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Rencontre entre
Akli D. et Ourida de PlaNet DZ
Jeudi 4 mai 2006 quelque part dans
une cave conviviale de Ménilmontant…En territoire Apache...
"Allez Akli tu éteins
ton portable…"
(qui sonne pas mal en ce moment…)
Akli est fatigué...sous le coup de la promo...
En ce moment il enchaîne concerts, radios, interviews
et vie d’artiste…
Histoire de le mettre en condition, de le faire rire et
se détendre, je commence par lui raconter
une blague sur les « mascaréens » (en Algérie, c’est
un peu l’équivalent des belges pour les français).
Si vous me croisez, vous pouvez me demander de
vous la raconter, elle est bonne…
On se tape un bon rire et j’attaque…. |
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Ourida : Alors Akli tu t’es senti comment le 24 avril (jour de la sortie
de l’album) ?
AKLI D : Et bien le 24, c’est un jour…C’est comme un arc-en-ciel,
avec toutes les couleurs, avec tout, les effets psychologie, c’est vrai
que j’étais heureux que quelque chose s’est désamorcé mais en même temps
c’est comme une chaîne, tu finis avec quelque chose et tu as autre chose
qui s’enchaîne. Tu te dis c’est super bien, c’est fini, le disque est
sorti, mais en même temps tu te dis comment cela va se passer, est-ce
que les gens vont s’y intéresser, vont l’acheter…Ce n’est pas dans le
but de le vendre, mais tu veux que ton travail intéresse les gens. Qu’il
soit écouté…
O :
Alors l’accouchement de cet album, facile ou pas facile ?
A : Pas facile…Franchement, c’était agréable mais pas facile !
Pas facile parce que c’est toujours la même histoire, on fait, on
refait…On ne sait pas, on doute… C’est plus les questions qu’on se pose
que le travail lui-même ! En fait le travail, c’est agréable, tu
découvres et même si tu écris, tu gommes après, mais c’est les décisions
qui sont difficiles. Voilà : le travail est facile, les décisions
difficiles !
O :
Cela se passe comment quand tu composes ?
À : Moi c’est du tac au tac quand je compose... J’ai jamais fermé
les yeux et composé un morceau, chaque morceau à son histoire réelle, je
ne fais pas de la fiction musicale. Cela commence toujours par une
histoire, la mienne ou celle des autres ou celle de la vie. Ce qui me
touche ou m’interpelle, et j’écris !
J’aurais bien aimé être en mesure d’écrire sans avoir vécu la chose,
mais je peux pas imaginer une histoire
et écrire. Il n’y a pas de fiction dans ma tête, j’ai essayé mais c’est
difficile pour moi.
O :
C’est facile ou pas facile de bosser avec Manu Chao ?
A : (Rires…) C’est facile à Barcelone et pas facile à Paris ! En
fait c’est facile parce que c’est agréable de bosser avec lui. C’est
quelqu’un qui me touche beaucoup par sa simplicité et c’est pas facile
parce que Manu est quelqu’un qui travaille beaucoup et que moi je crois
trop en la spontanéité. Et je pense qu’il a raison. La spontanéité et
l’inspiration ne suffisent pas… Il faut aussi travailler énormément !
Merci à lui de m’avoir démontré que c’est important ! C’est ça qui
n’était pas facile et je dois l’apprendre ! (rires…)
O :
Quand Manu est entré dans le projet, l’album était déjà mixé ?
Oui. Il y avait déjà eu un premier mix dont je n’étais pas
convaincu et il est arrivé au moment voulu. Je crois ça dans la vie,
enfin c’est presque un sauveur : je dirais que c’est un
réalisateur-sauveur ! (rires…)
O :
Alors, facile ou pas facile de signer avec une grosse maison de disque ?
Je commence par quoi ? C’est facile parce que c’est une grosse boîte
et que quand t’as un contrat d’artiste, ils font beaucoup de choses et
de ce côté-là on ne peut que dire c’est génial, et tout paraît facile…Et
ce n’est pas facile dans le sens où justement ils investissent beaucoup
et il faut que moi je sois à la hauteur de leur investissement.
