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Qayna, Balades Arabo-Andalouses de Zebeida Idrissi
Sorti chez Night & Day en mars 2003.

Dans Qayna  on est envoûté par la voix chaude de Zoubeida Idrissi où sont savamment mélangés 
des sensibilités d’opéra occidentale et de patrimoine orientale, maghrébin surtout. 

Zoubeida Idrissi commence à chanter dès son plus jeune âge. A  l’école primaire elle est remarquée pour ses dons musicaux et devient la petite soliste des chorales enfantines d’Agadir.
Elle poursuit ses études normalement jusqu’au baccalauréat puis entre en faculté de droit à Rabat et revient à sa passion première : le chant.
Zoubeida  entre au conservatoire national de Rabat dans la classe de Mme Tijani en 1981 et obtient le premier prix en 1987.
Elle complète sa formation musicale à l’Académie de Nice puis à l’école normale de musique de Paris.
Elle participe également à des master-class à Londres avec Mme Béatrice Gaucet et Mme Vera Roza, membre du jury du concours de chant Reine Elisabeth.
Lauréate de plusieurs concours dont le concours Bellan, elle poursuit ses cours auprès de Caroline Dumas de l’opéra de Paris et le professeur Mme Jeanne Berbié.
Zoubeida se produit comme soliste ans la chorale Vox Humana, dirigée par Mme Boda.


Mezzo-soprano soliste, elle interprète des lieder de Brahms, Schubert, Schumann, Mahler, Debussy, Mozart et des airs d’opéra de Verdi, Haendel, saint Saëns, Bizet… au Maroc (Rabat, Casablanca, Fès, Festival de Tanger) puis en France, en Suisse et à New York.
Elle se produit au théâtre le Trianon à Paris, à l’Institut du Monde arabe et participe aux Nuits du Ramadan au café de la danse. Elle a également chanté au château de Versailles, à l’espace des Blancs Manteaux pour l’année du Maroc et au festival de la musique arabo-andalouse à l’Unesco.

La musique gharnati
(al-tarab al-gharnâti)
Interprétée par Zoubeida Idrissi
(dans l’esprit d’innovation et de rapprochement des cultures)
Avec tous les amateurs de la musique arabo-andalouse, je me réjouis de constater le vif intérêt pour cette tradition musicale millénaire de la part de nombreux artistes venus d’horizons divers.

Al-tarab al-gharnâti spécifique à la région de l’ouest algérien, représente au Maroc un échange fructueux entre les deux styles  dziri  et maghribi. Sa diffusion amorcée avec le célèbre cheikh tlemcénien Mnawwar Binattu (1797-1867), qui charma alternativement Tlemcen et Fès, se consolida par l’entremise des familles algériennes établies au Maroc à la fin du XIXème siècle. Rappelons la création en 1921, à Oujda de l’une des premières associations musicales vouées au  gharnâti : al djam’iyya al-andaloussiyya, par Muhammad Bin Smaîl (1884-1947), musicien originaire de Tlemcen. De même que son compatriote Muhammad Bin Ghabrit qui s’installa à Rabat en 1928. Mais si à Rabat ce style n’intéresse que quelques musiciens (tel Ahmad Pirou) par rapport à celui de la âla proprement marocaine, Oujda a su en revanche élargir son audience auprès des jeunes générations, grâce au foisonnement d’associations similaires à la célèbre djam’iyya al-andaloussiyya.

