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L'actu. de PlaNet DZ

 

                                            

        

 


Algérie : État des lieux : Politique, Société, Culture
Recherche internationales
N° 67-68 -

Sorti en mars 2003

L'ALGÉRIE : ÉTAT DES LIEUX

 
Le voyage officiel du président français Jacques Chirac en Algérie, au moment où la conjoncture internationale en constitue une immense caisse de résonance, prend une signification particulière. Renouer avec une histoire commune quelque peu perturbée depuis une dizaine d'années, se proposer de "refonder la relation d'ensemble" entre les deux pays, et montrer à la face du monde que le dialogue entre les civilisations est possible et souhaité au moment où des préparatifs guerriers s'organisent au Moyen-Orient constitue un geste de grande portée dont la symbolique n'échappe à personne.

C'est dans ce contexte que, pour la troisième fois, Recherches internationales consacre un numéro entier à l'Algérie 1. Comme les précédents, ce numéro s'inscrit dans une démarche de solidarité avec les forces progressistes algériennes, principales cibles des intégristes qui ont déclaré une guerre totale à l'ensemble du pays. Nous n'avons pas attendu 2003, "l'année de l'Algérie en France", pour nous préoccuper de la situation qui prévalait dans ce pays, conscients de l'importance des enjeux qui se nouaient de l'autre côté de la Méditerranée. Nous avons toujours pensé que c'était l'intégrisme qu'il fallait isoler et non pas l'Algérie.



Ni dupes, ni naïfs quant à l'officialité de "l'année de l'Algérie en France" et sur l'usage politique qu'en feront les deux gouvernements, nous pensons néanmoins que sa tenue revêt une extrême importance qu'on ne saurait réduire à une mascarade. Car il s'agit déjà d'une double victoire. En France, contre les nostalgiques d'un ordre colonial qui ne supportent pas les remontées de mémoires des témoins, voire des auteurs de la torture d'alors 2. En Algérie, contre ceux qui rêvent de soumettre le pays à la loi de la charia, de l'isoler et de le couper de tous contacts avec l'Occident. Sa tenue, qui n'allait pas de soi, supposait d'isoler nos intégrismes respectifs. Pour le reste, il faut faire confiance à la richesse des échanges prévus, à la multiplicité des acteurs impliqués - les invités et ceux qui s'inviteront - et se persuader qu'il sera difficile d'empêcher de s'exprimer ceux qui créent, témoignent, résistent et agissent de diverses façons contre les oppressions et les agressions d'où qu'elles viennent. L'officialité sera balayée par l'intense foisonnement et les luttes qui se développent en Algérie et qui trouveront nécessairement un écho en France. En témoignent la récente grève nationale très suivie contre la dégradation des conditions de vie et le programme de privatisations des hydrocarbures ou la formidable mobilisation de la Kabylie depuis le "printemps noir" de 2001 malgré la répression très dure frappant les animateurs du mouvement citoyen et dont les revendications ont très vite atteint une dimension et une portée nationales.

De tout cela ce numéro rend compte, sans label officiel. L'ensemble s'organise autour de trois grands thèmes : politique, société, culture 3. Le souci et le parti-pris de faire parler et d'écouter, ceux qui en Algérie sont acteurs de ces luttes ou en sont des observateurs lucides, ont été retenus. Nos amis et partenaires de la presse algérienne ont contribué à l'ensemble. Nous les en remercions vivement, et tout particulièrement les caricaturistes de presse, HIC et Slim, dont les dessins doivent en faire trembler plus d'un, et le chroniqueur du Matin, Sid Ahmed Semiane (SAS) dont les propos valent maints traité de sociologie. Ils croulent tous sous les procès et les amendes.

Disons-le avec franchise. Nous sommes préoccupés par l'évolution de la situation politique et sociale de l'Algérie. Depuis trois années, les quelques espoirs que l'élection du président Bouteflika avaient pu susciter se sont révélés mirages et illusions. Même portés par un verbe généreux, ils n'ont pu ouvrir de perspectives de sortie à la grave crise dans laquelle l'Algérie s'enfonçait, pilotée par un pouvoir dont la gestion de la société repose sur le mépris des populations, la hogra, le déni de toute expression citoyenne, l'arbitraire généralisé et l'aggravation des injustices sociales. Mais les progressistes de ce pays peinent à offrir aux citoyens une perspective de rupture alternative qui échapperait au choix entre l'intégrisme islamiste ou le conservatisme du pouvoir actuel, de plus en plus matiné d'un arabo-islamisme dont on a pu mesurer dans un passé récent toute la dangerosité. Ils assistent même avec inquiétude à leur rapprochement qui se négocie à coup de petites phrases habilement distillées. Cette option serait la pire pour eux, pour l'Algérie et pour l'ouverture sur l'ensemble du monde. L'hypothétique compromis entre les conservateurs assis sur l'économie rentière et les tenants d'un intégrisme islamiste rêvant de soumettre la société à la charia sera au cœur de la présidentielle prévue dans un peu plus d'un an. Il est dans le droit fil de la logique de l'instrumentalisation de la "concorde civile" ouverte en janvier 2000 et qui aura finalement servi à réintroduire dans le jeu politique la mouvance islamiste. En même temps, les pressions américaines - relayées par un lobby non négligeable au sein du pouvoir - se font de plus en plus sentir tant dans le domaine économique que politique. A cet égard, l'interdiction des manifestations de soutien au peuple irakien et leur répression témoignent d'une volonté de ménager l'administration américaine.

