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Entretien avec Julie Gayet

Comment êtes-vous arrivée sur le projet ? 
J
e connaissais le travail de Merzak Allouache depuis Bab-El Oued City (1993) et Salut cousin ! (1996), son univers à la fois intimiste et comique. j’ai été très touchée quand j’ai su qu’il voulait me rencontrer. A la lecture du scénario de Bab-El Web, j’ai retrouvé ce mélange d'humour et de quête initiatique.


Comment avez-vous travaillé le personnage de Laurence ?
J'ai pensé à beaucoup de choses… Je me souviens de Jules et Jim car Laurence joue avec les deux frères et on ne sait jamais si elle est sincère. Seulement quand elle se retrouve seule et qu'elle pleure …
Merzak souhaitait que le personnage se distingue des habitants d'Alger qui sont tous habillés dans des tons de gris grâce à des vêtements très colorés et des bijoux fantaisie. Il voulait lui donner une dimension de fraîcheur et d'exubérance, mais il ne fallait pas faire d'elle une Parisienne branchée. Laurence est une jeune fille simple d’aujourd’hui qui a des galères de boulot et qui n'a pas toujours été gâtée par la vie.

Votre personnage est autant en mal d'identité et de racines que les deux frères…
Oui, mais à l’opposé. Laurence vivait en Algérie quand elle était toute petite mais redécouvre un pays… Moi aussi, comme elle, je découvrais l’Algérie pendant le tournage. Mon personnage est effectivement à la recherche de ses racines, mais aussi et surtout à la recherche d'un père…

A votre avis, que représente Laurence pour Bouzid et Kamel ?
Laurence c’est l’étrangère, le mystère… J’ai essayé pour cela de jouer une femme changeante pour qu’elle conserve une grande part de mystère. Elle a deux personnalités : elle est davantage tournée vers sa part de féminité, plus protectrice, et plus dure aussi, en présence de Kamel/Samy Nacéri, tandis qu'elle est plus douce, légère et enfantine avec Bouzid/Faudel. Sur le tournage les acteurs m’ont beaucoup aidée à jouer sur cette ambivalence.

Qu'est-ce qui vous a marqué durant le tournage en Algérie ?
J'ai découvert un pays qui a dépassé ses peurs de la période noire du terrorisme, un pays très jeune aussi qui a envie de vivre. Mais surtout j'ai été frappée par la solidarité qui règne partout, l’entraide chez les gens d'Alger.
Paradoxalement, les événements du 11 septembre ont été bénéfiques à l'Algérie : tout d'un coup, le monde entier s'est intéressé à ce pays qui était jusque-là seul à combattre le terrorisme. Du coup, cela a favorisé de nouveaux échanges entre ce pays et le reste du monde…

Pensez-vous que Merzak Allouache donne une image réaliste de l'Algérie d'aujourd'hui ?
Absolument, dans la mesure où le film va à l'encontre des clichés qu'on nous assène dans les médias sur ce pays. Comme on le voit bien dans le film, les gens aiment s'amuser, danser, boire, sortir… C'est un pays qui, après l'horreur qu'il a traversée, revient à la vie et avec humour ! C'est ce que montre très bien Merzak dans Bab-El Web.

Vous êtes l'une des rares femmes d'un univers foncièrement masculin…
Oui, mais je ne l’ai pas ressenti…Laurence est davantage complice et fraternelle avec les hommes du film. On pourrait tout à fait l'imaginer partant à l'aventure avec un sac à dos et le Guide du Routard sous le bras…

Quelle approche Merzak Allouache a-t-il de la direction d'acteur ?
J’ai adoré travailler avec Merzak : il est précis et il sait ce qu’il veut. Il n’a pas besoin de tourner beaucoup de prises car il sait ce dont il a besoin. Pour autant, il aime qu'on lui fasse des propositions et il reste constamment ouvert aux comédiens. Ce qui était formidable, c'est qu'au bout d'un moment, on n'avait même plus besoin de se parler pour que je comprenne ce qu'il voulait : nous avons développé une très belle complicité.


Lire les entretiens avec :

Merzak Allouache
Faudel
Samy Nacéri

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