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Interview paru dans le quotidien l'Expression le 12 février 02

SID-AHMED GNAOUI
«J’ai le droit d’exister !»

Jeune ambitieux aux compétences avérées, ses liens de parenté avec le colonel Snouci, lui ont finalement «desservi».

Le limogeage du colonel Snouci à la tête du Commissariat général chargé de l’organisation de l’Année de l’Algérie en France, pour, dit-on, mauvaise gestion et pour avoir embauché, surtout parmi son personnel, ses anciens collaborateurs de l’OREF ainsi que des membres de sa famille, notamment son neveu Sid-Ahmed Gnaoui, nommé à la tête du département musical, n’a pas tardé à susciter des bouleversements au sein de cet organisme.
En effet, une certaine tension se fait sentir. Certains pensent déjà quitter «le navire». Une nièce de Snouci qui travaille au département Arts plastiques a vite fait de démissionner. Le «neveu» a, lui aussi, plié bagage... Et pourtant, d’aucuns lui reconnaissent son riche parcours dans le milieu artistique. Jeune ambitieux aux compétences avérées, ses liens de parenté avec le colonel Snouci, lui ont finalement «desservi». Sa société audiovisuelle, qui produit l’émission hebdomadaire Jil Musique, «serait chargée de l’organisation matérielle du volet musical de l’Année...». Gnaoui dément formellement... Son successeur fera-t-il mieux?

L’Expression : Pourquoi avoir démissionné?
Sid Ahmed Gnaoui : Ma démission s’explique par le fait que mes motivations ont changé, j’estime que le courant n’est plus le même. Ce qui m’intéresse, c’est l’équipe avec laquelle je travaille et non pas le poste en lui-même. Aux Etats-Unis, par exemple, quand un président part, son staff le suit automatiquement.

On dit que votre société Timgad-Production est chargée de l’organisation matérielle du volet musical...
C’est faux ! Ma société n’est concernée ni de près, ni de loin avec l’année... Elle n’y est pas inscrite. Ma société dans laquelle je suis actionnaire aux côtés de Djaâfar Gacem que tout le monde connaît, fonctionne depuis 98. Ma production va en direction de la télévision et de la publicité essentiellement. C’est la vocation de Timgad-Prod. Je ne pouvais pas être juge et partie. Cela aurait été indécent de ma part.

Quelle est donc la société qui s’en occupe?
Il s’agit de Pulsion Music une société basée en France. Son équipe est composée notamment de Nacer Gasmi, c’est un arrangeur compositeur ayant fait longtemps ses preuves dans la musique. Il a travaillé notamment avec Takfarinas, Khaled, Larbi Dida... Il y a aussi Djilali Aïchour qui a été le créateur de l’orchestre national de Barbès. C’était leur producteur et manager. C’est quelqu’un qui est à l’initiative de beaucoup de choses...

En quoi consistaient les activités du département musical au juste?
En tant que chef du département, j’avais pour mission de monter toute la partie musicale de l’année, c’est-à-dire tout l’événement.
Dans la production musicale, il y avait deux volets: conception de spectacle et programmation. Et nous, on s’occupait de la conception des projets car la programmation revient aux détenteurs de l’espace.
Aussi, il y avait deux exécutifs de production. Un en Algérie et un autre en France. Ils travaillaient simultanément l’un pour l’identification et la prospection et l’autre pour la conception et l’exécution de ce qu’on appelle le booking. C’est-à-dire transmettre toutes les données artistiques à toutes les institutions publiques et privées en France pour qu’elles puissent programmer les artistes soit individuellement soit en groupe.

Des exemples concrètement?
Avec la mairie de Paris, on a pu négocier avec elle pour la Fête de la musique, un show à la Concorde. Le show serait fait sous notre conception tout comme un festival de musique traditionnelle qui était prévu à la Villette.

Quels étaient les membres de votre équipe?
Ils étaient peu nombreux. Il y avait des chefs de projets dans chaque discipline autrement dit des coordinateurs. Hakim Kechad s’occupait du projet «musique traditionnelle», Nourredine Ben Saoudi était coordinateur en ce qui concerne les musiques classiques et chargé de l’école du centre. Boukli, un spécialiste de la musique andalouse, lui, était chargé de l’école de Tlemcen et Zerouala de l’école de Constantine. Nacereddine Baghdadi, quant à lui s’occupait du chaâbi, tandis que Bouazara de musique universelle. Il faut noter qu’on s’était arrêté à la première étape du travail au niveau national, c’est-à-dire le recensement et l’identification de ces musiques. Aucune liste de sélection n’avait été encore établie.

Comment s’est faite la prospection des artistes proprement dite?
On a commencé par le plus lourd et là où il y avait vraiment une carence, c’était pour les musiques traditionnelles. Il n’y avait rien de fait, aucun fichier. On voulait vraiment prendre le meilleur des meilleurs. Et donc on a envoyé aux quatre coins du territoire des prospecteurs. Nous avions commencé par le Sud qui est très vaste. Ça nous a pris énormément de temps. On avait commencé par les racines musicales, c’est-à-dire les musiques traditionnelles. Les missions prenaient 10 à 15 jours. C’est toute une équipe qui partait avec un petit matériel vidéo numérique et un matériel d’enregistrement numérique, aussi. Donc, à partir de là, ils ramenaient à chaque fois des archives sonores et visuelles qui nous permettaient après de faire les sélections. Un travail aussi, a été effectué avec le chaâbi. Et je tiens à préciser que ce n’étaient que les premières sélections et non pas les dernières. Quant aux musiques actuelles, on n’y avait pas encore «touché». On attendait les mois de février-mars pour entamer notre programme de communication et aller dans chaque grande ville pour faire le recensement des musiques modernes.

Vous dites avoir été recruté en tant que fonctionnaire, peut-on savoir combien vous touchiez?
Entre 10 et 15.000 F, un salaire de cadre. Ce n’est pas faramineux. Ce n’est pas en dinars parce que je suis résident en France. Je tiens à souligner que je n’avais pas de frais de mission, je n’étais pas pris en charge, ni en allant en France, ni en venant ici. J’étais fonctionnaire, non pas entrepreneur ni entreprise prestataire. Mais moi, j’ai un passé, une biographie. Si je vendais des cacahuètes à la rigueur... ça aurait été compréhensible. Mais les gens n’ont retenu que ça: c’est Sid-Ahmed Gnaoui, parce que c’est son neveu! Alors que je suis du métier et reconnu par beaucoup de gens. Je produis pour la télévision, la radio, et des spectacles... S’il y a quelqu’un d’autre dans ce métier qui peut prendre ma place, marhaba, il n’y a aucun problème. Mais qu’on ne m’incrimine pas, parce que je suis le neveu de Snouci. J’ai le droit d’exister!

Qui va vous succéder à la tête du département musical?
Abdelhamid Bouhrour.