Découvrez la
nouvelle rubrique :
B A Z '  A R T


L'actu. de PlaNet DZ

 

                                            

        

 

ÉTOILE FILANTE
Le nouvel album de Djamel Laroussi
Sorti le 17 février 2003
Métisse music - Daouda records
Distribué par Night & Day

Cinq ans sont passés depuis la sortie de « Sapoutaly », l’album du début ancré dans les mémoires en Algérie et en Allemagne.

Le deuxième album est toujours le plus difficile, c’est ce que disent ceux qui ont la science infuse, et même un multi-instrumentiste virtuose a besoin de temps pour pouvoir développer à fond sa vision musicale. Djamel Laroussi a mis à profit ce temps pour ceux qui ont envie de l’écouter. Il est évident, que cet algérien qui se partage entre l’Allemagne et la France, a su évoluer pour atteindre un degré de maturité imposant.

 

Tout a vraiment commencé à Cologne en 1994, après qu’il ait obtenu son diplôme en composition de jazz à cette académie de musique réputée. « Les études de jazz, c’était un rêve qui est devenu une réalité », dit Laroussi et « pour moi en tant qu’autodidacte, la théorie m’a beaucoup aidé, à la base, à mieux comprendre mes idées abstraites pour pouvoir les communiquer aux autres musiciens qui m’accompagnent ».

Mais le jazz un peu grisâtre avait aussi ses côtés sombres qui impressionnaient ce joyeux drille musical – il le trouvait parfois vraiment déprimant, et trop compliqué. Selon ses observations, pendant un concert de jazz, « le public est encore plus sérieux que les musiciens, et personne n’exprime vraiment sa joie ». Ce défenseur d’une scène musicale très ouverte n’a plus envie de passer son temps à prouver la qualité de son jeu, mais «  j’ai envie de sentir une vraie interaction avec mon public. Ce qui m’intéresse, c’est de voir les gens heureux ». Pour y arriver, il crée un pont entre le jazz expérimental la salsa, la musique latine, le funk, ainsi que la pop et le reggae tout en s’appuyant sur la musique orientale comme fil conducteur. Il unit dans sa musique les cultures et les émotions les plus variées de ce monde et va droit au cœur.

Pour l’enregistrement et le mix de son premier album, Djamel a rencontré un producteur qui lui mis à disposition un ADAT huit pistes. Pour celui-ci, le multi-instrumentiste a aussi joué (mis à part de la guitare, de la basse, des keyboards, de la batterie, des percussions et de presque tous les autres instruments) le rôle de producteur, afin de pouvoir créer une unité musicale de l’ensemble des  pistes instrumentales et vocales variant entre 48 et 64 pistes selon les titres. Il peut être content du résultat : « En fin de compte, ‘Etoile Filante’ est bien plus ample que l’enregistrement précédent. Celui-ci était plus calme, et peut-être aussi plus pop, mais le nouvel album a plus de rythmique et ressemble beaucoup plus à nos prestations live ». Djamel Laroussi avait commencé ses études par l’informatique en y rajoutant la musique. Il a travaillé avec Chet Atkins comme avec Cheb Mami, en passant par Graham Haynes et Karim Ziad sans se laisser enfermer dans un style unique. Il est, et reste indépendant des tendances rock d’un côté, et des exigences politico-culturelles de l’autre. Il n’est pas non plus seulement un chanteur de raï (même s’il le chante très bien) - mais il tient à défendre sa création musicale qui est bien définie. « J’appréhende la claustrophobie musicale » avoue-t-il lui même.

Etoile filante
Le titre qui ouvre l’album était en tête des hits parades officiels en Algérie, même si les supports vendus étaient bien moins officiels vu qu’il s’agissait de versions pirates. A ce jour, l’auteur n’a pas touché un centime de royalties, mais il a gagné la reconnaissance du public algérien. La chanson raconte l’histoire d’une femme qui passe d’un cœur à l’autre, comme une étoile filante. Le refrain est une invocation de « Djilali », un des saints les plus connus dans le monde arabe. On fait appel à son pouvoir pour lui demander de l’apaisement : « Djilali, viens et apaise mon mal d’amour ». Le rythme baladi est originaire d’Egypte, mais  il a été modernisé par Laroussi qui a rajouté des voix, créant de nouvelles harmonies en se démarquant ainsi d’une chanson arabe « typique », dans laquelle ces harmonies n’existent pas.

N’Kodo
« Je l’ai écrit pour mon neveu Salim pendant mon séjour en Europe, alors que je ne pouvais pas être à ses cotés, ni le voir grandir. » dit Djamel. Et il n’y a pas que le neveu pour se réjouir de ce thème espagnol endiablé, soutenu par un rythme algérien goubahi et concluant par un solo de guitare qui oscille entre jazz et flamenco…

Laâfou
C’est une chanson rituelle gnawa dont le son ouest-africain n’arrive pas par hasard, comme l’explique Laroussi : « La musique gnawa est une musique qui utilise le mode pentatonique, et peut-être désignée comme une des influences du gospel. Quand on rajoute des harmonies à cette musique originelle, elle ressemble vite à la musique de l’Afrique de l’Ouest » . Dans la chanson, on implore la bénédiction et la paix. Elle correspond à la deuxième partie de la cérémonie lila qui contient 3 parties, 7 couleurs et 7 encens et représente une invocation des esprits. Le rythme de base est crée par un « tbel » (tambour de marche) et des « karkabous » (crotales : castagnettes de fer qui rappellent les chaînes des anciens esclaves). Il est basé sur des phrasés typiques du gnawa qui se répètent tout au long de la chanson. Au rythme s’ajoute l’harmonisation des voix et des cuivres dans un style big band, le balafon, et à la fin un solo de jazz be-bop, le tout pour recréer la tension montante du lila.

