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Tout a
vraiment commencé à Cologne en 1994, après qu’il ait obtenu son
diplôme en composition de jazz à cette académie de musique réputée.
« Les études de jazz, c’était un rêve qui est devenu une réalité »,
dit Laroussi et « pour moi en tant qu’autodidacte, la théorie
m’a beaucoup aidé, à la base, à mieux comprendre mes idées
abstraites pour pouvoir les communiquer aux autres musiciens qui
m’accompagnent ».
Mais le
jazz un peu grisâtre avait aussi ses côtés sombres qui
impressionnaient ce joyeux drille musical – il le trouvait parfois
vraiment déprimant, et trop compliqué. Selon ses observations, pendant
un concert de jazz, « le public est encore plus sérieux que les
musiciens, et personne n’exprime vraiment sa joie ». Ce défenseur
d’une scène musicale très ouverte n’a plus envie de passer son
temps à prouver la qualité de son jeu, mais « j’ai envie de
sentir une vraie interaction avec mon public. Ce qui m’intéresse,
c’est de voir les gens heureux ». Pour y arriver, il crée un
pont entre le jazz expérimental la salsa, la musique latine, le funk,
ainsi que la pop et le reggae tout en s’appuyant sur la musique
orientale comme fil conducteur. Il unit dans sa musique les cultures et
les émotions les plus variées de ce monde et va droit au cœur.
Pour
l’enregistrement et le mix de son premier album, Djamel a rencontré
un producteur qui lui mis à disposition un ADAT huit pistes. Pour
celui-ci, le multi-instrumentiste a aussi joué (mis à part de la
guitare, de la basse, des keyboards, de la batterie, des percussions et
de presque tous les autres instruments) le rôle de producteur, afin de
pouvoir créer une unité musicale de l’ensemble des
pistes instrumentales et vocales variant entre 48 et 64 pistes
selon les titres. Il peut être content du résultat : « En
fin de compte, ‘Etoile Filante’ est bien plus ample que
l’enregistrement précédent. Celui-ci était plus calme, et peut-être
aussi plus pop, mais le nouvel album a plus de rythmique et ressemble
beaucoup plus à nos prestations live ». Djamel Laroussi avait
commencé ses études par l’informatique en y rajoutant la musique. Il
a travaillé avec Chet Atkins comme avec Cheb Mami, en passant par
Graham Haynes et Karim Ziad sans se laisser enfermer dans un style
unique. Il est, et reste indépendant des tendances rock d’un côté,
et des exigences politico-culturelles de l’autre. Il n’est pas non
plus seulement un chanteur de raï (même s’il le chante très bien) -
mais il tient à défendre sa création musicale qui est bien définie.
« J’appréhende la claustrophobie musicale » avoue-t-il
lui même.
Etoile
filante
Le titre qui ouvre l’album était
en tête des hits parades officiels en Algérie, même si les supports
vendus étaient bien moins officiels vu qu’il s’agissait de versions
pirates. A ce jour, l’auteur n’a pas touché un centime de
royalties, mais il a gagné la reconnaissance du public algérien. La
chanson raconte l’histoire d’une femme qui passe d’un cœur à
l’autre, comme une étoile filante. Le refrain est une invocation de
« Djilali », un des saints les plus connus dans le monde
arabe. On fait appel à son pouvoir pour lui demander de l’apaisement :
« Djilali, viens et apaise mon mal d’amour ». Le
rythme baladi est originaire d’Egypte, mais
il a été modernisé par Laroussi qui a rajouté des voix, créant
de nouvelles harmonies en se démarquant ainsi d’une chanson arabe
« typique », dans laquelle ces harmonies n’existent pas.
N’Kodo
« Je
l’ai écrit pour mon neveu Salim pendant mon séjour en Europe, alors
que je ne pouvais pas être à ses cotés, ni le voir grandir. »
dit Djamel. Et il n’y a pas que le neveu pour se réjouir de ce thème
espagnol endiablé, soutenu par un rythme algérien goubahi et
concluant par un solo de guitare qui oscille entre jazz et flamenco…
Laâfou
C’est une chanson rituelle gnawa dont le son ouest-africain
n’arrive pas par hasard, comme l’explique Laroussi : « La
musique gnawa est une musique qui utilise le mode pentatonique, et peut-être
désignée comme une des influences du gospel. Quand on rajoute des
harmonies à cette musique originelle, elle ressemble vite à la musique
de l’Afrique de l’Ouest » . Dans la chanson, on implore
la bénédiction et la paix. Elle correspond à la deuxième partie de
la cérémonie lila qui contient 3 parties, 7 couleurs et 7
encens et représente une invocation des esprits. Le rythme de base est
crée par un « tbel » (tambour de marche) et des « karkabous »
(crotales : castagnettes de fer qui rappellent les chaînes des
anciens esclaves). Il est basé sur des phrasés typiques du gnawa qui
se répètent tout au long de la chanson. Au rythme s’ajoute
l’harmonisation des voix et des cuivres dans un style big band, le
balafon, et à la fin un solo de jazz be-bop, le tout pour recréer la
tension montante du lila.
