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ALLA, maître algérien du oûd, Hachemi
Bellali à la guitare et Diabolo à l'harmonica nous ont concocté un très
bel album, Zahra, sorti le 2 avril 2002.
Alla nous a fait le
grand honneur de nous recevoir chez lui, le plus simplement du monde
il a répondu a quelques une de nos interrogations.
Interview audio

Rencontre
avec Alla autour de la sortie de Zahra son nouvel opus
et...d'un bon thé à la menthe...
Interview réalisée par Benjamin Minimum de Mondomix
et Ourida de PlaNet DZ.
Extraits Vidéo 
Images de John Allen. |
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Depuis
son premier disque Foundou de Bechar
édité en 1993, chacun de ses albums nous a réservé des surprises. Alla,
de son vrai nom Abdelaziz Abdellah, musicien originaire du Sud-Ouest algérien
basé depuis dix années à Paris, est
le seul « joueur » du luth arabe, a ne pas craindre
l'innovation. Avec une sérénité à toute épreuve propre aux gens du désert,
ce musicien refuse de porter le lourd fardeau historique d'un instrument
sacralisé dans la mémoire arabo-islamique. Tant, Alla n'aime qu'une chose,
bousculer continuellement le petit monde des maîtres oudistes, qu'ils
soient marocains, tunisiens, égyptiens, libanais, irakiens... Alors, que
bon nombre prônent la perpétuation d'une sensibilité exclusivement
orientale de cet instrument, sinon quelques rares « fusions »
avec des musiciens européens, notre musicien saharien a toujours l'oreille
en éveil. Nulle recherche de rencontres à la lecture multiculturelle. Les
quêtes d'Alla, s'inscrivent tous dans un besoin d'apaisement, une envie
permanente d'aller au limite de la fragilité sonore. Bref, pour Alla, toute
sa musique doit en permanence exprimer l'espace saharien et le vécu
cosmopolite de sa ville natale Bechar, et non pas arabo-mauresque de ses pères
oudistes de Fès, Alger, Damas et Bagdad...
A
Bechar où il est né en juin 1946, Alla n'est pas retourné depuis son
arrivée en France en 1992. Malgré l'insistance des proches à revenir chez
lui aux portes du Sahara, il préfère de loin et dans l'exil, continuer à
exprimer d'un album à un autre, et par de rares concerts dans le monde, la
dimension intemporelle de sa terre d'origine. Aux amis qui l'interrogent sur
son pays, l'Algérie, Alla répond
par le silence. Un long silence qui en dit long. Alors que lui, sa seule
raison d'être est de composer une musique fragile. Écrite comme une prière
destinée à l'apaisement des cœurs.
Pour
comprendre Alla et ce qui l'anime, il faut poser le décor. Il habite au
nord de Paris, dans la solitude d'un petit studio. Toujours en quête d'un
son improbable, il multiplie en artisan la fabrication d'oud
qui ornent ses murs. Lorsqu'il devine détenir le meilleur de sa création,
Alla construit patiemment des arabesques ciselées avant de les enregistrer
à l'aide de son petit studio numérique. Ce dernier album s'est fait ainsi.
Durant des jours, des semaines et des mois, Alla a cherché, par de
multiples improvisations, des mélodies qui expriment le mieux, son autre quête:
l'évasion.
A
ses amis, qui lui ont toujours suggéré de se faire accompagner par tel ou
tel autre instrument, Alla a toujours répondu par un sourire candide.
Jamais aucun n'aurait pensé que l'oud
de notre musicien de Bechar pourrait s'accompagner d'un harmonica et
d'une guitare sèche. Alla préfère nous laisser à nos questionnements.
Est-il normal qu'il s'éloigne de l'atmosphère orientale de sa musique,
pour nous propulser dans un univers que beaucoup pourraient qualifier étrangement
de country ? Il y avait tout à craindre dans cette nouvelle démarche
d'Alla. Mais le résultat est là, une dizaine de titres où l'oud
du musicien nous prend par la main pour nous faire rentrer dans son arène,
pour découvrir des sonorités d'harmoniciste (Diabolo) et de guitariste (Hachemi
Bellali) domptées. Diabolo, qui a été, durant deux décennies,
l'harmonica blues de nombreuses vedettes dont Jacques Higelin, le dit lui-même :
« Alla m'a mis à nu. Pour la première fois j'avais uniquement soufflé
dans mon instrument sans faire de notes. Je croyais faire le vent, sur
lequel les arabesques de l'oud
d'Alla venaient se reposer. »
Juste
avant l'été, Alla avait un jour demandé à son ami Hachemi Bellali de lui
présenter un harmoniciste. Les trois hommes avaient fait des essais non
concluant dans un studio, avant qu'Alla ne propose de faire le disque dans
son petit studio, autour d'un verre de thé. Et c'est ainsi qu'est né Zahra,
en mémoire de sa mère.
