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Nous
souhaitons partager cette belle évocation de Sadek Aïssat
qui nous a été envoyée par Abdenour Zahzah...
" Le vieux est mort l'hiver passé.
Le froid le faisait trop souffrir. Il est mort sans faire de bruit comme
il a vécu. il s'est endormi un soir, et ne s'est plus réveillé. Les
voisins ont dit qu'il était un bienheureux d'être ainsi parti"
"La cité du précipice
" Sadek Aïssat

“El Fra’k”,
disait Hadj El Anka
La dernière fois que je
l’ai vu, c’était chez lui. Il a invité plusieurs de ses nombreux amis.
Sid Ahmed, son petit « frère » et Ali Malek entre autre qu’il
appelait Sahbi et dont il rigolait de sa timidité comme si qu’il était
content de trouver plus timide que lui. Sadek était heureux à chaque fois
qu’il voyait ses amis.. A la table du dîner, il n’arrêtait pas de
m’inciter à manger Ezzelif qu’il avait lui-même cuisinée, tenait-il
à préciser. « Elle vient directement d’Alger » me
disait-il. Devant mon étonnement, il rajoutait avec son humour discret :
« en France, on a interdit les têtes de mouton depuis la folie de
la vache »
La suite de la soirée ?
Un classique… Sadek prend le mandole pour m’expliquer un mode Châabi et
Akila lui rappelle qu’il ne doit pas incommoder les voisins… Ses voisins
n’entendront plus le mandole, ni la voix chaude de Sadek.
A Paris où il est mort,
Sadek habitait derrière le consulat d’Algérie. J’ai toujours considéré
son chez lui comme le consulat des algériens.
C’est François qui
m’a fait rencontrer Sadek. C’était à la belle terrasse de l’hôtel
El Aurassi. Il ne parlait pas. Comme François d’ailleurs ! J’étais
très content d’apprendre que Sadek qui était à ma droite était le
chroniqueur que je lisais avec bonheur chaque jeudi matin dans un café
maure à Blida. Je lui ai fait part de ma grande émotion à l’une de ses
chroniques où il parlait à sa fille. Il m’a dit « tout le monde
a gardé en mémoire cette chronique, je ne sais pas pourquoi, c’est le
mystère de l’écriture »
J’espère que ces
chroniques seront publiées un jour…
Trois ans après, la
première personne que j’ai voulu rencontrer une fois arrivé à Paris,
c’était Sadek, au canal Saint Martin, qu’il aimait beaucoup. Il avait
froid comme d’habitude. A un moment je lui ai dit naïvement « Soyons
sérieux Sadek, La France n’est comme même pas un exil pour un algérien,
regardes, y a la presse algérienne dans les bureaux presse, on peut manger
algérien quant on veut, on peut fumer les Rym si on le souhaite » il
me répond « c’est parce que t’as un billet de retour que tu
parles ainsi » lui qui une fois me racontait dans je ne sais quelle
administration française, la guichetière lui dit « vous vous
moquer de moi Monsieur » devant son interdiction elle rajoute « vous
remplissez le formulaire en notant Nationalité : Algérienne alors que
tu me présente une carte d’identité française » Normal d’après
le cheikh Kateb Yacine « on pense à l’Algérie en exil plus
qu’en Algérie, comme le manchot qui pense à son bras qu’il lui manque »
Sadek avait quitté l’Algérie après une visite nocturne par les
terroristes pour une « identification » dans son logement de
Oueled Yaïch en bas de la montagne de Blida. Celui qui n’a pas connu
cette cité au début des années 90 n’a pas connu la peur…
Sa voix mélancolique et
profonde résonnera toujours dans mes oreilles quant un soir, il m’appelle
pour me dire : « Demain, si t’es libre, on va voir François ».
Je garde de cette journée
l’image de Sadek qui tremblait de froid à Versailles quant je suis sorti
de la voiture pour étaler la carte de l’Île-de-France sur le capot de la
voiture. On était paumé. A cause de Sid Ahmed, je pense. Sadek était pire
que moi dans la lecture des cartes, mais il m’encourageait comme même « Le
Bretonneux m’a dit François. Cherche Le Bretonneux »
Sadek avait toujours
froid. « En France », disait-il. Un froid exagéré -je
dirai- que je voyais dans les habits de Sadek : Chechs Targuis, Kéfiés
militants et en dessus tout, l’inusable bleue de Marseille algérois.
Je pense que ce n’est
pas le froid de la France qui affecté Sadek mais le froid du nageur dans la
mer.
Qu’il soit éternellement
réchauffé dans la terre des ses ancêtres !
Dans le RER, je lui ai
demandé conseil quant au titre de mon nouveau film. Lui qui a trouvé le
meilleur titre de tous les temps de la littérature algérienne. A propos de
ce dernier,
Quant on le lui complimenté, il répondait modestement que ce n’était
pas son titre à lui, que c’était à El Anka. « Sous un soleil
de plomb » lui disais-je. Après un court silence il me dit « -Sous
Le soleil Le plomb- ce n’est pas mieux ? » Il était l’écrivain
algérien le plus racé, le plus pur de ces dernières années dans la
trajectoire de Kateb Yacine.
Le châabi. Sadek me
racontait quand journaliste à Algérie-Actualité il voulait interviewer
l’interviewable Amar Ezzahi. Recommandé par un ami, il va voir le Cheikh.
Il lui dit, c’est moi le journaliste dont t’a parlé Sid Ali. Le
chanteur lui dit : « Ah oui, d’accord. Tu veux un café…et
au serveur : « donne-lui un café » et le chanteur
partit…Sadek souriait encore à l’évocation de ce souvenir…
Avec Rachid Nouni, pareil
ou presque. Ammi Rachid lui dit : « j’accepte que tu
m’interview, mais ne publie rien sans mon autorisation ». Sadek
fait le lendemain un article sur Blida en citant « en citant
seulement, précisait-il, le nom de Rachid Nouni » Rachid
s’en offusque et lui dit : « c’est fini, pas d’interview ».
Comment Sadek pouvait-il faire un article sur Blida sans citer Nouni ?
J’espère qu’ils s’arrangeront dans le monde où ils sont tous les
deux aujourd’hui.
Je garde de Sadek
l’image d’un être blessé au plus profond de lui-même par la guerre,
par la méchanceté humaine. Comme son ami François Maspero d’ailleurs !
Lui, eux qui rêvaient d’un monde qui n’existe que dans les mélodies
d’El Anka.
Je garde de lui aussi
l’image d’un homme très content au salon de la littérature d’Alger
2002. Il mettait des dédicaces « littéraires » et personnalisées,
à ses nombreux lecteurs venus le rencontrer au grand bonheur de Selma et
Sofiane, heureux de l’avoir publier. Il m’a mis à moi, sur sa belle
signature en arabe, « HASTA LA VICTORIA »
Heureusement que je
n’ai pas lu encore l’un de ses livres, çà sera une autre belle
rencontre avec mon ami Sadek.
Repose en paix, l’Artiste !
Abdenour
Zahzah
Cinéaste
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