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Les
couples «pourchassés» sont acquittés
Alors que le procureur a
requis un mois de prison ferme et une amende de 1 000 DA à l’encontre
des couples inculpés d’outrage sur la voie publique et d’attentat à
la pudeur, la présidente de la séance du tribunal correctionnel de Chéraga
a prononcé l’acquittement
Mercredi
7 mars 2001
Par
Hasna Yacoub du quotidien La
Tribune
Dans cette salle archicomble du tribunal
correctionnel de Chéraga, les couples «pourchassés» qui ont eu à répondre
de l’inculpation d’outrage sur la voie publique et d’attentat à la
pudeur se fondent dans la foule. Devant l’entrée du tribunal, des «défendeurs
des libertés individuelles», membres d’associations et citoyens sont
regroupés.
Après leur marche réprimée vendredi dernier à Staouéli, ces derniers
tiennent, affirment-ils, à renouveler leur solidarité aux couples persécutés
et à tirer «une énième sonnette d’alarme pour faire arrêter la dérive
et rendre l’Algérie à l’ère du temps présent, l’ère du troisième
millénaire».
Adossé à un mur, un homme, la cinquantaine, se demande si de nombreux présents
au tribunal n’étaient pas «de simples curieux pour savoir le développement
que connaîtra le procès des couples». Ce dernier est le père d’une
des interpellées en juillet dernier à la plage de Sidi Fredj. Il est présent
aujourd’hui pour soutenir sa fille : «Elle ne m’a informé que dernièrement
par peur de ma réaction.
C’est absurde ! elle est majeure
et de surcroît fiancée. J’ai tenu à être présent au procès pour
qu’on ne dise pas que je ne suis pas au courant.» La fille du quinquagénaire,
réconfortée par l’appui de son père, est assise, un sourire dessiné
sur son visage, à côté d’un jeune, son fiancé. Ce jeune couple a
affirmé que les gendarmes les ont interpellés juste parce que la fille
avait la tête posée sur l’épaule de son fiancé. «Ils ont demandé
nos papiers [les gendarmes, NDLR] et quand je leur ai dit que c’est mon
fiancé, ils m’ont insultée», raconte la jeune fille. Au jeune homme,
il est refusé d’aller chercher les parents pour étayer ses dires.
Embarqués au poste de police, un PV est établi et le couple est appelé,
six mois après, à comparaître devant le tribunal. Dans des conditions
similaires, deux autres couples sont également présents pour répondre
de l’inculpation d’outrage sur la voie publique et d’attentat à la
pudeur. Moins chanceuses, les deux autres interpellées n’ont pas le
soutien de leurs proches. L’une d’elles, universitaire, la trentaine
passée, avoue : «Ce sont les mois les plus difficiles de toute ma vie.
Mon père a une certaine image de moi et s’il apprend que je suis inculpée
pour une histoire de mœurs, il ne le supportera pas vu son âge. Quoique
toute cette affaire soit ridicule, c’est la société qui impose les règles.»
La seconde est dentiste. Elle est seule. Son partenaire est absent pour la
seconde fois au procès. Elle préfère se tenir loin du monde, même de
ceux qui sont venus lui apporter leur soutien. Son avocat, quant à lui,
se refuse à tout commentaire.
Deux heures s’écoulent. L’attente se fait longue. Les affaires du
jour se succèdent. La présidente du tribunal finit par annoncer aux
avocats que le procès des couples clôturera la séance et se déroulera
à huis clos. Les inculpés sont enfin appelés à rejoindre une arrière-salle.
A la sortie, la fille du quinquagénaire est à l’aise,
l’universitaire est blême. La troisième quitte le tribunal avant la
lecture de la «sentence» qui a lieu une heure après.
La défense des deux premiers couples qui a présenté les interpellés
comme des personnes adultes, universitaires et conscientes des réalités
sociales, a été contrecarrée par le procureur de la République. Ce
dernier, tout en déclarant que «ces qualités ne dispensent pas du délit
commis», a requis un mois de détention ferme et une amende de 1 000 DA.
L’épreuve est enfin consommée. Le verdict tombe : les accusés sont
acquittés. Les youyous emplissent la salle d’audience. Au seuil de la
porte du tribunal, l’indépendance de l’Algérie et la liberté de son
peuple sont acclamées. Au milieu de ces chants, l’une des interpellées
éclate en sanglots.
H. Y.
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