Mazal
La base de la musique est un rythme kabyle. La mère de Djamel - à laquelle était d’ailleurs dédié le premier album « Sapoutaly »- était kabyle, peuple originel d’Afrique du Nord. Le texte est chanté en français et en kabyle, avec en arrière plan un piano qui joue le toumbado (rythme de salsa) s’accordant très bien avec le rythme kabyle; le milieu du morceau est de salsa pure soulignée par des karkabous et une darbouka. Laroussi pose ensuite un solo de guitare acoustique jazzy. A la fin de cette partie, il y’a un lien au rythme ternaire 6/8 qui reprend beaucoup d’éléments africains- du Maroc en passant par la Guinée jusqu’au Cameroun - soutenus par des guitares, dans un style musical qui se situe entre le Zaïre et le Mozambique.

Toumba
L’histoire raconte une conversation entre un piano et une guitare à propos des gens qui traitent mal  leur instrument de musique. Ils décident d’agir en faisant une révolution. Toumba est une chanson « pop » entraînante avec des guitares bouillonnantes de groove, un balafon et des breaks style jazz-rock soutenus par des instruments à vent.

Le  milieu du morceau laisse la place à un solo de basse de style gnawa. La révolution est surtout marquée par les instruments de percussions. A la fin du morceau intervient un piano tout en retenu ainsi qu’une darbouka jouée dans un style chaâbi. Et bien sûr, on retrouve les chants polyphoniques comme sur les autres titres de l’album.

Aho
Ce morceau contient un mélange rythmique entre la tradition algérienne avec un rythme ternaire (6/8) et celui de la tradition schleuh (une tribu des montagnes marocaines) avec des chants basés sur le système de «call-response ». A cela s’ajoute une partie très swingue amenée par un solo de guitare puissant avec un son saturé, tout en gardant une articulation africaine. Apparaissent certaines touches intéressantes comme les accents des instruments à vent soutenus par la basse et la caisse claire. On trouve aussi beaucoup de petits détails au niveau des percussions et le tout est joué dans les échelles de la gamme pentatonique et de blues. La combinaison de la guitare avec le balafon rappelle les ballets de danse africaine, notamment ceux de la Guinée et du Mali.

Maal Maa
Une petite parabole concernant l’argent et l’eau : l’eau vient des montagnes et se fraye un chemin jusqu’à la mer. La richesse peut-être aussi imprévisible que la mer. Beaucoup de dangers attendent au tournant, le temps peut être changeant et les requins ne sont jamais loin, ils rôdent à l’affût du moindre faux pas. Si on ne fait pas attention à garder sagesse et bonne foi, on peut s’y noyer très vite. Le tout est chanté dans le style rap/raï, en arabe et en français – musicalement, c’est une fusion entre jazz-rock, funk raï et rap. Le solo de guitare jongle entre plusieurs couleurs musicales, et crée un mélange de styles entre musique orientale, raï et musique celte.

Koubaily
Une autre pièce dans la tradition gnawa de l’album, joué dans un rythme en « 3 pour 4 » sur une base de 3. Cette chanson représente la troisième partie de la lila  (la nuit) des gnawas. Elle est ici reprise et travaillée par Laroussi, qui a rajouté toute une partie mélodique par rapport à la mélodie originale gnawa. Les rythmes trouvent  leurs origines au Maroc et au Mali, et le chant se situe entre gnawa, gospel et blues. Le chant est composé pour quatre voix, avec des breaks de jazz  « africanisé » au milieu. Par la suite, l’ambiance se rapproche des musiques brésiliennes, et à la fin, le rythme « 3 pour 4 » change pour une base de 4, une forme que Djamel a développé spécialement pour cette chanson, jouant avec brio sur l’ambiguïté binaire-ternaire.

Mani Man
L’idée était de créer un genre de « We are the world » africain, sans ironie et exceptionnellement du point de vue des gens concernés. Le texte souhaite la paix et la bénédiction pour tous les pays en crise (Laafou veut dire « bénédiction »). Le groove est ternaire (6/8), joué en poly-rythmique par sept guitares différentes. Le solo est soutenu par un arrangement de score pour 4 cordes et joué par 16 violons. L’articulation rythmique du chant est arrangé de façon à ne pas sonner trop Nord Africain.

Hasna
C’est la triste histoire d’un jeune homme qui ne peut épouser sa fiancée car il est trop pauvre. Musicalement c’est plus complexe : il s’agit d’une musique de mode pentatonique du Sahara utilisé à l’origine entre autre pour les cérémonies de guérison. Le groove poly-rythmique est joué par un goumbri ( guitare–tambour couverte par une peau de chameau à trois cordes qui sonne comme une « basse piccolo »). Même s’il n’y a pas d’harmonies dans la musique d’Afrique du Nord, Laroussi a arrangé cette chanson pour 3 à 4 voix. A la fin de la chanson le refrain et le couplet sont repris en même temps en contre point. L’intervention finale des guitares apporte une touche très rafraîchissante.

Découvrez son univers à travers son site Internet !