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Ni dupes, ni naïfs quant à l'officialité de "l'année de l'Algérie
en France" et sur l'usage politique qu'en feront les deux
gouvernements, nous pensons néanmoins que sa tenue revêt une extrême
importance qu'on ne saurait réduire à une mascarade. Car il s'agit déjà
d'une double victoire. En France, contre les nostalgiques d'un ordre
colonial qui ne supportent pas les remontées de mémoires des témoins,
voire des auteurs de la torture d'alors .
En Algérie, contre ceux qui rêvent de soumettre le pays à la loi de
la charia, de l'isoler et de le couper de tous contacts avec l'Occident.
Sa tenue, qui n'allait pas de soi, supposait d'isoler nos intégrismes
respectifs. Pour le reste, il faut faire confiance à la richesse des échanges
prévus, à la multiplicité des acteurs impliqués - les invités
et ceux qui s'inviteront - et se persuader qu'il sera difficile
d'empêcher de s'exprimer ceux qui créent, témoignent, résistent et
agissent de diverses façons contre les oppressions et les agressions
d'où qu'elles viennent. L'officialité sera balayée par l'intense
foisonnement et les luttes qui se développent en Algérie et qui
trouveront nécessairement un écho en France. En témoignent la récente
grève nationale très suivie contre la dégradation des conditions de
vie et le programme de privatisations des hydrocarbures ou la formidable
mobilisation de la Kabylie depuis le "printemps noir" de 2001
malgré la répression très dure frappant les animateurs du mouvement
citoyen et dont les revendications ont très vite atteint une dimension
et une portée nationales.
De tout cela ce numéro rend compte, sans label officiel. L'ensemble
s'organise autour de trois grands thèmes : politique, société,
culture .
Le souci et le parti-pris de faire parler et d'écouter, ceux qui en Algérie
sont acteurs de ces luttes ou en sont des observateurs lucides, ont été
retenus. Nos amis et partenaires de la presse algérienne ont contribué
à l'ensemble. Nous les en remercions vivement, et tout particulièrement
les caricaturistes de presse, HIC et Slim, dont les dessins doivent en
faire trembler plus d'un, et le chroniqueur du Matin,
Sid Ahmed Semiane (SAS) dont les propos valent maints traité de
sociologie. Ils croulent tous sous les procès et les amendes.
Disons-le avec franchise. Nous sommes préoccupés par l'évolution de
la situation politique et sociale de l'Algérie. Depuis trois années,
les quelques espoirs que l'élection du président Bouteflika avaient pu
susciter se sont révélés mirages et illusions. Même portés par un
verbe généreux, ils n'ont pu ouvrir de perspectives de sortie à la
grave crise dans laquelle l'Algérie s'enfonçait, pilotée par un
pouvoir dont la gestion de la société repose sur le mépris des
populations, la hogra, le déni
de toute expression citoyenne, l'arbitraire généralisé et
l'aggravation des injustices sociales. Mais les progressistes de ce pays
peinent à offrir aux citoyens une perspective de rupture alternative
qui échapperait au choix entre l'intégrisme islamiste ou le
conservatisme du pouvoir actuel, de plus en plus matiné d'un
arabo-islamisme dont on a pu mesurer dans un passé récent toute la
dangerosité. Ils assistent même avec inquiétude à leur rapprochement
qui se négocie à coup de petites phrases habilement distillées. Cette
option serait la pire pour eux, pour l'Algérie et pour l'ouverture sur
l'ensemble du monde. L'hypothétique compromis entre les conservateurs
assis sur l'économie rentière et les tenants d'un intégrisme
islamiste rêvant de soumettre la société à la charia sera au cœur
de la présidentielle prévue dans un peu plus d'un an. Il est dans le
droit fil de la logique de l'instrumentalisation de la "concorde
civile" ouverte en janvier 2000 et qui aura finalement servi à réintroduire
dans le jeu politique la mouvance islamiste. En même temps, les
pressions américaines - relayées par un lobby non négligeable au
sein du pouvoir - se font de plus en plus sentir tant dans le
domaine économique que politique. A cet égard, l'interdiction des
manifestations de soutien au peuple irakien et leur répression témoignent
d'une volonté de ménager l'administration américaine.
