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L'actu. de PlaNet DZ

 

                                            

        

L'Algérie, s'apprête à fêter , malgré tout, le Festival Mondial de la Jeunesse...


Nous avons souhaité rencontrer Safy Boutella, qui prépare depuis plus de huit mois, non sans mal,  une immense fresque,  pour l'inauguration de ce festival, au stade du 5 juillet, afin de savoir quelle été sa position par rapport au contexte dans lequel se déroule ce
"La Source"


"400 artistes dont 200 « hommes bleus » Touaregs, 50 danseurs contemporains et de nombreux musiciens traditionnels évolueront, le 8 août, sur l’immense plateau du stade du 5 juillet, donnant vie à « La Source ». Dans une mise en scène élaborée, une virtuosité orchestrale et une harmonie chorégraphique autour du thème de l’eau, enjeu majeur du siècle à venir, deux tribus s’affrontent, l’une paisible, détentrice de savoir et de sagesse, l’autre belliqueuse et aveugle"



Photo : Charlotte Schlosboe

 

PDZ :  Que penses-tu des derniers événements en Algérie et de la tenue du festival  dans ce contexte particulièrement douloureux ?

S.B. : Le constat que l’on peut faire aujourd’hui de l’Algérie, qui met certains en colère et qui plonge d’autres dans le silence parce que peut-être il n’y a pas de réponses, est que beaucoup de personnes n’ont pas fait leur boulot au moment où il fallait le faire pour faire de l’Algérie le pays que l’on aimerait tous voir, et moi j’ai le sentiment dans tout cela que je prépare quelque chose qui représente un travail que j’ai envie d’accomplir jusqu’au bout.
Quand j’entends dire par exemple que cela peut paraître indécent d’aller faire semblant de faire l’Algérie « heureuse », l’Algérie qui va bien, faire une vitrine qui plaise à tout le monde, moi j’ai envie de montrer que l’Algérie existe aussi comme ça, c’est à dire qu’en Algérie il aussi des talents !!
Mon plateau est intégralement algérien, il y a des jeunes danseurs qui auront l’occasion de s’exprimer...
Je viens du peuple et je suis toujours du côté du peuple et j’ai le sentiment très fort  que je me trouve plus du côté des personnes qui vont contribuer à construire qu’à ceux qui vont s’acharner à détruire. On a tellement chez nous et si peu en même temps que le petit mur qui a été construit il faut y rajouter des pierres plutôt que le démolir. On peut nous tous rajouter des pierres à cette histoire d’Algérie. « La Source » est une vitrine d’une Algérie possible et qui existe déjà. Tous ceux qui travaillent sur ce spectacle, entre 1000 et 1600 personnes, sont tous heureux de le faire et je pense que tous les Algériens ont envie de montrer qu’ils peuvent construire aussi cette Algérie qui se monte aussi avec des démonstrations culturelles et tous les talents possibles.

PDZ : Et de la colère qui s'exprime chez les jeunes algériens ?

S.B. : Je crois très sincèrement qu’il est difficile de jeter la pierre sur un jeune. Un jeune est jeune ; Un jeune qui n’a pas de perspectives eh bien que va-t-il faire ?
 Un jeune ça veut vivre sa jeunesse, il a de l’énergie, il ne va pas se mettre à bouger comme un vieux...
J’ai l’impression que comme lorsqu’un individu se met à 18 ans à se droguer, de la même façon, ces jeunes peuvent se mutiler en se droguant d'un côté et en brûlant aussi des voitures de l’autre sans savoir si c'est peut être la voiture de son oncle...
En faisant ça j’ai l’impression qu’ils s’auto mutilent, et c’est ça le grand danger chez nous, c’est ça le pire j’ai l’impression et c’est ça qui est touchant, troublant, vexant, humiliant pour nous tous, c’est de voir que les gens en arrivent à faire ça, c’est un suicide nom de dieu !!
Cette sensation que les jeunes se suicident parce qu’ils n’ont plus de credo, ça me touche énormément, j’ai l’impression vraiment qu’il faut plutôt calmer le jeu comme dans une famille quand un des enfants fait le con il faut que ça bouge, il faut se réveiller, il faut parler, c’est clair que je ne donnerai pas mon avis sur pourquoi il peut y avoir eu du mutisme mais j’ai le sentiment quand même qu’il faut qu’on se parle, qu’il faut qu’on se regarde parce que soit on est concernés on aime tous cette famille soit on ne l’aime pas et il vaut mieux le dire.
Moi je conseillerai, sans prétention, aux jeunes de se calmer et aux parents de dialoguer comme il faut toujours faire.

PDZ : Je reprends le texte de présentation de ton spectacle : « deux tribus se déchirent pour un trésor, dans un combat pour la survie et la dignité, l’eau source du conflit, les guidera vers la lumière » je trouve qu’il y a des similitudes avec la situation actuelle...

