Les journalistes de la Chaîne II dénoncent la censure et la répression
«
Nous ne mentirons plus »
Djamel
B.
Source Le Matin du
05 juin 2001
Quarante-trois
travailleurs de la Chaîne II dont trente-deux journalistes, une radio
publique d'expression amazighe, dénoncent la censure et le traitement sélectif
que réservent les pouvoirs publics aux événements tragiques que vit la
Kabylie.
C'est une première dans le secteur public depuis 1988. Dans une déclaration
rendue publique hier, les journalistes, producteurs, animateurs et régisseurs
de cette radio informent l'opinion publique algérienne qu'ils se « démarquent
totalement de la manière avec laquelle a été traitée l'information se
rapportant aux événements » de Kabylie et qu'ils condamnent « énergiquement
la répression et les dépassements commis par les services de sécurité
». Les bilans présentés des morts, la manière de couvrir les
manifestations et de présenter les marches organisées sont dénoncées.
Alors que la plupart des médias, des partis politiques et des
responsables des comités de village évaluent le nombre de morts à au
moins 60 personnes, les médias publics s'en tiennent au bilan officiel,
51 morts.
Pour les marches organisées tant à Alger qu'en Kabylie, les estimations
des médias publics ont toujours été celles avancées par les services
de sécurité.
Les signataires
rappellent dans leur déclaration que « la radio est un média dont
l'essence même est d'assurer un service public et non servir le pouvoir
en place ». Une mission qui a été définie dans les textes mais jamais
appliquée en Algérie.
Dans leur déclaration,
les quarante-trois travailleurs de la Chaîne II s'inclinent devant la mémoire
des victimes des événements de Kabylie.
Comme pour prendre leurs distances vis-à-vis du discours officiel qui présente
les manifestants tantôt comme des délinquants, tantôt comme des jeunes
manipulés, les signataires de la déclaration affirment qu'ils «souscrivent
entièrement à toutes les revendications portées par le mouvement ».
Ils expriment aussi leurs « solidarité et engagement à défendre les
causes justes ».
Cette déclaration qui ouvre une brèche dans le secteur public
fera-t-elle des émules dans les autres radios, à la télévision et à
l'APS ?
A noter que lors de la journée de protestation organisée le 28 mai par
la corporation contre le code pénal, plusieurs journalistes de ces médias
étaient présents.
Djamel B.
MALAISE
A LA RADIO NATIONALE
Par Djamila Kourta
Source : El Watan du
5 juin 2001
Des journalistes contre
la censure. Une première. Des travailleurs d’un média public
s’insurgent contre la censure au sein de leur entreprise. Plus de
quarante travailleurs (journalistes, animateurs, producteurs, reporters, régisseurs
et réalisateurs) de la Chaîne II, se sont élevés, à travers une pétition,
contre la censure et le traitement sélectif des événements de Kabylie.
Ainsi, ils se démarquent totalement de la manière avec laquelle a été
traitée l’information se rapportant à ces événements, d’autant
que, expliquent-ils, «dès le début des événements en Kabylie, les
envois des correspondants locaux ont été carrément mis à la poubelle.
La Chaîne II a passé sous silence tous les dépassements et les
exactions commis dans la région, notamment le bilan des morts et des
blessés, les différentes manifestations et marches.» Les appels au
calme lancés par la société civile et les coordinations des daïras,
des communes et des aârchs ont été par contre médiatisés ainsi que la
visite du ministre de l’Intérieur, Yazid Zerhouni. «La Chaîne II a été
la seule — des trois chaînes — à s’empresser à diffuser la déclaration
de Zerhouni dans laquelle il remettait en question l’âge et la qualité
du lycéen Massinissa Guermah assassiné dans les locaux de la gendarmerie
de Beni Douala, le 18 avril dernier», notent-ils. |