0 :
C’est facile d’être un algérien à Paris aujourd’hui ?
A : Non, c’est pas facile, parce que y’a la monté du racisme et
qu’avec l’arrivée des gens de l’Est il nous font savoir qu’ils
n’ont plus besoin de nous…
O :
c’est facile d’être un kabyle en Kabylie ?
C’est facile, parce que c’est vrai que c’est bien d’être un kabyle
en Kabylie…C’est comme dire : je suis à la maison. C’est pas facile
parce que c’est l’éternel problème de tous les kabyles et c’est dommage.
C’est ce qui manque pour que l’Algérie soit debout : que ces deux
peuples, arabophones et berbérophones, soient une force au lieu d’être
une division. Et que du moment où on n’a pas notre identité, notre
langue et notre culture pour lesquelles on se bat, ce n’est pas facile
d’être là-bas.
O :
Tu restes en contact ?
A : bien sûr, je suis en contact avec toute la Kabylie, pas
seulement avec la famille ! Et toute l’Algérie parce que je m’intéresse
beaucoup à l’Algérie…
O :
Facile ou pas facile de rester un « troubadour moderne » ?
C’est pas facile… C’est même très dur d’être un troubadour
aujourd’hui !
Quand on voit le monde qui se divise de plus en plus et avec tous les
problèmes communautaires, toutes les frontières…Y’a trop de barrières !
Mais c’est facile dans ma tête, c’est même super bien d’avoir ce rêve…De
vivre ce rêve-là, tout le temps, qui me donne la force. Troubadour cela
veut dire que j’ai plus de frontières dans ma tête, tout est open…Open
Bar !
O :
C’est qui tes pères (ou pairs… Je laisse planer la confusion) en
musique?
A : Tu veux dire ceux que j’admire ? Et bien tous ceux connus ou
inconnus qui me donnent la chair de poule ou de l’émotion quand je les
écoute. Je n’ai pas de noms spécialement…Y’a plein de gens dont je ne
connais pas le nom et que j’écoute, par hasard, à la radio, dans la rue
ou dans le métro... Tous ceux-là sont mes pères !
O :
Je reviens à la charge… : Mais tes pères Akli ?
A : Ah s’il faut que je donne des noms alors c’est Slimane Azem,
Akli Yahiatene, Cheikh el Hasnaoui, Ait Menguellet, Idir, Djamel Allam…
O :
Et dans la mouvance actuelle, celle de ta génération, tu penses à qui ?
A :Y’a Gnawa Diffusion…Et j’aime bien Cheikh Sidi Bémol et
particulièrement El Hocine (Hocine Boukella, fondateur de
Cheikh sidi Bémol)
j’aime beaucoup cet artiste !
O :
Le son d’un mandole, cela évoque quoi pour toi ?
A : Cela évoque le Chaâbi (musique populaire algérienne) qu’il soit
kabyle ou arabe.
C’est une musique avec laquelle j’ai grandi, c’est la musique de ma
classe. C’est ma classe !
O :
Tu peux me parler de tes musiciens ?
A : Tu veux que je t’en parle un par un ? !
O : Oui quelques
mots pour les faire mousser un peu
A : Je ne peux pas dire leurs défauts parce qu’ils vont m’en
vouloir (rire…) Non en plus on a tous des défauts,
en fait je les aime bien !
J’aime bien Malik (le guitariste) parce qu’il joue bien
et il est timide comme moi…
J’aime bien Hicham (l’enfant terrible qui a la même coupe que Akli !
), il fait le vilain enfant que j’aurais bien aimé faire et que je
suis toujours…
J’aime bien Patrick(le bassiste) parce qu’il a beaucoup d’humour ce
qui n’est pas évident pour un play-boy…
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J’aime bien Michel,
qui parfois m’énerve avec ses retards que je comprends pas…
Mais je l’aime beaucoup parce qu’il a le sourire quand il est là et
que c’est quelqu’un qui est resté
un adolescent quand il joue de la batterie et c’est super bien ! En
plus il joue très très bien.