S.B. :  Les constats du quotidien font qu’en effet, oui.
On va quand même pas s’amuser à dire, maintenant, que c’est les Arabes et les Kabyles, on ne va pas s’amuser à dire que c’est les forts et les faibles, mais deux tribus se déchirent comme les hommes se déchireront toujours et jusqu’à la fin des temps. L’eau source du conflit, les guidera vers la lumière, oui parce que les hommes se sont toujours battus pour se prendre leurs biens, la survie et la dignité ça ressemble pour moi à une problématique chez nous tellement flagrante : La dignité, très sincèrement cela va rester pour moi un des endroits les plus importants et urgents à régler chez nous, et je ne pense pas que se soit seulement du côté du pouvoir qui s’agit de taper parce que la dignité chez nous ou le regain de dignité je crois qu’il est général.
Chacun doit se remettre en question pour avoir un comportement d’hommes dans son pays au lieu de toujours jeter la pierre sur l’autre.
Je crois que chacun devrai se mettre à faire son boulot, arrêter de traîner la savate, je ne méprise personne en disant ça, j’ai l’impression qu’il faut se réveiller un peu plus c’est tout.
Investir un peu plus dans l’énergie, et si on a envie de devenir une véritable nation, il faut s’y mettre tous ! Se lever le matin tôt, s’habiller proprement, respecter son voisin, etc.
Pourquoi chez nous dans les maisons c’est toujours très propre et dès que l’on ouvre la porte dehors c’est le bordel, comment ça se fait ?
Pourquoi c’est sale ? Pourquoi on se fout royalement de ce qui se passe en face, à côté, etc. ? Sur les trajets sur lesquels nos enfants passent d’une maison à une autre et entre les deux c’est la merde, ça  me questionne !
La dignité c’est aussi ça. C’est savoir que l’on vie ensemble... ou alors allons vivre chacun sur une planète !

PDZ : Nous sommes à un mois du festival mondial de la jeunesse, connaissant le chaos administratif de notre pays, quels sont les problèmes que tu rencontres actuellement ?

S.B. : Mon intervention dans cette histoire et révélatrice ou est supposée être révélatrice de nos capacités autant que de nos lacunes. Lorsque je voie que l’on veut montrer à travers cette soirée que l’Algérie est capable et qu’au même moment je rencontre des problèmes importants de préparation, de montage, quand je voie qu’à bientôt un mois la majorité du financement est toujours bloqué, je me pose des questions et j’ai le sentiment, avec une profonde tristesse, que lorsqu’on me dit « on va donner une bonne image de chez nous » je sens qu’il n’y a que moi qui veux le faire, qui ai envie de donner. Cette envie de montrer cette Algérie bonne elle vient du cœur, véritablement, c’est ça la différence !!

PDZ : Comment s’est passé la préparation du spectacle ?

S.B. : Il y a énormément de gens impliqués dans ce projet, il y a énormément de savoir-faire autant du Nord ou du Sud : Des Touaregs de Djanet, des danseurs de Hip Hop d’Alger, de Annaba et d’Oran, il y aussi la technique qui vient d’Europe car malheureusement nous n’avons pas la technique requise pour faire ce genre de spectacle, beaucoup d’entreprise qui vont travailler avec nous, des décors. Ca se prépare aussi dans une certaine douleur parce que nous n’avons pas l’habitude d’organiser ce genre d’événement  complexe et difficile.

PDZ : D'ou te viens l'idée de "La source" ?

S.B. : C’est la source des problèmes que j’ai en ce moment :)
 J’avais déjà fait deux gros spectacles avec les Touaregs, le premier en 1984 qui s’appelait « Action musicale pour une pensée majeure » était un mélange de musique Touaregs avec un orchestre symphonique, le deuxième, organisé à Riad El Feth, avec un corps de ballet contemporain qui s’appelait « Rêve bleu », mais il restait quelque chose en travers de la gorge, j’avais envie pour peut-être en finir et aller plus loin avec les Touaregs, de les mélanger lorsqu’ils font de la transe de la terre avec de la transe urbaine. Il m’est venu l’idée de mettre de l’eau au milieu. L’eau c’est la vie, c’est les valeurs. Donc voilà comment c’est parti et puis ça a évolué au fur et à mesure. C’est un petit peu un western : il y a les gentils d’un coté et les méchants de l’autre.

PDZ : Un mot sur les artistes qui participent à cette aventure ?

S.B. : Les Touaregs viennent de Djanet, ce n’est vraiment pas de la ségrégation car j’ai déjà travaillé avec des Touaregs de Tamanrasset aussi, mais les Touaregs de Djanet sont ceux dont la musique est celle qui me stimule le plus et j’ai un rapport personnel avec eux donc ça me plaisais bien de travailler avec eux .
Quant aux jeunes, j’en ai rencontré quelques uns à Alger, les danseurs de Hip Hop et les Breakdansers. Ils ont  une patate incroyable, du talent et ils sont déjà mobilisés.   
Amine Sebbaha va s’occuper de chorégraphie de la partie Touaregs et Karim Chaker des chorégraphies, des danseurs de Hip hop et des danseurs contemporains.