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ANNEE
DE L’ALGERIE EN FRANCE / Le flou artistique
Par
Tahar Hani
Source
El Watan du 4 juin 2001
«Démarrage sur des chapeaux de roues» : c’est ainsi qu’on
peut qualifier la première réunion tenue au centre culturel algérien de
Paris entre les cinéastes algériens et les responsables chargés de
l’organisation de l’année de l’Algérie en France en 2003.
Senoussi, ancien colonel et présentement commissaire général délégué
de l’Algérie, a eu visiblement beaucoup de mal à expliquer d’une façon
limpide et cohérente les objectifs de cette année et les moyens avec
lesquels l’Algérie compte y parvenir.
Mis à part l’habituel discours qui consiste à dire qu’il faut «jeter
les passerelles culturelles et scientifiques entre Algériens et Français
et construire des relations stables entre les deux pays», M. Senoussi
n’était pas en mesure de donner une véritable visibilité à ce grand
rendez-vous.
Et pourtant, il s’en défend : «Ce n’est pas une année décidée sur
un simple coup de tête. Je crois qu’il y a une vision stratégique.»
Stratégique ou pas, il faut bien reconnaître que rien n’est encore
fait sur le plan pratique : aucun document éditorial explicatif ou
informatif de l’événement ni structure de communication ne sont mis en
place.
Mis à part l’existence de l’Association française des activités
artistiques (AFAA) censée accueillir des projets et des propositions émanant
d’artistes, rien n’est à signaler du côté algérien.
Au désert culturel qui caractérise le pays s’ajoute une sorte de
confusion qui semble aussi marquer les esprits de certains cinéastes. Ils
craignent d’être récupérés politiquement ou de voir leurs projets
jetés aux oubliettes. Face à ces inquiétudes légitimes, le commissaire
algérien se voulait rassurant : «Nous sommes là pour recevoir les gens
et les écouter sans exclusive. Nous n’avons pas le droit d’être médiocres
vis-à-vis des Français.»
En plus des projets à présenter devant le comité d’évaluation, une
question essentielle est revenue tout au long de la rencontre. Elle est
inhérente à la couverture médiatique de cet événement par les télévisions
françaises. Si Senoussi est convaincu que les chaînes joueront le jeu,
les cinéastes restent, quant à eux, un peu sceptiques. «Nous allons
faire fonctionner nos réseaux grâce notamment à l’aide de notre grand
ami Hervé Bourges qui connaît tout le monde», a rassuré le commissaire
algérien qui semble s’appuyer considérablement sur la partie française.
«Après tout, précise-t-il, c’est un événement binational.»
Comment se dérouleront les choses concrètement ? Comment seront désignés
les responsables des départements (musique, théâtre, cinéma, peinture
et autres…) et sur quelles bases ? Tribale ou professionnelle ? Comment
s’organisera la communication de cet événement ?
Toutes ces questions demeurent suspendues pour le moment, selon un jeune
cinéaste qui a voulu garder l’anonymat ; seules deux certitudes
demeurent acquises : la première a trait au retour des vieux dinosaures
du cinéma qui ont flairé l’odeur de l’argent et des subventions. La
seconde, c’est que toute cette opération de vente de l’Algérie a
pour unique finalité de rehausser l’image de Bouteflika auprès de la
communauté internationale et de consolider son pouvoir, alors que des
enfants meurent tous les jours en Kabylie.
Mais combien d’artistes accepteraient de jouer le jeu ?
Tahar
Hani
El
Watan du 4 juin 2001 |
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