David (le clavier et bien plus..) je le trouvais un peu étrange et
finalement derrière son caractère un peu
de l’Est il a beaucoup de chose de l’Ouest, c’est quelqu’un de
rock’n’roll…Même plus que de l’Ouest.
Je dirais du Sud parce qu’il a de la sagesse et beaucoup d’humour et
quand il veut, quand il le veut,
il a beaucoup d’amour (rires…)
Et Adil (le percu) : c’est quelqu’un qui grandit en harmonie, qui
est super sympa, super bien…
Comme il est pas à Paris, je le connais pas encore bien mais je
l’apprécie beaucoup ! |
O :
Tu parles beaucoup de l’Exil, tu es vraiment atteint de Ghorba
chronique ?
L’exil, l’exil maintenant c’est ma maison !
De temps en temps je répare une tuile ou je remets une autre tuile, de
temps en temps je repeins les murs…Voilà quoi ! Comme c’est ma maison,
j’essaye de faire au mieux et de l’arranger et des fois quand
il y a de l’orage il faut monter sur le toit ! (rires…)
O :
Dans tes textes tu évoques souvent l’injustice, le racisme,
l’incompréhension ; la guerre, elle te vient
d’où cette révolte, cette sensibilité ?
A : De la réalité !
Y’a qu’à ouvrir la fenêtre, y’a qu’à marcher dans la rue, y’a qu’à
allumer la télé et voir les informations…
Y’a que des choses pas belles et c’est vrai que c’est une grosse
injustice !
Quand on voit que sur terre y’a des millions de gens qui meurent parce
qu’ils n’ont pas d’eau potable
ou toute la misère..
Y’a trop de misère, voilà !!
O :
Ta première révolte tu t’en souviens ?
A : Oui, c’est l’injustice du gouvernement algérien par rapport à
notre culture, à notre identité...
Ça j’ai pas pu supporter…D’allumer la télévision, moi qui viens d’une
famille Kabyle et bien que j’aime beaucoup l’arabe algérien, que je
comprends, et d’entendre que de l’arabe classique et de voir en plus que
personne ne comprenait rien autour de moi, je trouve que c’était plus
qu’une injustice c’était catastrophique pour le pays.
O :
Tu peux me raconter l’histoire de Dda Mokrane ? (l’un des titres de
l’album)
Dda Mokrane c’est quelqu’un qui est simple, comme Manu Chao, et qui
a beaucoup de sagesse, il vend de l’eau et croit en la vie et c’est
quelqu’un qui amène beaucoup à la société. Mais voilà, dans cette
société quand on est simple certains pensent qu’on est faible. Alors
qu’on a pas besoin de guirlandes, sur la tête ou ailleurs, pour exister
et pour moi, Dda Mokrane cela veut dire le grand, le sage et c’est celui
qui a su sauvegarder
cette honnêteté et cette simplicité…
O :
Et la chanson « le message », c’est venu comment ?
A : C’est une rencontre avec une femme Kabyle qui m’a présenté ses
textes et j’ai particulièrement aimé ce texte. Donc, je l’ai arrangé et
retravaillé.
Et moi qui suis un grand rêveur, je me suis dit que c’était super bien
et jamais assez de rendre hommage aux femmes, et que, pourquoi pas,
alors que dans l’histoire de l’Algérie y’avait des reines pourquoi pas
voir le monde un jour repensé par les femmes ? Voilà, c’était une façon
de rendre hommage aux femmes qui ont existé ou qui se battent encore
pour cette Liberté. C’est l’Amour que j’ai pour les femmes.
O :
C’est laquelle ta préférée à toi dans l’album ?
A : Houlaa ! C’est une bonne question que tu poses, mais ça dépend
des jours. Parfois j’en zappe une…Ca dépend de l’humeur, c’est toutes
mes filles….
