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PDZ
: Que penses-tu des
derniers événements en Algérie et de la tenue du
festival dans ce contexte particulièrement
douloureux
?
S.B. :
Le constat que l’on peut faire aujourd’hui de l’Algérie, qui
met certains en colère et qui plonge d’autres dans le silence
parce que peut-être il n’y a pas de réponses, est que beaucoup
de personnes n’ont pas fait leur boulot au moment où il fallait
le faire pour faire de l’Algérie le pays que l’on aimerait tous
voir, et moi j’ai le sentiment dans tout cela que je prépare
quelque chose qui représente un travail que j’ai envie
d’accomplir jusqu’au bout.
Quand j’entends dire par exemple que cela peut paraître indécent
d’aller faire semblant de faire l’Algérie « heureuse »,
l’Algérie qui va bien, faire une vitrine qui plaise à tout le
monde, moi j’ai envie de montrer que l’Algérie existe aussi
comme ça, c’est à dire qu’en Algérie il aussi des talents !!
Mon plateau est intégralement algérien, il y a des jeunes danseurs
qui auront l’occasion de s’exprimer...
Je viens du peuple et je suis toujours du côté du peuple et j’ai
le sentiment très fort que
je me trouve plus du côté des personnes qui vont contribuer à
construire qu’à ceux qui vont s’acharner à détruire. On a
tellement chez nous et si peu en même temps que le petit mur qui a
été construit il faut y rajouter des pierres plutôt que le démolir.
On peut nous tous rajouter des pierres à cette histoire d’Algérie.
« La Source » est une vitrine d’une Algérie possible
et qui existe déjà. Tous ceux qui travaillent sur ce spectacle,
entre 1000 et 1600 personnes, sont tous heureux de le faire et je
pense que tous les Algériens ont envie de montrer qu’ils peuvent
construire aussi cette Algérie qui se monte aussi avec des démonstrations
culturelles et tous les talents possibles.
PDZ :
Et de la colère qui s'exprime chez les jeunes algériens ?
S.B. :
Je crois très sincèrement qu’il est difficile de jeter la pierre
sur un jeune. Un jeune est jeune ; Un jeune qui n’a pas de
perspectives eh bien que va-t-il faire ?
Un jeune ça veut vivre sa jeunesse, il a de l’énergie, il
ne va pas se mettre à bouger comme un vieux...
J’ai l’impression que comme lorsqu’un individu se met à 18
ans à se droguer, de la même façon, ces jeunes peuvent se mutiler
en se droguant d'un côté et en brûlant aussi des voitures de
l’autre sans savoir si c'est peut être la voiture de son oncle...
En faisant ça j’ai l’impression qu’ils s’auto mutilent, et
c’est ça le grand danger chez nous, c’est ça le pire j’ai
l’impression et c’est ça qui est touchant, troublant, vexant,
humiliant pour nous tous, c’est de voir que les gens en arrivent
à faire ça, c’est un suicide nom de dieu !!
Cette sensation que les jeunes se suicident parce qu’ils n’ont
plus de credo, ça me touche énormément, j’ai l’impression
vraiment qu’il faut plutôt calmer le jeu comme dans une famille
quand un des enfants fait le con il faut que ça bouge, il faut se réveiller,
il faut parler, c’est clair que je ne donnerai pas mon avis sur
pourquoi il peut y avoir eu du mutisme mais j’ai le sentiment
quand même qu’il faut qu’on se parle, qu’il faut qu’on se
regarde parce que soit on est concernés on aime tous cette famille
soit on ne l’aime pas et il vaut mieux le dire.
Moi je conseillerai, sans prétention, aux jeunes de se calmer et
aux parents de dialoguer comme il faut toujours faire.
PDZ :
Je reprends le texte de présentation de ton spectacle : « deux
tribus se déchirent pour un trésor, dans un combat pour la survie
et la dignité, l’eau source du conflit, les guidera vers la lumière »
je trouve qu’il y a des similitudes avec la situation actuelle...
S.B. :
Les constats du quotidien font
qu’en effet, oui.
On va quand même pas s’amuser à dire, maintenant, que c’est
les Arabes et les Kabyles, on ne va pas s’amuser à dire que
c’est les forts et les faibles, mais deux tribus se déchirent
comme les hommes se déchireront toujours et jusqu’à la fin des
temps. L’eau source du conflit, les guidera vers la lumière, oui
parce que les hommes se sont toujours battus pour se prendre leurs
biens, la survie et la dignité ça ressemble pour moi à une problématique
chez nous tellement flagrante : La dignité, très sincèrement
cela va rester pour moi un des endroits les plus importants et
urgents à régler chez nous, et je ne pense pas que se soit
seulement du côté du pouvoir qui s’agit de taper parce que la
dignité chez nous ou le regain de dignité je crois qu’il est général.