A l’instar du répertoire algérien, celui du gharnâti marocain comporte douze nouba complètes/kamila,  ayant chacune son tab’ /mode particulier auxquelles s’ajoutent quelques pièces appartenant à quatre autres tubû’, ainsi que sept noubas inqilâbat. Voire le tableau ci-dessous :

Nouba complètes : 12             noubas réduites : 4       nouba inqilâab : 7

Dhil                                         muwwâl                           muwwâl

Mdjanba                                  gharibat al-hsin              irâq

Hsîn                                        djârka                            zidân

Ramal                                      irâq                                sika

Ghrîb                                                                            djârka

Zidân                                                                            mazmoûm

Sikâ                                                                              ramal-mâya

Ramal-mâya

Rasd

Mazmoum

Rasd dhil

Mâya                                                                                                         

La nouba gharnâti renferme un ensemble de pièces vocales et instrumentales, regroupées en mouvements différents/mîzan durant lesquels voix et instruments se manifestent selon un ordre déterminé allant du plus lent au plus vif : msaddar, btâyhi, dardj, insirâf et khlâs.

Ces cinq grandes phases vocales sont introduites par un istikhbâr (un ou plusieurs solos instrumentaux et un muwwâl vocal, une toûshiya (ouverture instrumentale) ; également une brève introduction instrumentale : kursi à chacune des pièces constitutives des cinq mîzan (excepté pour le khlâs), avec la possibilité d’interpréter une toûshiya et un istikhbar interne.

Chaque mouvement comporte un nombre variable de poèmes chantés san’a (extraits de qassida, muwashah ou zadjal), interprétés tantôt par un soliste, tantôt par des instrumentistes-choristes.

Des pièces appartenant au genre populaire citadin (qsîda, hawzi, qâdriyya) peuvent être intégrées.

Le djawq/orchestre gharnâti se distingue par la prépondérance des cordes pincées (ûd, kwitra, mandoline et banjo), sur les instruments à archet violon et alto introduits depuis le XVIIIème siècle. Une darbouka et un târ assurent la percussion. Le gharnâti exige une technique vocale hautement perfectionnée, l’interprétation que nous propose Zoubeida Idrissi en fournit l’exemple.

A travers cet enregistrement, Zoubeida Idrissi nous livre une version attachante du chant maghrébo-andalou. Sa voix chaude et entraînante, synthèse savamment nuancée, des sensibilités de l’opéra occidental et de la tradition orientale – maghrébine surtout – est un bel exemple d’une dualité culturelle enrichissante.

Il s’agit d’un essai où tous les espoirs restent permis en vue de parvenir à une symbiose pérenne entre l’esthétique classique du chant maghrébo-andalou et des novations vocales propres à d’autres écoles. Dans ce but, cette démarche mérite tous les encouragements car aucune tradition vivante ne peut prétendre s’isoler de l’évolution induite par ce que l’on pourrait appeler « les nécessités de la modernité » ou les influences pas toujours heureuses résultant de la mondialisation des cultures.

Ainsi, en associant l’art et la sincérité, la technique vocale du chant lyrique peut parfaitement se mettre au service de la tradition musicale maghrébo-andalouse sans en dénaturer l’esprit ni restreindre la magie qui s’y attache.

Il suffit d’avoir du talent et de ne jamais oublier que l’art de ce chant repose avant tout sur un style vocal dont le cachet et l’architecture caractéristiques doivent être conservés quelles que soient les novations que l’on pourrait y introduire. Veillez scrupuleusement au respect de cette règle d’or m’apparaît une des conditions de base pour garantir un vrai succès, c’est à dire la rencontre avec un public fidèle au-delà des effets de mode.

Grâce à sa magnifique voix de mezzo-soprano, à sa maîtrise du chant, à une remarquable culture musicale et à ses connaissances du terroir artistique maghrébin, Zoubeida Idrissi dispose des meilleurs atouts pour relever ce défi, pour apporter à la tradition musicale une couleur, voire un cachet original qui ne peut  que contribuer à l’enrichissement de ce patrimoine. Son talent est repérable dans l’interprétation de chacune des pièces dont se constitue ce riche programme qui puise successivement dans les deux noubas classiques : rasd et mâzmoum et termine avec deux inqilâb appartenant respectivement au tab’ djârka et muwwâl. 

Mahmoud guettat
Musicologue