La crise de la représentativité politique est au maximum. Seulement un
Algérien sur deux s'est rendu aux urnes lors des derniers scrutins électoraux
(législatives et locales). Le boycott a été massif en Kabylie avec un
taux de participation ne dépassant pas 2%. Aux législatives, le FLN
s'est rééquilibré au détriment du RND - son clone - alors
que le vote islamiste - El Islah, MSP (ex-Hamas) et Ennahda -
s'érodait fortement totalisant 1,5 millions de voix (3 millions en
1997), bien que ce courant bénéficie d'une importante représentation
au gouvernement.
Le contraste est frappant entre la bonne tenue des paramètres macro-économiques
et la misère et le mal-vivre de la population. Les réserves de devises
se sont reconstituées à un bon niveau (22 milliards de $) qui ferait pâlir
d'envie maints pays d'Amérique latine. La balance commerciale est en
excédent. Le service de la dette a diminué, passant de 85 à 25% des
recettes d'exportations. Enfin, le taux de croissance moyen par an
avoisine 5% depuis plusieurs années. Malgré cela, le chômage atteint
30% touchant particulièrement les jeunes qui restent désœuvrés, sans
logement sans perspectives familiales ou professionnelles. C'est la
marque d'une économie rentière, qui ne produit plus, et dont le
pactole est détourné au profit d'une bourgeoisie parasitaire et
arrogante et sans autre perspective que l'enrichissement rapide. Pour
cette bourgeoisie, il y a trop d'Algériens. L'Arabie saoudite est
devenue le modèle. Pas étonnant que beaucoup pensent à partir.
En dépit de tout cela, beaucoup résistent et s'entêtent à ne pas gâcher
définitivement l'avenir d'un pays, doté de tant d'atouts et de
ressources et autant chargé d'histoire. Des forces de plus en plus
nombreuses se rendent compte qu'aucune démocratie n'est possible dans
le cadre du système actuel, qu'il faut rompre avec lui, avec ses
institutions, ses hommes - des rentiers corrompus aux islamistes,
les faux ennemis - et refonder un État moderne, progressiste et
redonnant la dignité à ses citoyens. L'exil ne doit plus devenir la
seule perspective et le visa son moyen. Ce combat ne s'arrêtera pas
avec l'année 2003. Il concerne les deux rives de la Méditerranée.
Michel
Rogalski et Zazi Sadou
REVUE
TRIMESTRIELLE PUBLIÉE EN PARTENARIAT
AVEC
L’ASSOCIATION ESPACE(S) MARX
Recherches
n° 67-68 1/2 - 2003
internationales
ALGÉRIE:
ÉTAT DES LIEUX
Michel ROGALSKI et Zazi SADOU
Présentation
: Algérie : État des lieux
POLITIQUE
Hassane ZERROUKY
Où
en est l'Algérie ?
Mustapha HAMMOUCHE
Kabylie :
au delà du "printemps noir " de 2001
Hachemi CHERIFF
L'Algérie
prise en otage
Sid Ahmed GHOZALI
Algérie :
une refondation de l'État au service de la personne
Rhéda MALEK
Une
expérience cruciale à méditer : le terrorisme islamiste en Algérie
Madeleine REBÉRIOUX
Ma
guerre d'Algérie dans les livres
SOCIÉTÉ
Hassan REMAOUN
Entre
sphères du politique et du religieux en Algérie : l'enjeu de la
laïcisation
Saïd BELGUIDOUM
Une
société bloquée, la crise des idéologies en Algérie
Paul EUZIÈRE
Les
associations en Algérie : jalons pour une histoire
Saïd BOUAMAMA
Immigration
algérienne : permanences et mutations
Lucie PRUVOST
Bonnes
feuilles : "Femmes d'Algérie : Société, famille et
citoyenneté"
Jean-Robert HENRY
L'Algérie
et la France : un imaginaire relationnel
Paul SINDIC
France-Algérie :
essai sur les voies et conditions d'une coopération
"progressiste"
René ARRUS
L'eau
en Algérie : de l'expression de la demande à l'insatisfaction
des besoins
Abdenour KERAMANE
Échanges
énergétiques et coopération euro-méditerranéenne
CULTURE
Benamar MEDIENE
Dire
la peinture algérienne
Marie VIROLLE
L'épopée
de la chanson raï
Naget KHADDA
Champ
culturel algérien : le basculement des années 1950 et ses
enjeux
Christiane CHAULET ACHOUR
Mosaïque
Algérie : romans algériens [1992-2002]
NOTES
DE LECTURE
Avec les chroniques de Sid Ahmed Semiane
(SAS) et les dessins de HIC et de Slim
COORDINATION DU NUMÉRO : MICHEL ROGALSKI
ET ZAZI SADOU
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internationales]
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