L'auteur :
"Ma
première expérience professionnelle à Paris a été un travail
alimentaire qui consistait à prendre soin d’une dame qui avait la
maladie d’Alzheimer. Cet univers m’a beaucoup impressionné. Il m’a
appris sur les autres, mais aussi sur moi-même.
Plus
tard, lorsque j’ai décidé d’écrire cette pièce, j’ai souhaité
pousser certaines situations jusqu’à l'absurde en étant confiante sur
la nature humaine.
Le
genre humain a certainement beaucoup d’endurance, sinon il n’aurait
pas survécu.
J’ai
voulu parler du désir de se construire, de se réaliser. Du poids de la
culpabilité. S’être
éloignée d’une vie souvent lourde d’angoisse dans un pays en crise.
Abandonner sa famille, son peuple. Abandonner ses convictions et puis
s’en recréer d’autres. Et, à propos de l’expression « la vie
ne peut être que meilleure ailleurs », faire la part des choses.
Grandir, en somme.
Et puis, il y a toutes ces personnes dont Samira fait partie :
physiquement présentes, officiellement inexistantes. A qui l'on fait
croire que leurs présences est un poids, alors, elles déchargent
humblement cette société des tâches dont personne ne veut.
Samira découvre aussi à travers Véronique, Pauline, Marie-Louise et
Peter un univers dont elle n’avait pas conscience, celui de la solitude.
La leur, mais aussi la sienne.
Tout cela ne pouvait être traité sans humour.
S’ils sont opposés, pour moi, tous ces personnages ne forment au final
qu’un seul être.
Un petit état d’humanité."
Nadia KACI
Le metteur en scène :
"J’ai
rencontré Nadia Kaci à Alger sur le tournage de « Viva L’Aldjérie »,
film de Nadir Moknèche. Pour la première fois depuis des années, le
tournage d’un long métrage se déroulait dans Alger. Nous ressentions
très physiquement l'exaltante vitalité d’une jeunesse exprimant la
volonté de se construire un avenir, quelqu’en soient les moyens.
Il est apparu à Nadia la nécessité d’écrire un texte qui nous dévoile
le mal de vivre de cette jeunesse qui quitte le pays. Le sujet s’est
enrichi du choix de la protagoniste : Samira, une jeune femme, qui
ajoute au handicap d’être jeune celui d’être femme.
La France est pour elle
une étape vers Londres où l’attend son fiancé. L’étape se
prolonge, l’élan se brise, et sa tante, qu’elle envahit, doit lui
trouver un travail au service d’une vieille femme diminuée, dans le 16ème
arrondissement de Paris.
Avec
ces mots très simples, venus tout droit de sa propre expérience, avec
l’humour et la dérision que les algériens ont sur eux même, Nadia
parle de ce voyage interrompu, de la mémoire de la jeune femme qui fait
mal, de la mémoire de la vieille femme qui déraille.
Au
milieu de cet univers lourd pétille la légèreté du petit compagnon
Peter, le chien sans souci de la maison.
La
scénographie prend le parti de la légèreté et de l’évocation. Des
images originales, des objets au service du jeu, sont proposés en
contrepoint du récit pour en révéler les saveurs et les couleurs, pour
en libérer l’émotion sans s’enfermer dans des clichés.
Le
jeu n’utilise pas le biais de l’illustration mais trouve un mode de
représentation du texte qui en démultiplie toute la
poésie l’humour et la cruauté.
Nicolas DELETOILLE
Le
producteur :
"La
création de « Femmes en quête
de terres » est intervenue en 2003, décrétée officiellement
« Année de l’Algérie en France ».
Pour
le Festival TransMéditerranée comme pour nos partenaires, il ne
s’agissait pas de prendre part
formellement à une année « officielle » - forcément balisée
par nombre de considérants diplomatiques et protocolaires mais de
poursuivre une démarche de découverte, de partenariats et de solidarité
avec la
création algérienne d’outre-Méditerranée et de France, dans toute sa
richesse.
On
le sait - et on le dit trop peu en dépit de grands noms de la littérature,
du cinéma et de la culture
pourtant établis parmi nous - l’Algérie et sa diaspora, notamment en
France, foisonnent de créateurs de
très haut niveau qui participent de l’enrichissement de notre
patrimoine et du patrimoine universel.
Notre
volonté, à l’occasion de cette année, est de rappeler toute la
richesse de leurs œuvres ; mais aussi de
faire découvrir ceux qui sont, sans tapage, en train de prendre la relève
et qu’il nous revient de faire
connaître et aimer.
