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Comment
avez-vous travaillé le personnage de Laurence ?
J'ai
pensé à beaucoup de choses… Je me souviens de
Jules et Jim car Laurence joue avec les deux frères et on ne sait
jamais si elle est sincère. Seulement quand elle se retrouve seule et
qu'elle pleure …
Merzak souhaitait que le
personnage se distingue des habitants d'Alger qui sont tous habillés dans
des tons de gris grâce à des vêtements très colorés et des bijoux
fantaisie. Il voulait lui donner une dimension de fraîcheur et d'exubérance,
mais il ne fallait pas faire d'elle une Parisienne branchée. Laurence est
une jeune fille simple d’aujourd’hui qui a des galères de boulot et qui
n'a pas toujours été gâtée par la vie.
Votre
personnage est autant en mal d'identité et de racines que les deux frères…
Oui, mais à l’opposé.
Laurence vivait en Algérie quand elle était toute petite mais redécouvre
un pays… Moi aussi, comme elle, je découvrais l’Algérie pendant le
tournage. Mon personnage est effectivement à la recherche de ses racines,
mais aussi et surtout à la recherche d'un père…
A
votre avis, que représente Laurence pour Bouzid et Kamel ?
Laurence
c’est l’étrangère, le mystère… J’ai essayé pour cela de jouer
une femme changeante pour qu’elle conserve une grande part de mystère.
Elle a deux personnalités : elle est davantage tournée vers sa part de féminité,
plus protectrice, et plus dure aussi, en présence de Kamel/Samy Nacéri,
tandis qu'elle est plus douce, légère et enfantine avec Bouzid/Faudel. Sur
le tournage les acteurs m’ont beaucoup aidée à jouer sur cette
ambivalence.
Qu'est-ce
qui vous a marqué durant le tournage en Algérie ?
J'ai
découvert un pays qui a dépassé ses peurs de la période noire du
terrorisme, un pays très jeune aussi qui a envie de vivre. Mais surtout
j'ai été frappée par la solidarité qui règne partout, l’entraide chez
les gens d'Alger.
Paradoxalement, les événements du 11 septembre ont été bénéfiques à
l'Algérie : tout d'un coup, le monde entier s'est intéressé à ce pays
qui était jusque-là seul à combattre le terrorisme. Du coup, cela a
favorisé de nouveaux échanges entre ce pays et le reste du monde…
Pensez-vous
que Merzak Allouache donne une image réaliste de l'Algérie d'aujourd'hui ?
Absolument,
dans la mesure où le film va à l'encontre des clichés qu'on nous assène
dans les médias sur ce pays. Comme on le voit bien dans le film, les gens
aiment s'amuser, danser, boire, sortir… C'est un pays qui, après
l'horreur qu'il a traversée, revient à la vie et avec humour ! C'est
ce que montre très bien Merzak dans Bab-El Web.
Vous êtes l'une
des rares femmes d'un univers foncièrement masculin…
Oui, mais je ne l’ai pas
ressenti…Laurence est davantage complice et fraternelle avec les hommes du
film. On pourrait tout à fait l'imaginer partant à l'aventure avec un sac
à dos et le Guide du Routard sous
le bras…
Quelle
approche Merzak Allouache a-t-il de la direction d'acteur ?
J’ai
adoré travailler avec Merzak : il est précis et il sait ce qu’il veut.
Il n’a pas besoin de tourner beaucoup de prises car il sait ce dont il a
besoin. Pour autant, il aime qu'on lui fasse des propositions et il reste
constamment ouvert aux comédiens. Ce qui était formidable, c'est qu'au
bout d'un moment, on n'avait même plus besoin de se parler pour que je
comprenne ce qu'il voulait : nous avons développé une très belle
complicité.
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