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L'actu. de PlaNet DZ

 

                                            

             

 

Bonjour Monsieur Yasmina Khadra !

Yasmina Khadra est souvent agacé par les questions redondantes des journalistes qui s’attardent nettement plus sur
la carrière militaire de Mohamed Moulessehoul que sur l’œuvre littéraire de L’écrivain.


© Hannah


« j’aimerais que les gens s'attardent sur ce que j'écris, non sur l'homme ou la femme que je peux être. A la longue, cela m'a beaucoup éprouvé et fatigué ». 

Écoutons le.

L'histoire de la littérature n'offre pas d'exemple comme le votre. Nous ne connaissons pas d'anciens espions, par exemple, reconvertis en écrivains...

Oui, c'est d'ailleurs une singularité qui me soutient dans mes moments de doutes.

Lisez-vous John le Carré ?

Non, je ne l'ai jamais lu.

Est-ce par choix ?

Non, c'est parce que je n'en ai jamais eu l'occasion. il ne faut pas oublié la pénurie de livres qui a frappé l'Algérie. Mais j'ai déjà lu une centaine d'ouvrages depuis que j'ai quitté le pays, il y quatre mois. J'ai lu tous les grands écrivains que j'ai toujours voulu découvrir. Je n'ai fait que lire depuis ces quatre derniers mois.

Qu'avez-vous lu? De la littérature contemporaine ou des classiques?

Oui, surtout les contemporains. J'avais du temps à rattraper car je ne savais pas ce que les contemporains écrivaient. Aujourd'hui, j'essaye d'aller vers eux. Et puis, j'ai rencontré de grands écrivains comme Edward Grisson, Alvaro Motis.
Ça m’a permis de palper cet univers que je n'arrêtais pas de faire et de défaire dans mon esprit.

A l'école des cadet, vous étiez identifié par un matricule et vos livres paraissaient avec un pseudonyme. Peut-on dire que vous avez toujours vécu, jusqu'à il y quelques semaines, dans la négations de votre être, que vous n'êtes vous-mêmes que depuis que vous avez quitter le double anonymat d'un matricule et d'un pseudo littéraire ?

J'avais évidemment conscience de cette confiscation de ma personnalité. J'en parle d'ailleurs dans mon livre. Mais je savais que cette situation n'était pas définitive. Au fond de moi, je savais que le jour viendra où j'allais éclore en tant qu'individu déterminé, surtout en tant qu'individu réel que l'on n'identifie pas à un groupe ou à une institution. Je me disais que cela n'arriverait peut-être que dans ma tombe car la mort est vérité et le mensonge n'existe que dans la vie.
Finalement, j'ai eu la patience et la philosophie pour composer et avec la négation et avec l'espoir. Cela a été difficile de faire cohabiter le soldat avec l'écrivain et l'espoir avec la négation, mais je l'ai fait.

Vous astreignez-vous à une discipline d'écriture ?

Oui, une discipline quasi-militaire. Quand des personnages me sollicitent, je deviens leur nègre. Mais je ne pouvais pas me permettre de consacrer tant de jours ou d'heures à l'écriture. Ma vie de militaire n'offrait pas cette possibilité. Mais l'écriture restait vitale pour moi. Je souffrais beaucoup de ce dépeuplement de l'Algérie. Ce dépeuplement touchait aussi mes amis d'enfance qui tombaient au champ d'honneur, régulièrement. Je souffrais de rencontrer leurs orphelins et leurs veuves. Je ne pouvais supporter tout cela sans une thérapie. Et ma thérapie, c'était l'écriture.

Donc, généralement, mes romans se construisent dans ma tête pendant très longtemps. Et lorsque je m'y met, c'est toujours d'une traite. Je n'ai pas beaucoup de temps; alors, j'écrie très vite.

En combien de temps généralement ?

Un mois pour Morituri.

 
Vous l'avez écris pendant votre mois de congé ?

Non, j'écrivais la nuit, les week-ends. Je passais de l'exercice de ma profession à celui de ma vocation, sans repos entre les deux. J'ai écris dans mon bureau, à la maison, dans l'hélicoptère.

Maintenant, je suis libre, dans le sens le plus large du terme. Je ne me  crois pas contraint de rendre des comptes à qui que ce soit, sauf aux gens que je touche à travers mes livres. Je suis libre, je veux être libre parce que c'est la première fois que je découvre la liberté.

Existe-t-il un projet d'adaptation cinématographique ?

Qui oserait le faire et qui aimerait le faire! Bon, c'est vrai que j'ai été contacté par deux cinéastes algériens. Okacha Touita a déjà pris une option et le scénario est prêt. Mais il est encore à la recherche d'un producteur.

En combien de langues vos romans sont-ils traduits ?

Onze langues. Et je crois savoir qu'ils se sont mieux vendus en Italie qu'en France. Ils ont également eu un grand succès en Allemagne.

A présent, vous êtes célèbre; la presse vous sollicite beaucoup. Comment vivez-vous ce nouveau statut de "vedette" littéraire ?

J'essaye de garder la tête sur les épaules. Je vie avec ce qui m'arrive car je l'ai toujours attendu. Maintenant, j'essaye d'en être digne.

Mais c'est fastidieux quand même d'avoir à répondre aux questions des journalistes, quand on est habitué à travailler seul, dans l'anonymat, sans participer aux rencontres littéraires, aux débats, aux interviews…

Ce sont des journalistes qui m'ont toujours soutenus. Vous savez, je n'étais pas encore traduit dans les pays européens que ces journalistes parlaient déjà de moi.

Entretien réalisé par SAS pour PlaNet DZ
Le 31 janvier 2001 à Paris.

Lire le complément de l'interview sur le site du quotidien Le Matin.