-ce que cela représente pour vous de présenter ce spectacle un
8 mars ?

ll Je trouve que c’est bien de donner cette pièce à cette date-là, parce que c’est une pièce qui parle de la femme, de ses angoisses, de sa mal-vie dans une société machiste d’hommes, avec toutes les contraintes que cela implique. Ça dit le mal-être psychologique de la femme et son mal-être social. Je trouve que c’est une bonne opportunité de jouer cette pièce à cette date précise.

Quelles sont les préoccupations actuelles de Sonia ?

ll Actuellement, on continue de jouer Nuit de divorce. On est même programmé pour le 12 et 13 du mois en cours au Palais de la culture. En même temps, je suis en train de préparer un nouveau spectacle avec l’Office national de la culture et de l’information, qui s’intitule Les saltimbanques. D’après Mohamed Ferrah, c’est un spectacle qui met sur scène les difficultés et les problèmes que vivent les artistes de théâtre et le théâtre en général dans notre pays.

Parler des problèmes du théâtre dans notre pays nous mène à parler de l’expérience de Sonia en tant qu’artiste indépendante ?

ll J’ai travaillé pendant la moitié de ma carrière dans le théâtre d’État. Depuis à peu près douze ou treize ans, je travaille en indépendance, je n’ai pas de compagnie. Je travaille selon les projets qui sont souvent des choix et des rôles que j’ai envie de jouer. Des gens avec qui j’ai envie de travailler. Le fait d’être indépendante d’une structure d’État laisse un espace pour l’indépendance de la création. Bien qu’il y ait d’autres côtés un peu plus durs quand on est artiste indépendant. Malgré cela, je préfère préserver ma liberté de création.

On assiste, ces dernières années, à un grand recul du théâtre algérien. Quelle lecture faites-vous de cette situation ?

ll Je pense que c’est tout à fait normal car, depuis 1990, notre pays a vécu quelque chose d’atroce, d’abominable. Les artistes de théâtre ont vécu la situation avec beaucoup de drames, d’assassinats et d’exiles. Donc, les moyens humains déjà se sont un peu éparpillés. Et c’est tout cela qui a fait que pendant ces dix dernières années, le théâtre a vécu une période de recul. Malgré tout cela, il y’a des gens qui ont continué à travailler et c’est tout en leur honneur. C’est très très courageux de leur part. Certes, on ne peut pas parler de grandes manifestations théâtrales, mais il y’avait, de temps à autre, une petite fleur dans le désert, une pièce par-ci, une pièce par-là. Ce sont des gens qui ont beaucoup de mérite, parce qu’ils ont permis au théâtre de continuer d’exister dans des conditions très pénibles de travail et de création.

Que pense Sonia du "phénomène" du monologue ?

ll Je pense que le monologue est plus une contrainte qu’un choix. Moi par exemple, je travaille en duo, en ce moment. Ce n’est pas que je n’ai pas envie de faire une pièce avec quinze personnages sur scène, mais nous n’avons pas les moyens matériels de ces ambitions. Le monologue chez nous n’est pas toujours un choix artistique, c’est aussi une contrainte financière et artistique.

Peut-on espérer voir Sonia dans un monologue qui mettra sur scène une riche expérience artistique ?

ll Pour faire un monologue, il faut que je tombe sur un texte qui m’interpelle et me plaise. Peut-être que je le ferais un jour avec un texte qui me donne envie de monter sur scène toute seule.

En représentation depuis presque une année, quel accueil réserve le public à Nuit de divorce ?

ll Ce que je peux dire, c’est que nous sommes quand même à notre 25e représentation, ce qui n’est pas du tout négligeable pour le terrain culturel qu’on a. C’est une pièce qui marche bien. Les gens passent un bon moment pendant une heure, ils s’amusent de leurs défauts, de leurs problèmes conjugaux. Je peux dire que ça marche très bien et que j’ai toujours autant de plaisir à jouer cette pièce.

Les projets de Sonia ?

ll Dans l’immédiat, c’est d’aller jouer la pièce Journal d’une femme insomniaque en France, ensuite nous continuerons, moi et Rachid Farès, à donner les représentations de Nuit de divorce. Je finis également de monter le spectacle avec l’ONCI. Puis, un metteur en scène français m’a proposé de participer à un spectacle qui va être monté en arabe classique et dont la distribution va être marocaine, tunisienne, algérienne et française. C’est une adaptation très libre de l’œuvre de Shakespeare, Roméo et Juliette.

W. L