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Ferhat
M'henni : « Un air d'intifadha »
Source : Le
Matin du 26 avril.
La Kabylie est de
nouveau face à son destin. L'agitation lycéenne qui s'y répand comme
une traînée de poudre depuis le 18 avril dernier, par la faute
d'irresponsables gendarmes, semble se densifier et s'installer dans la durée.
Aucun appel au calme n'a été, ni n'a apparemment la chance d'être
entendu dans l'immédiat.
Une fois de plus, c'est notre jeunesse qui rachète notre honneur en
refusant la démission devant l'arbitraire. Un gendarme n'a pas le droit,
même de manière accidentelle, de décharger sa mitraillette sur un
adolescent comme ce fut le cas dans la gendarmerie de Béni Douala pour
Massinissa, inhumé ce lundi.
Des gendarmes n'ont pas le droit d'interpeller des lycéens sous la
protection de leur professeur de sport et devant leurs camarades de classe
pour avoir, semble-t-il, scandé la veille, lors de leur marche du
Printemps amazigh, des slogans hostiles à l'arabisation et en faveur de
leur langue ancestrale : tamazight.
Les règles de l'interpellation ne doivent pas être violées par ceux qui
sont chargés de veiller à l'application de la loi.
Ainsi, ce sont nos enfants qui nous rappellent à nos devoirs de citoyen
de lutter en faveur d'un Etat de droit.
Mais par delà ces émeutes et leur colère, leurs barricades et leurs
feux de pneus, cet air d'intifadha aux parfums d'un printemps 1980 et d'un
été 1998, après l'assassinat de Matoub Lounès, ces « bavures »
commises par un corps de sécurité interpellent tous les Algériens.
Leur simultanéité et les lieux cibles où elles ont été commises (Tizi
Ouzou et Bgayet), même s'ils sont dus au hasard, ne peuvent échapper à
l'interprétation du citoyen et aux supputations de la rue qui préfèrent,
plutôt, y voir une nouvelle provocation de la région.
En effet, les tensions au sommet de l'Etat, rapportées ces derniers jours
par la presse nationale, créditent la thèse d'une manipulation. La
Kabylie, par sa proximité géographique avec la capitale, son irrédentisme
à l'égard du système en place, est l'espace qui se prête le mieux aux
provocations. Il est même à se demander si le déni identitaire et
linguistique dont elle est victime -certes pas toute seule - ne procède
pas d'intentions manipulatrices des plus hauts dirigeants du pays.
Ainsi, quand le pouvoir s'enrhume, c'est la Kabylie qui tousse.
Devant les risques d'un embrasement de toute la région, il est nécessaire
de la réintégrer au cur de l'Algérie au lieu de la refouler à la périphérie
de la nation comme c'est le cas depuis l'indépendance nationale.
La Kabylie a toujours été à l'avant-garde du pays. Elle a réussi à
casser l'armature du monolithisme et sa chape de plomb sur les libertés
du temps du parti unique. Elle a remis à l'ordre du jour l'identité
nationale égarée dans les méandres de l'aliénation idéologique. Elle
a montré par le boycott scolaire de 1994-95 qu'il était possible de
mener un combat pacifique pendant que d'autres ne font entendre que le
bruit des armes.
Aujourd'hui, ses enfants rappellent à chacun ses devoirs et ses
responsabilités devant la nécessité de bâtir un Etat de droit pour ne
pas compromettre l'avenir d'autres générations à l'échelle nationale.
C'est pourquoi chaque région du pays a le devoir de lui manifester sa
solidarité en faisant siennes ses revendications démocratiques au lieu
de la diaboliser.
La construction nationale est à ce prix. La démocratie aussi.
Ferhat M'henni
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