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Biographie
Alla, de son vrai nom
Abdellaziz Abdallah, est né le 15 juin 1946 à Bechar, métropole
saharienne à 900 kilomètres de la Méditerranée.
Dernier
né d’une famille de douze enfants, d’un père venu de Taghit
(oasis située à 90 km de Bechar), et d’une mère originaire de
Tafilalet, au sud du Maroc. Alla quitte à 15 ans les bancs de l’école
pour commencer à gagner sa vie.
A
seize ans, Alla fabrique son propre luth de fortune :
l’universel instrument à cordes des gamins, à base de bidon, de
bout de bois en guise de manche et de câbles de frein de vélo pour
les cordes. Les copains du quartier sont son premier auditoire.
En 1972, Alla achète son premier oud (luth arabe). Il joue
alors, comme tous ses pairs, des mélodies en vogue et, en général,
du melhoun marocain. Mais, rapidement, il vole de ses
propres ailes, se forgeant un style, explorant des horizons nouveaux
pour arriver dans sa pratique de l’instrument à une sorte de synthèse
entre le jeu oriental et le jeu africain.
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En
Algérie, un producteur réussit à le faire entrer en studio pour y réaliser
une cassette. Aujourd’hui, Alla ne l’accepte qu’à moitié : il a
toujours eu une relation absolue, mystique, avec la musique. Longtemps, il
s’interdit d’en faire commerce et de faire « carrière ».
La
démarche d’Alla est faite d’improvisation au fil des soirées. Il ne se
souvient jamais de ce qu’il a joué la veille ; son inspiration : « tout
ce qui me fait mal ressort », dit-il. Un récital d’Alla
ressemble à un rituel : on vient prendre le musicien et son luth, dans
la maison familiale. Un soir comme tant d’autres, il est vingt heures
lorsque la voiture d’un ami chauffeur de taxi emporte Alla vers Kenadza.
Le soleil s’éteint sur la route droite. A l’entrée de la bourgade, on
ne voit que les contours magiques du lavoir de la mine désaffectée et une
locomotive miraculeusement préservée de l’usure du temps. La soirée se
passe chez un ami, un médecin septentrional, installé dans le Grand Sud,
et adopté par la population. Dans le grand salon, tout le monde
s’installe sur des matelas posés sur le sol. L’assistance est
exclusivement masculine, comme le veut la tradition religieuse dans le
Sahara. Alla se met alors à accorder son luth, des heures durant.
Le
plus étrange est qu’il joue de son instrument tout en l’accordant
simultanément, car, pour lui, accorder le luth n’est pas une simple opération
technique. Au moment où il triture les cordes de son instrument,
l’oreille collée aux sonorités, il cherche la voie, l’issue par
laquelle il s’échappera.
Il
peut jouer seul ou accompagné. Il est capable de créer un orchestre dans
l’assistance : jerricane, boites d’allumettes, chœur, balancement
des corps… tout lui est bon. Le luth d’Alla peut prendre, au gré de
l’inspiration, les couleurs de la cithare, celles de la kora ou du guembri
(instrument à deux cordes graves venu d’Afrique noire et popularisé dans
les années 1970 par le groupe marocain Nass el Ghiwane.)
Découlant
de cette liberté d’improvisation, sa musique laisse entrevoir une
modernité proche de l’esprit jazzy dans lequel une oreille occidentale
classerait volontiers le musicien.
A
Bechar, jusqu’en 1968, la France reste présente par le biais de sa base
militaire et à travers une vie culturelle importée : orchestres venus
de métropole, bals populaires, bistrots…Une ambiance qui ne manque pas
alors d’influencer les musiciens de la région. C’est ainsi que l’on
peut voir aujourd’hui Hasna, cette fameuse vieille dame noire qui trône
dans les mariages avec sa guitare électrique au milieu d’orchestres féminins.
Bechar, où l’on peut assister aujourd’hui à des concerts de raï, où
dans les années 1960, Boutheldja Belkacem, le Khaled de l’époque, vient
d’Oran donner des soirées « Calypso ».
Dans sa ville, la musique d’Alla fait
école et porte son nom : le foundou. De son vivant, le père
d’Alla est d’ailleurs appelé
Embarek Foundou, parce qu’il travaille à cette époque au « fond 2 »
de la mine de Kenadza.
Le
luthiste va naturellement hériter du surnom paternel, avant de le léguer
à sa propre musique (premier album).