Nadia
Kaci, le festival TransMéditerranée l’a d’abord rencontrée et appréciée
dans ses dimensions de comédienne, de femme et d’Algérienne en 1994.
Elle
venait de jouer le premier rôle dans « Bab-El-Oued
City », film de Merzak Allouache réalisateur entre
autre, de « Omar Gatlato »
et dernièrement de « Chouchou ».
On
l’a retrouvée l’année suivante, invitée au Festival International
du Film de Cannes, pour témoigner à
partir du film de Rachid Benhadj « Touchia,
le cantique des Femmes » de son exigence d’Algérienne et
d’artiste de pouvoir assumer pleinement et librement sa vie de femme et
de comédienne.
En
décidant la création de la pièce de Nadia Kaci « Femmes
en quête de Terres »,
avec le concours des
Régions Provence-Alpes-Côte d’Azur et Corse, de la CCAS des
Electriciens et Gaziers et du Fond d’Action
et de Soutien pour l’Intégration et la Lutte contre les
Discriminations, le Festival TransMéditerranée entend
donc promouvoir un texte de grande qualité d’écriture en même temps
qu’une comédienne dont le talent a
été salué par la critique et apprécié par des réalisateurs de
dimension internationale tels que : Bertrand Tavernier, Nouri Bouzid,
Nadir Moknèche…..
On
a encore pu le mesurer, à l’occasion de la projection sur Arte de
« Nationale 7 » où Nadia Kaci joue
de façon particulièrement bouleversante le rôle principal, celui de
Julie, assistante sociale dans un foyer
de handicapés, confrontée à la question difficile et
taboue d’une sexualité étouffée.
« Je crois que les femmes de chez nous sont en train de percer –
expliquait en 1986 l’écrivain et dramaturge Kateb Yacine – et qu’elles nous réservent encore bien des surprises ».
Nadia
Kaci est une de ces surprises, heureuses, que prophétisait l’écrivain.
Sa
pièce à plusieurs voix où elle réussit le tour de force d’être
l’unique interprète de personnages très
différents porte sur une problématique de tous les temps et tous les
continents : l’exil, la solitude et la
rencontre de l’Autre. Un Autre forcément différent par ses habitudes
et sa culture, encore plus lorsqu’il
prend le visage d’une femme aisée, vivant à Paris, atteinte de la
maladie d’Alzheimer autour de laquelle
se croisent ses deux filles et Samira.
Par
un inévitable jeu de miroirs, cette découverte de l’Autre conduit à
la découverte de soi-même et de cette solitude -de l’exilée comme de
la malade- qui fonde la vie de chaque être humain et en est le
corollaire.
Contrairement
à ce que l’on pourrait croire, l’approche de ces questions
douloureuses, si elle est finalement poignante, n’est jamais lourde. Au
contraire, Nadia Kaci en montre avec beaucoup de finesse et un
incontestable humour l’absurdité kafkaienne et la cocasserie. On trouve
dans sa pièce comme un écho de
Victor Hugo lorsque, de Guernesey, il écrivait :
« L’exil n’est pas une chose matérielle, c’est une chose morale.
Tous les coins de la terre se valent……(…)
mais l’exil existe en dehors du lieu d’exil. Du point de vue intérieur,
on peut dire : il n’y a pas de bel exil. »
« La
souffrance enfante les songes
Comme
une ruche ses abeilles »,
lui répond un autre géant de la littérature, un siècle plus tard.
Samira,
personnage central de la pièce, qui a pris le chemin de l’exil pour
rejoindre un amour où elle se perd, souffre. Elle rêve elle aussi d’un
impossible ailleurs.
Exils sur une autre terre
pour l’étrangère, intérieur pour la malade ; solitude de l’être,
-en premier lieu des femmes qui sont les seuls personnages physiquement présents
dans cette pièce- avec « Femmes en quête de terres », Nadia
Kaci nous fait passer insensiblement du particulier à l’universel et
nous confronte aux grandes questions existentielles des femmes et des
hommes d’aujourd’hui."
Paul EUZIERE
- Président
du Festival TransMéditerranée ( FTM)
Renseignements/Contact
pour
diffusion
:
FTM
- 5 place de la Poissonnerie. BP 18810 – 06131 GRASSE CEDEX
Tél : 04
93 36 28 18 6
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