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LE MONDE du 20.12.01

L'organisation d'une Année de l'Algérie en France, en 2003, suscite des remous
Démission du commissaire général, et "inadéquation entre les moyens et l'ambition"

L'organisation d'une "Année de l'Algérie en France", prévue pour 2003, connaît de nombreux déboires. Le commissaire général chargé, du côté français, de gérer le projet, Dominique Wallon, a démissionné de ses fonctions en raison de désaccords avec le Quai d'Orsay et d'un manque de moyens. Le président du comité d'organisation, Hervé Bourges, a déploré "l'inadéquation entre les moyens et l'ambition."

2003 SERA "l'Année de l'Algérie en France". Une exposition sur le Sahara est prévue au Grand Palais, à Paris, plusieurs autres à l'Institut du monde arabe (IMA) et à Beaubourg : l'invitée du salon du Livre sera l'Algérie ; et la Comédie française rendra hommage à l'écrivain Kateb Yacine. Quantité d'autres manifestations, dont des colloques à Paris et en province, sont également en projet.

Pourtant, les premiers pas du comité d'organisation mis en place pour l'occasion sont chaotiques. Une réunion associant responsables français et algériens devait se tenir le jeudi 20 décembre à Djanet, dans le sud algérien. Elle a été annulée à la suite de la démission surprise, il y a quelques semaines, de Dominique Wallon, le commissaire général chargé, côté français, de gérer "l'année de l'Algérie". Pour le remplacer, les pouvoirs publics sont allés tirer de sa retraite une diplomate, Françoise Allaire, réputée bien connaître l'Algérie où elle a séjourné notamment lorsqu'elle dirigeait le centre culturel français d'Alger. Quant à la réunion franco-algérienne, elle aura lieu, fin janvier 2002, soit à Alger soit plus probablement à Paris.

Dominique Wallon était un bon choix pour diriger un organisme chargé de mettre en musique plusieurs centaines de manifestations. Banquier de profession, "ancien membre actif de l'UNEF (le syndicat étudiant de gauche) il est connu pour avoir été un militant de l'indépendance de l'Algérie", souligne à son sujet un document officiel algérien.

Si M. Wallon a jeté l'éponge au tout début de sa tâche, c'est le fruit d'un désaccord de fond avec le Quai d'Orsay et son bras armé pour l'opération, l'Association française d'action artistique (AFAA). L'AFAA est l'opérateur attitré des "Saisons", que ce soit celle du Maroc, organisée en 1999, ou celle, prévue en 2004, de la Chine. L'AFAA, accuse M. Wallon, ne veut pas faire de différence entre "l'Année" (ou la "Saison") de l'Algérie - un événement d'une portée exceptionnelle, selon lui, si l'on songe aux relations entre les deux pays - et "la Saison" d'un pays anonyme d'Europe centrale ou d'Amérique latine, comme l'AFAA en organise chaque année.

L'administration, se plaint M. Wallon, traîne des pieds. Il n'avait ni bureau, ni équipe de collaborateurs et encore moins de crédit alors que l'essentiel de la programmation doit être conçu cet hiver et au printemps 2002.

Président du comité d'organisation pour la partie française (une fonction en partie honorifique), Hervé Bourges n'est pas loin de donner raison à M. Wallon lorsqu'il déplore, lui aussi, en termes diplomatiques, "l'inadéquation entre les moyens et l'ambition". "On n'aura que 4 ou 5 millions de francs en 2002, des miettes par rapport à ce que la partie algérienne met au pot", déplore l'ancien président du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA).

Accusé, le Quai d'Orsay n'a pas souhaité réagir et donne rendez-vous à ses détracteurs le 24 janvier, à l'issue de la réunion du comité mixte franco-algérien, qui officialisera l'entrée en fonction de Mme Allaire.

De leur côté, les Algériens préfèrent se tenir à l'écart de cette querelle franco-française. Pour eux, "l'Année de l'Algérie" doit servir de tremplin pour "améliorer l'image du pays à l'extérieur. L'Algérie souffre encore d'une image négative (imputable à) certains milieux hostiles, notamment en France", analyse un document confidentiel du Comité national algérien. "L'année de l'Algérie en France se présente avant tout comme une formidable opportunité de structurer positivement cette image (...)dans le sillage de l'action engagée par le président de la République au plan de la communication internationale", ajoute le document.

Les moyens mis en ¦uvre par Alger sont à la mesure de l'enjeu. Alors que les pouvoirs français peinent à détacher une poignée de fonctionnaires et à réunir quelques millions, les Algériens sont bien lotis. Réunis dans un lieu prestigieux (la villa des Arcades, à Alger), une quarantaine de personnes travaillent d'ores et déjà à la préparation de la saison française. L'argent n'est pas un problème. "Nous tablons sur un budget de l'ordre d'une centaine de millions de francs, dont moins de 10 % consacrés au fonctionnement de notre structure administrative", assure l'homologue de M. Bourges côté algérien, Hocine Snoussi, un ancien colonel, reconverti dans les affaires et l'organisation de concerts. "Il faut ça pour reconstituer un tissu artistique délabré par des années de violences", convient-il.

Jean-Pierre Tuquoi