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Entretien avec le
directeur du Théâtre régional de Constantine
Par Nouri N. du quotidien Le
Matin (le 19 octobre 2001)
« Le public de l'avenir est celui de l'Algérie profonde »
Le
Théâtre régional de Constantine (TRC) rouvre ses portes après vingt
mois de travaux qui ont permis la réhabilitation de l'édifice. Il
rejoint ainsi ceux d'Alger et d'Oran. Hocine Merabia dirige le TRC depuis
près de huit années. A la veille de la réouverture de l'établissement,
ce vieux routier du métier nous parle ici des perspectives.
Le Matin : La fermeture du TRC a attiré sur vous la pression de la rue
et révélé la grande place qu'occupe le théâtre. A votre avis à quoi
est dû cela ?
Hocine Merabia : Oui,
à son corps défendant, le TRC a longtemps occupé une place fondamentale
dans le paysage culturel de Constantine et s'est retrouvé seul au moment
où la ville avait besoin de plusieurs structures du genre, un théâtre
amateur développé, une dizaine de compagnies théâtrales, une cinémathèque
qui fonctionne convenablement Nous assumons péniblement ce rôle face aux
multiples sollicitations du fait de la disproportion entre la demande et
nos capacités réelles.
Vous semblez défendre une nouvelle approche de l'activité théâtrale
Je crois que l'impuissance et la faillite de la gestion administrative du
théâtre et de la culture, en général, ont révélé une tentative de
soumission des hommes du métier. Quand un artiste est salarié et subit
le nivellement par le bas dans une catégorisation bête et méchante,
comment veut-on qu'il y ait émergence de talents, et comment veut-on
qu'un artiste puisse produire et gérer au mieux sa carrière ? Il faut
donc libérer ce dernier et récompenser le métier de théâtre, et c'est
là un sujet qui est en train d'être débattu pour sortir de cette
situation catastrophique.
Ce handicap a permis l'émergence des saltimbanques et des cabotins aux dépens
de ceux qui aiment le beau et le travail bien fait et cela est grave. Ce
n'est pas aujourd'hui un hasard si certains ont fini par baisser les bras
alors que d'autres ont dû quitter définitivement la profession. Nous
devons pour cela revoir nos plans d'avenir et chercher des instruments de
gestion plus performants en commençant par la révision des statuts et la
revalorisation financière.
Avez-vous conçu une stratégie pour la reconquête du public ?
Je pense que toute dynamique de redéploiement ne peut être dirigée
qu'au service du public. Non seulement le public des grandes cités, mais
surtout celui de l'Algérie profonde. Jusqu'à maintenant, ce public n'a
pu bénéficier de nos productions théâtrales et c'est pourquoi je dis
qu'il faut tout revoir et en particulier la question des tournées théâtrales
parce qu'on ne peut concevoir le théâtre sans les tournées. Or, mis à
part la période des années 60, notre théâtre a toujours fonctionné
autrement.
Quelles sont les raisons de cette inertie ?
Elles sont multiples. D'abord, il y a le climat d'insécurité qui règne
depuis une décennie. Mais la contrainte majeure reste l'absence de
couverture financière conséquente pour faire face aux frais de déplacement
qui ont dû quintupler. Par conséquent, notre théâtre s'est retrouvé
ghettoïsé dans les grandes villes alors que le grand public se trouve
dans l'Algérie profonde. Je peux dire que ça serait un événement si
demain Mila, Jijel ou Chelghoum Laïd reçoivent le TRC et c'est à ce
prix-là qu'on pourra reconquérir le public et notamment le public jeune.
Comment voyez-vous l'avenir du théâtre algérien en ce sens ?
Je crois qu'il a beaucoup d'avenir du fait qu'il est aussi un travail
artisanal. Mais il s'agit aujourd'hui d'aller vers une nouvelle fondation
du théâtre et je ne parle pas seulement du théâtre d'Etat, mais du théâtre
dans sa conception globale, c'est-à-dire dans le cadre national qui réunit
le théâtre amateur, le théâtre universitaire, scolaire Il s'agit
donc d'encourager toute forme d'expression théâtrale : théâtre pour
adulte, pour enfant,
monologue, marionnette, pantomine Avec la bonne volonté et l'amélioration
de la situation du pays, notre théâtre pourra continuer son chemin.
Un dernier mot
Je souhaite que le TRC puisse établir des ponts avec l'université et l'éducation
nationale, car ce sont ces publics d'étudiants et de lycéens qui nous
intéressent et qui peuvent constituer le grand public de demain et
redonner au théâtre ses jours de gloire.
Entretien réalisé par Nouri N.
Source :
http://lematin-dz.com/29102001/jour/le_quotidien.htm
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