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« j’aimerais
que les gens s'attardent sur ce que j'écris, non sur l'homme ou la femme
que je peux être. A la longue, cela m'a beaucoup éprouvé et fatigué ».
Écoutons
le.
L'histoire
de la littérature n'offre pas d'exemple comme le votre. Nous ne
connaissons pas d'anciens espions, par exemple, reconvertis en écrivains...
Oui,
c'est d'ailleurs une singularité qui me soutient dans mes moments de
doutes.
Lisez-vous
John le Carré ?
Non,
je ne l'ai jamais lu.
Est-ce
par choix ?
Non,
c'est parce que je n'en ai jamais eu l'occasion. il ne faut pas oublié la
pénurie de livres qui a frappé l'Algérie. Mais j'ai déjà lu une
centaine d'ouvrages depuis que j'ai quitté le pays, il y quatre mois.
J'ai lu tous les grands écrivains que j'ai toujours voulu découvrir. Je
n'ai fait que lire depuis ces quatre derniers mois.
Qu'avez-vous
lu? De la littérature contemporaine ou des classiques?
Oui,
surtout les contemporains. J'avais du temps à rattraper car je ne savais
pas ce que les contemporains écrivaient. Aujourd'hui, j'essaye d'aller
vers eux. Et puis, j'ai rencontré de grands écrivains comme Edward
Grisson, Alvaro Motis.
Ça m’a permis de palper cet univers que je n'arrêtais pas de faire et
de défaire dans mon esprit.
A
l'école des cadet, vous étiez identifié par un matricule et vos livres
paraissaient avec un pseudonyme. Peut-on dire que vous avez toujours vécu,
jusqu'à il y quelques semaines, dans la négations de votre être, que
vous n'êtes vous-mêmes que depuis que vous avez quitter le double
anonymat d'un matricule et d'un pseudo littéraire ?
J'avais
évidemment conscience de cette confiscation de ma personnalité. J'en
parle d'ailleurs dans mon livre. Mais je savais que cette situation n'était
pas définitive. Au fond de moi, je savais que le jour viendra où
j'allais éclore en tant qu'individu déterminé, surtout en tant
qu'individu réel que l'on n'identifie pas à un groupe ou à une
institution. Je me disais que cela n'arriverait peut-être que dans ma
tombe car la mort est vérité et le mensonge n'existe que dans la vie.
Finalement, j'ai eu la patience et la philosophie pour composer et avec la
négation et avec l'espoir. Cela a été difficile de faire cohabiter le
soldat avec l'écrivain et l'espoir avec la négation, mais je l'ai fait.
Vous
astreignez-vous à une discipline d'écriture ?
Oui,
une discipline quasi-militaire. Quand des personnages me sollicitent, je
deviens leur nègre. Mais je ne pouvais pas me permettre de consacrer tant
de jours ou d'heures à l'écriture. Ma vie de militaire n'offrait pas
cette possibilité. Mais l'écriture restait vitale pour moi. Je souffrais
beaucoup de ce dépeuplement de l'Algérie. Ce dépeuplement touchait
aussi mes amis d'enfance qui tombaient au champ d'honneur, régulièrement.
Je souffrais de rencontrer leurs orphelins et leurs veuves. Je ne pouvais
supporter tout cela sans une thérapie. Et ma thérapie, c'était l'écriture.
Donc,
généralement, mes romans se construisent dans ma tête pendant très
longtemps. Et lorsque je m'y met, c'est toujours d'une traite. Je n'ai pas
beaucoup de temps; alors, j'écrie très vite.
En
combien de temps généralement ?
Un
mois pour Morituri.
Vous
l'avez écris pendant votre mois de congé ?
Non,
j'écrivais la nuit, les week-ends. Je passais de l'exercice de ma
profession à celui de ma vocation, sans repos entre les deux. J'ai écris
dans mon bureau, à la maison, dans l'hélicoptère.
Maintenant,
je suis libre, dans le sens le plus large du terme. Je ne me
crois pas contraint de rendre des comptes à qui que ce soit, sauf
aux gens que je touche à travers mes livres. Je suis libre, je veux
être libre parce que c'est la première fois que je découvre la
liberté.
Existe-t-il
un projet d'adaptation cinématographique ?
Qui
oserait le faire et qui aimerait le faire! Bon, c'est vrai que j'ai été
contacté par deux cinéastes algériens. Okacha Touita a déjà pris une
option et le scénario est prêt. Mais il est encore à la recherche d'un
producteur.
En
combien de langues vos romans sont-ils traduits ?
Onze
langues. Et je crois savoir qu'ils se sont mieux vendus en Italie qu'en
France. Ils ont également eu un grand succès en Allemagne.
A
présent, vous êtes célèbre; la presse vous sollicite beaucoup. Comment
vivez-vous ce nouveau statut de "vedette" littéraire ?
J'essaye
de garder la tête sur les épaules. Je vie avec ce qui m'arrive car je
l'ai toujours attendu. Maintenant, j'essaye d'en être digne.
Mais
c'est fastidieux quand même d'avoir à répondre aux questions des
journalistes, quand on est habitué à travailler seul, dans l'anonymat,
sans participer aux rencontres littéraires, aux débats, aux
interviews…
Ce
sont des journalistes qui m'ont toujours soutenus. Vous savez, je n'étais
pas encore traduit dans les pays européens que ces journalistes parlaient
déjà de moi.
Entretien
réalisé par SAS pour PlaNet DZ
Le 31 janvier 2001 à Paris.
Lire
le complément de l'interview sur le site du quotidien Le Matin.
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