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LE
CODE PENAL AMENDE ENTRE EN VIGUEUR
L’expression en péril
Les
autorités sont allées jusqu’au bout de leur logique : le Code pénal répressif,
dénoncé par la presse et la classe politique, est entré en vigueur à
la fin du mois de juin. Le texte vient d’être publié au Journal
officiel.
Tout
ce qui a été dit sur “l’éventualité” de retrait de ce texte
s’est donc révélé faux.
Le président Bouteflika n’a pas eu recours aux mécanismes
constitutionnels qui pouvaient “bloquer” le Code pénal amendé à un
certain niveau.
Il est donc évident que Bouteflika, son ministre de la Justice et
l’ensemble du gouvernement n’étaient aucunement pris par le remords
de revoir une démarche porteuse d’arbitraires et de volonté claire
d’attenter aux libertés.
Publié au Journal officiel, le texte est immédiatement applicable. Et il
faut s’attendre qu’au train où vont les choses, les dispositions répressives
en matière de diffamation, d’offense, d’outrage et d’injure vont être
“mises en action” dans les prochaines semaines. Les autorités, pour
ne pas dire la justice, seront tentées de vouloir “faire des
exemples” parmi les journalistes et les acteurs de la vie politique,
sociale et religieuse. L’incapacité, aujourd’hui manifeste, de gérer
la crise en Kabylie, d’instaurer le dialogue et de gagner la confiance
de la population peut donner lieu à des actes de diversion. Et il n’est
pas à écarter que la presse soit prise pour cible. Surtout que les
journaux sont publiquement accusés de “jeter de l’huile sur le feu”
à cause de la couverture des événements en Kabylie. La mise au pas peut
s’étendre aux hommes politiques, aux imams, aux syndicalistes, aux élus,
aux animateurs du mouvement associatif. Il est entendu que le Code pénal
amendé s’adresse à toutes ces catégories quel que soit le rang ou la
qualité. Les peines encourues peuvent atteindre les trois ans
d’emprisonnement et les amendes 2 500 000 DA. Ces peines peuvent être
doublées en cas de récidive.
Désormais,
le ministère public peut sévir à tout moment. Le texte amendé lui
donne un pouvoir large et incontrôlable pour poursuivre toute personne
qui aurait “offensé” le chef de l’Etat ou injurié les “corps
constitués” ou les fonctionnaires de l’Etat. Le représentant du
parquet, qui dépend du ministère de la Justice, peut agir autant de fois
qu’il le veut. Le législateur n’a, bien entendu, pas pris le soin de
définir ou de redéfinir la diffamation, l’offense ou l’injure. Le
procureur de la République jugera, lorsqu’il le faut, comme
diffamatoire un acte écrit, parlé, filmé ou porté sur un support électronique
(Internet).
Ce renforcement du pouvoir du procureur va à contresens de l’évolution
du droit pénal international. Il rend la liberté d’expression et
d’opinion du citoyen, puisque le Code pénal est destiné à tout le
monde, dépendante directement de “la bonne volonté” du procureur. Il
s’agit là d’une dérive. Et ce n’est pas par hasard que les autorités,
à travers un nouveau projet de loi qui amende et modifie la loi 91/04 du
8 janvier 1991, envisagent actuellement de “conditionner” davantage le
travail des avocats. Les robes noires ont d’ailleurs vite réagi en dénonçant
les dangers qui pèsent sur le droit à la défense.
En vertu de ce nouveau texte, le procureur général a toute latitude de
traduire tout avocat devant “le conseil de discipline”. Avec
l’interdiction des manifestations publiques à Alger, la reconduction
sans fondement législatif de l’état d’urgence, il est clair que la
tendance à la fermeture se renforce au niveau des sphères de la décision.
Il n’existe, à ce niveau du moins, aucune volonté d’accompagner les
revendications démocratiques pacifiques de la population.
Cette stratégie de la terre brûlée n’est-elle pas incontournable ? Ou
sert-elle des intérêts autres que ceux de la nation ? Toute la question
est là.
Par
F. Metaoui (El Watan du 11 juillet) |