Mazal
La base de la musique est un
rythme kabyle. La mère de Djamel - à laquelle était d’ailleurs dédié
le premier album « Sapoutaly »- était kabyle, peuple
originel d’Afrique du Nord. Le texte est chanté en français et en
kabyle, avec en arrière plan un piano qui joue le toumbado (rythme de
salsa) s’accordant très bien avec le rythme kabyle; le milieu du
morceau est de salsa pure soulignée par des karkabous et une darbouka.
Laroussi pose ensuite un solo de guitare acoustique jazzy. A la fin de
cette partie, il y’a un lien au rythme ternaire 6/8 qui reprend
beaucoup d’éléments africains- du Maroc en passant par la Guinée
jusqu’au Cameroun - soutenus par des guitares, dans un style musical
qui se situe entre le Zaïre et le Mozambique.
Toumba
L’histoire raconte une
conversation entre un piano et une guitare à propos des gens qui
traitent mal leur
instrument de musique. Ils décident d’agir en faisant une révolution.
Toumba est une chanson « pop » entraînante avec des
guitares bouillonnantes de groove, un balafon et des breaks style
jazz-rock soutenus par des instruments à vent.
Le milieu du morceau laisse la place à un solo de basse de
style gnawa. La révolution est surtout marquée par les instruments de
percussions. A la fin du morceau intervient un piano tout en retenu
ainsi qu’une darbouka jouée dans un style chaâbi. Et bien sûr,
on retrouve les chants polyphoniques comme sur les autres titres de
l’album.
Aho
Ce morceau contient un mélange
rythmique entre la tradition algérienne avec un rythme ternaire (6/8)
et celui de la tradition schleuh (une tribu des montagnes
marocaines) avec des chants basés sur le système de «call-response ».
A cela s’ajoute une partie très swingue amenée par un solo de
guitare puissant avec un son saturé, tout en gardant une articulation
africaine. Apparaissent certaines touches intéressantes comme les
accents des instruments à vent soutenus par la basse et la caisse
claire. On trouve aussi beaucoup de petits détails au niveau des
percussions et le tout est joué dans les échelles de la gamme
pentatonique et de blues. La combinaison de la guitare avec le balafon
rappelle les ballets de danse africaine, notamment ceux de la Guinée et
du Mali.
Maal
Maa
Une
petite parabole concernant l’argent et l’eau : l’eau vient
des montagnes et se fraye un chemin jusqu’à la mer. La richesse peut-être
aussi imprévisible que la mer. Beaucoup de dangers attendent au
tournant, le temps peut être changeant et les requins ne sont jamais
loin, ils rôdent à l’affût du moindre faux pas. Si on ne fait pas
attention à garder sagesse et bonne foi, on peut s’y noyer très
vite. Le tout est chanté dans le style rap/raï, en arabe et en français
– musicalement, c’est une fusion entre jazz-rock, funk raï et rap.
Le solo de guitare jongle entre plusieurs couleurs musicales, et crée
un mélange de styles entre musique orientale, raï et musique celte.
Koubaily
Une autre pièce dans la
tradition gnawa de l’album, joué dans un rythme en « 3
pour 4 » sur une base de 3. Cette chanson représente la troisième
partie de la lila (la
nuit) des gnawas. Elle est ici reprise et travaillée par Laroussi, qui
a rajouté toute une partie mélodique par rapport à la mélodie
originale gnawa. Les rythmes trouvent
leurs origines au Maroc et au Mali, et le chant se situe entre gnawa,
gospel et blues. Le chant est composé pour quatre voix, avec des breaks
de jazz « africanisé »
au milieu. Par la suite, l’ambiance se rapproche des musiques brésiliennes,
et à la fin, le rythme « 3 pour 4 » change pour une base de
4, une forme que Djamel a développé spécialement pour cette chanson,
jouant avec brio sur l’ambiguïté binaire-ternaire.
Mani
Man
L’idée était de créer un
genre de « We are the world » africain, sans ironie et
exceptionnellement du point de vue des gens concernés. Le texte
souhaite la paix et la bénédiction pour tous les pays en crise (Laafou
veut dire « bénédiction »). Le groove est ternaire (6/8),
joué en poly-rythmique par sept guitares différentes. Le solo est
soutenu par un arrangement de score pour 4 cordes et joué par 16
violons. L’articulation rythmique du chant est arrangé de façon à
ne pas sonner trop Nord Africain.
Hasna
C’est la triste histoire
d’un jeune homme qui ne peut épouser sa fiancée car il est trop
pauvre. Musicalement c’est plus complexe : il s’agit d’une
musique de mode pentatonique du Sahara utilisé à l’origine entre
autre pour les cérémonies de guérison. Le groove poly-rythmique est
joué par un goumbri ( guitare–tambour couverte par une
peau de chameau à trois cordes qui sonne comme une « basse
piccolo »). Même s’il n’y a pas d’harmonies dans la musique
d’Afrique du Nord, Laroussi a arrangé cette chanson pour 3 à 4 voix.
A la fin de la chanson le refrain et le couplet sont repris en même
temps en contre point. L’intervention finale des guitares apporte une
touche très rafraîchissante.
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univers à travers son site Internet !
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