Le
deuxième album d’Alla, Taghit, fait aussi référence à son géniteur,
puisqu’il emprunte son nom à l’oasis dont il est originaire. De plus en
plus gaie et malicieuse, sa musique sait prendre le temps du silence et de
la réflexion.
La
mine de Kenadza, découverte en 1917, transforme cette oasis saharienne en pôle
industriel cosmopolite. Le prolétariat accourt de tous les horizons, des
hauts plateaux, de Kabylie, du Maroc. On y retrouve des républicains
espagnols, des Corses, des Italiens et même des prisonniers allemands de la
Deuxième Guerre mondiale… Cette oasis est dirigée par la plus grande
confrérie de l’Ouest algérien, au sein de laquelle séjourne Isabelle
Eberhardt.
A Kenadza, on fête chaque année le saint patron de la zaouia, Sidi
M’hamed Ben Bouziane, au son de la ferda, musique typique,
ou du diwan, venu d’Afrique noire et dont Alla s’imprègne également.
Le diwan est à l’origine une musique de transe profane puis
devenue religieuse. Sa poésie mystique et ses versets coraniques chantés
comme une litanie trouvent des adeptes jusque dans les grandes villes du
Nord.
Béchar,
en même temps que Kenadza, si proches, ont toujours connu une vie musicale
diffuse, underground. En effet, il n’est pas de famille où l’on
ne touche à la musique, pour le plaisir, où l’on ne gratte un
instrument. La proximité du Maroc, les alliances et migrations familiales
effacent des frontières culturelles. Le chaâbi de Casablanca, la
tradition du melhoun marocain (poésie lyrique amoureuse en
semi-dialectal), puis celle du guiwane dans les années 1970 ne
restent pas sans influence sur les habitants de Bechar. Alla se souvient des
Bouchaïb El Bidaoui, Amar Zahi, Abdelhadi Belkhayat, et surtout du
luthiste Brahim El Alami, qui ont constitué son environnement musical.
Il
n’est pas exagéré de dire qu’Alla fait école. Ainsi, une multitude de
jeunes, plus ou moins connus, s’inspirent de son style ou, plus
exactement, de l’esprit de son jeu.
Une
improvisation au luth, à
partir de quelques thèmes empruntés au musicien, un accompagnement
rythmique avec des ustensiles de fortune, et par celui qui le désire, les
longs silences impromptus, un égrènement aérien des sons, une derbouka
grave et vibrante, frappée à la manière d’une tabla, le tout
dans l’intemporalité, la plénitude des instants, des grands espaces…
Depuis lors, à partir de Bechar, le foundou essaime.
Il
faut dire qu le nombre de cassettes enregistrées par les uns et les autres,
au fil des soirées données par Alla, est incalculable. On en dénombre
plus de trois cents entre 1980 et 1984. Le son du luth d’Alla ainsi
circule dans son pays et au-delà des frontières.
Bernardo
Bertolucci, tournant Un thé au Sahara, emporte des enregistrements
d’Alla dans ses bagages.
1992
représente un tournant dans la vie et l’itinéraire du luthiste. Cette
année-là, il est invité à représenter l’Algérie à un concert donné
à l’Unesco. Contre toute attente, notre Saharien jette l’ancre à
Paris.
Pour
faciliter son installation dans l’Hexagone, l’artiste algérien consent
à entrer en studio d’enregistrement, en 1993. Les deux albums suivants
sortent respectivement en 1994 et 1996.
Il se produit en concert à travers le monde, de Paris à Stockholm,
en passant par Bel Horizente (Brésil) et Casablanca. Après le troisième
disque, Alla reste délibérément silencieux. Il ne souhaite plus côtoyer
un « milieu de requins ». En 2001, Lyndaris Production
parvient à le convaincre de faire son retour ; il enregistre Zahra distribué
par Night&Day.
Alla
demeure plus que jamais l’un des maîtres du luth, d’envergure
internationale. L’un de ses pairs, l’Irakien Mounir Bachir, déclare un
jour à un groupe de journalistes algériens : « mais vous avez en
Algérie un luthiste exceptionnel, dont le jeu échappe aux schémas de la
musique arabe ».
Celui
du nomade, sans espace précis…
Nidam ABDI
Discographie :
Foundou de Béchar, 1992 Disque Al Sur/ Concord
Taghit, 1994 Disque Al Sur/ Concord
Tanakoul, 1996 disque Al Sur/ Concord
Zahra, 2002 Lyndaris/Night & Day
Contact :
Lyndaris productions
100, rue Ménilmontant
75020 Paris
Tel : 33 (0)1 46 36 44 96
Fax : 33 (0)146 36 42 69
Email : plyndaris2@9online.fr
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