O :
Tu bosses sur des projets en ce moment ?
A : J’ai entamé un projet et j’espère qu’on va le terminer. J’aime
beaucoup le slam et j’ai rencontré des slammeurs (Dabadjam) qui m’ont
plu et j’ai eu envie de faire quelque chose avec eux. On verra bien …
Sinon, j’ai plein de projets : j’ai envie de relancer les Rebeuh des
bois, en faisant complètement autre chose, un autre son, un autre trip
musical quoi !
O :
C’est quoi ton rêve le plus fou ?
A : Mon rêve le plus fou c’est de pouvoir m’aimer un jour…
O :
Et le prochain rêve réalisable celui-là ?
A : À part, faire d’autres chansons et de faire un prochain album,
c’est de vouloir réaliser dans l’image. J’aimerais bien et j’ai fait une
école pour ça. J’aime beaucoup le documentaire, je trouve que c’est plus
vrai et plus passionnant. Pour ce qui est de la fiction, je me demande
aujourd’hui si la réalité ne la dépasse pas, donc elle ne m’inspire
plus, mais j’adore le documentaire !
O :
En tout cas je trouve que c’est un bel album et j’aime beaucoup vous
voir en live, y’a une belle énergie quand vous êtes sur scène.
Peut-être que ce serait bien pour le prochain album de faire un live ?
A :C’est vrai qu’un live ce serait bien, c’est dur à faire, il faut
beaucoup de temps et des moyens, mais à mon avis c’est réalisable
maintenant…C’est vrai que si on a un bon son, l’énergie du live c’est
autre chose que le disque…C’est une autre démarche.
O :
Du coup toi qui veux faire de l’image tu pourras réaliser un DVD autour
du live peut être ?
A : Ca serait cool ça, un DVD, oui, pourquoi pas ? ..On ne peut pas
rêver mieux…Pourquoi pas ?…
O :
C’est facile d’être un Kabyle mental ? Et cela te vient d’où ce nom ?
A : Aaahh…. Kabyle mental, c’est un autre problème encore (rire…)
C’est l’ingénieur du son, avec Manu, qui m’ont donné ce nom en voyant
tout ce qui m’intéresse dans la vie et qui parfois se demandaient
comment cela se passait dans ma tête…
O :
Akli, dis moi, tu te sens intégré ou désintégré dans la société
française ?
A : (du tac au tac) : je suis intégré par Jacques Prévert et
désintégré par Le Pen !
O :
T’as quel âge ?
A : L’age de mes ancêtres !
O :
En 2000 je t’avais déjà demandé ton âge et t’as pas répondu…ou plutôt
t’as éludé en disant, je cite : « Ah non, je
préfère pas répondre à ça, t’as mal préparé ton interview (rires…)
Non…Mais si je dis mon age j’ai peur qu’on dise que je suis trop jeune
ou trop vieux pour ce que je vais dire… »
Encore une fois tu m’embrouilles !
A : Je dirais mon age le jour le jour où l’age de mon rêve
sera réalisé car pour l’instant ni mon age ni celui des autres ne
m’intéresse. Je dirais mon age quand l’age de mon espoir sera réalisé.
Comme ils disent, I don’t care…Voilà !
O :
Une dernière petite chose : Tu peux me donner l’adresse de ton coiffeur…
A : Oulalaaaa…Cela fait si longtemps que je ne l’ai pas vu, il va
falloir chercher. À mon avis ses ciseaux sont rouillés !
Non en fait je fais moi-même les choses, c’est la seule chose que j’ai
apprise à faire avec des copains et j’ai aussi des copains qui s’amusent
en jouant au coiffeur…(rire…) Au moins j’ai cette chose à
offrir à mes amis : qu’ils passent du temps sur mes cheveux…C’est la touffeland !!
Rire……..
Merci Akli !
Rencontre provoquée par Ourida Benramdane le 4 mai 2006 à Paris.
Photos 2 et 3 : Ahmed Mimoun |