La crise de la représentativité politique est au maximum. Seulement un Algérien sur deux s'est rendu aux urnes lors des derniers scrutins électoraux (législatives et locales). Le boycott a été massif en Kabylie avec un taux de participation ne dépassant pas 2%. Aux législatives, le FLN s'est rééquilibré au détriment du RND - son clone - alors que le vote islamiste - El Islah, MSP (ex-Hamas) et Ennahda - s'érodait fortement totalisant 1,5 millions de voix (3 millions en 1997), bien que ce courant bénéficie d'une importante représentation au gouvernement.

Le contraste est frappant entre la bonne tenue des paramètres macro-économiques et la misère et le mal-vivre de la population. Les réserves de devises se sont reconstituées à un bon niveau (22 milliards de $) qui ferait pâlir d'envie maints pays d'Amérique latine. La balance commerciale est en excédent. Le service de la dette a diminué, passant de 85 à 25% des recettes d'exportations. Enfin, le taux de croissance moyen par an avoisine 5% depuis plusieurs années. Malgré cela, le chômage atteint 30% touchant particulièrement les jeunes qui restent désœuvrés, sans logement sans perspectives familiales ou professionnelles. C'est la marque d'une économie rentière, qui ne produit plus, et dont le pactole est détourné au profit d'une bourgeoisie parasitaire et arrogante et sans autre perspective que l'enrichissement rapide. Pour cette bourgeoisie, il y a trop d'Algériens. L'Arabie saoudite est devenue le modèle. Pas étonnant que beaucoup pensent à partir.

En dépit de tout cela, beaucoup résistent et s'entêtent à ne pas gâcher définitivement l'avenir d'un pays, doté de tant d'atouts et de ressources et autant chargé d'histoire. Des forces de plus en plus nombreuses se rendent compte qu'aucune démocratie n'est possible dans le cadre du système actuel, qu'il faut rompre avec lui, avec ses institutions, ses hommes - des rentiers corrompus aux islamistes, les faux ennemis - et refonder un État moderne, progressiste et redonnant la dignité à ses citoyens. L'exil ne doit plus devenir la seule perspective et le visa son moyen. Ce combat ne s'arrêtera pas avec l'année 2003. Il concerne les deux rives de la Méditerranée.

Michel Rogalski et Zazi Sadou



1 N° 43-44, hiver-printemps 1996 : “L’Algérie dans la tourmente” (20 €) et n° 56-57, 2/3 - 1999 : "Algérie : Quelles perspectives ?"(18 €)

2 Il faut saluer la courageuse initiative de l'Appel des 12, qui avec l'appui de l'Humanité, a porté sur la place publique la question de la torture pratiquée en masse par l'armée française en Algérie durant la guerre d'indépendance et a suscité des centaines de témoignages accablants.

3 Les aspects économiques ayant été longuement traités dans nos deux précédents numéros, cette thématique ne sera pas reprise dans celui-ci.




 

REVUE TRIMESTRIELLE PUBLIÉE EN PARTENARIAT

AVEC L’ASSOCIATION ESPACE(S) MARX

 

Recherches    67-68  1/2 - 2003

     internationales

 

 

 

ALGÉRIE: ÉTAT DES LIEUX

 

Michel ROGALSKI et Zazi SADOU

Présentation : Algérie : État des lieux

 

POLITIQUE

 

Hassane ZERROUKY

Où en est l'Algérie ?

Mustapha HAMMOUCHE

Kabylie : au delà du "printemps noir " de 2001

Hachemi CHERIFF

L'Algérie prise en otage

Sid Ahmed GHOZALI

Algérie : une refondation de l'État au service de la personne

Rhéda MALEK

Une expérience cruciale à méditer : le terrorisme islamiste en Algérie

Madeleine REBÉRIOUX

Ma guerre d'Algérie dans les livres

 

SOCIÉTÉ

 

Hassan REMAOUN

Entre sphères du politique et du religieux en Algérie : l'enjeu de la laïcisation

Saïd BELGUIDOUM

Une société bloquée, la crise des idéologies en Algérie

Paul EUZIÈRE

Les associations en Algérie : jalons pour une histoire

Saïd BOUAMAMA

Immigration algérienne : permanences et mutations

Lucie PRUVOST

Bonnes feuilles : "Femmes d'Algérie : Société, famille et citoyenneté"

Jean-Robert HENRY

L'Algérie et la France : un imaginaire relationnel

Paul SINDIC

France-Algérie : essai sur les voies et conditions d'une coopération "progressiste"

René ARRUS

L'eau en Algérie : de l'expression de la demande à l'insatisfaction des besoins

Abdenour KERAMANE

Échanges énergétiques et coopération euro-méditerranéenne

 

CULTURE

 

Benamar MEDIENE

Dire la peinture algérienne

Marie VIROLLE

L'épopée de la chanson raï

Naget KHADDA

Champ culturel algérien : le basculement des années 1950 et ses enjeux

Christiane CHAULET ACHOUR

Mosaïque Algérie : romans algériens [1992-2002]

 

NOTES DE LECTURE

 

 

Avec les chroniques de Sid Ahmed Semiane (SAS) et les dessins de HIC et de Slim

 

 

COORDINATION DU NUMÉRO : MICHEL ROGALSKI ET ZAZI SADOU

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