Chacun doit se remettre en question pour avoir un comportement
d’hommes dans son pays au lieu de toujours jeter la pierre sur
l’autre.
Je crois que chacun devrai se mettre à faire son boulot, arrêter
de traîner la savate, je ne méprise personne en disant ça, j’ai
l’impression qu’il faut se réveiller un peu plus c’est tout.
Investir un peu plus dans l’énergie, et si on a envie de devenir
une véritable nation, il faut s’y mettre tous ! Se lever le matin
tôt, s’habiller proprement, respecter son voisin, etc.
Pourquoi chez nous dans les maisons c’est toujours très propre et
dès que l’on ouvre la porte dehors c’est le bordel, comment ça
se fait ?
Pourquoi c’est sale ? Pourquoi on se fout royalement de ce
qui se passe en face, à côté, etc. ? Sur les trajets sur
lesquels nos enfants passent d’une maison à une autre et entre
les deux c’est la merde, ça
me questionne !
La dignité c’est aussi ça. C’est savoir que l’on vie
ensemble... ou alors allons vivre chacun sur une planète !
PDZ :
Nous sommes à un
mois du festival mondial
de la jeunesse, connaissant le chaos administratif de notre pays,
quels sont les problèmes que tu rencontres actuellement ?
S.B. :
Mon intervention dans cette histoire et révélatrice ou est supposée
être révélatrice de nos capacités autant que de nos lacunes.
Lorsque je voie que l’on veut montrer à travers cette soirée que
l’Algérie est capable et qu’au même moment je rencontre des
problèmes importants de préparation, de montage, quand je voie
qu’à bientôt un mois la majorité du financement est toujours
bloqué, je me pose des questions et j’ai le sentiment, avec une
profonde tristesse, que lorsqu’on me dit « on va donner une
bonne image de chez nous » je sens qu’il n’y a que moi qui
veux le faire, qui ai envie de donner. Cette envie de montrer cette
Algérie bonne elle vient du cœur, véritablement, c’est ça la
différence !!
PDZ :
Comment s’est passé la préparation du spectacle ?
S.B. :
Il y a énormément de gens impliqués dans ce projet, il y a énormément
de savoir-faire autant du Nord ou du Sud : Des Touaregs de
Djanet, des danseurs de Hip Hop d’Alger, de Annaba et d’Oran, il
y aussi la technique qui vient d’Europe car malheureusement nous
n’avons pas la technique requise pour faire ce genre de spectacle,
beaucoup d’entreprise qui vont travailler avec nous, des décors.
Ca se prépare aussi dans une certaine douleur parce que nous
n’avons pas l’habitude d’organiser ce genre d’événement
complexe et difficile.
PDZ :
D'ou
te viens l'idée de "La source" ?
S.B. :
C’est la source des problèmes que j’ai en ce moment :)
J’avais déjà fait deux gros spectacles avec les Touaregs,
le premier en 1984 qui s’appelait « Action musicale pour une
pensée majeure » était un mélange de musique Touaregs avec
un orchestre symphonique, le deuxième, organisé à Riad El Feth,
avec un corps de ballet contemporain qui s’appelait « Rêve
bleu », mais il restait quelque chose en travers de la gorge,
j’avais envie pour peut-être en finir et aller plus loin avec les
Touaregs, de les mélanger lorsqu’ils font de la transe de la
terre avec de la transe urbaine. Il m’est venu l’idée de mettre
de l’eau au milieu. L’eau c’est la vie, c’est les valeurs.
Donc voilà comment c’est parti et puis ça a évolué au fur et
à mesure. C’est un petit peu un western : il y a les gentils
d’un coté et les méchants de l’autre.
PDZ :
Un mot sur les
artistes qui participent à cette aventure ?
S.B. :
Les Touaregs viennent de Djanet, ce n’est vraiment pas de la ségrégation
car j’ai déjà travaillé avec des Touaregs de Tamanrasset aussi,
mais les Touaregs de Djanet sont ceux dont la musique est celle qui
me stimule le plus et j’ai un rapport personnel avec eux donc ça
me plaisais bien de travailler avec eux .
Quant aux jeunes, j’en ai rencontré quelques uns à Alger, les
danseurs de Hip Hop et les Breakdansers. Ils ont une patate
incroyable, du talent et ils sont déjà mobilisés.
Amine Sebbaha va s’occuper de chorégraphie de la partie Touaregs
et Karim Chaker des
chorégraphies, des danseurs de Hip hop et des danseurs
contemporains.
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