Lettre d'intention de l'auteur et réalisateur
Ce scénario "l'Autre Monde" ainsi que le désir de
réaliser un film en Algérie sont les résultats de deux séjours
que j'ai effectues à Alger et au Sahara au cours du printemps 99.
depuis le tournage de mon long métrage "Bab el oued city"
en 1993, je ne suis pas retourné à alger.
Six années d'absence pendant lesquelles j'ai ressentie durement le
poids de l'éloignement.
durant cette période, l'Algérie
était devenue pour moi un pays étrange d'où parvenaient avec une régularité
morbide des informations stupéfiantes de violence, de mort. Un pays
en guerre, dont les images s'estompaient lentement au fil du temps,
jusqu'à ne plus être que des flashes rapides et routiniers du journal
télévisé quotidien.
Et puis en 1999, peut être à
cause d'une impression d'un retour à une certaine stabilité, j'ai
eu envie de revenir voir, sentir, filmer, raconter quelque chose sur
l'Algérie...
Le sujet s'est très vite imposé
à moi après mon séjour en Algérie et ma rencontre avec une jeune
journaliste algérienne Baya A. qui a tout de suite accepté de
m'apporter les éléments qui me manquaient pour raconter cette
histoire.
Baya A. a vécu toute cette
période infernale de l'intérieur, sans cesser son travail sur le
terrain, en se protégeant simplement par la prudence quotidienne et
l'anonymat. ce travail de journaliste de terrain a énormément
contribué à 'élaboration de notre histoire et à son
enrichissement par l'insertion d'éléments directement issus de la
réalité de ces années de violence.
A travers cette fiction, qui nous
le savons, ne sera pas facilement acceptable en Algérie, il s'agit
pour nous aussi de parler de la situation de l'Algérie
d'aujourd'hui. C'est une fiction bien sûr, mais une fiction nourrie
par les situations dramatiques et souvent incompréhensibles que vit
ce pays.
ce qui m'a particulièrement
surpris lors de mes derniers séjours d'écriture, c'est qu'à Alger
personne ne semble vouloir parler de ce qui se passe à moins de
cinquante kilomètre de la capitale. J'ai aussi eu l'impression
qu'une amnésie s'installe et tous ceux qui sont morts sont oubliés
lentement.
Il est vrai que la population
aspire à la paix et à la tranquillité. Le commerce est
florissant, la sécurité est de plus en plus assurée, les jeunes
veulent s'éclater quand ils le peuvent et bien entendu comme dans
beaucoup de pays du tiers-monde, la corruption et la pauvreté
augmentent.
J'ai envie de faire ce film, aussi parce que je suis cinéaste et
parce qu'il y a un besoin urgent de "sortir" des images de
ce pays, un besoin urgent de fiction, un besoin de cinéma. L'état
de délabrement de la culture et du cinéma en Algérie ces
dernières années est absolument affolant.
Mes amis cinéastes restés au pays
ont survécu comme ils ont pu, coincés entre la menace et
l'inactivité forcée. Les acteurs et les techniciens aussi. Et tous
commencent lentement à espérer une reprise. Les films algériens
ne sont plus présents nulle part. Ils n'existent plu.
L'héroïne de "l'Autre
Monde" est une femme, française et d'origine algérienne. A
travers elle, ainsi que d'autres femmes qu'elle rencontre au cours
de son voyage, je veux rendre hommage aux femmes algériennes dont
le courage n'a eu aucune limite durant ces années de plomb.
Les dialogue du film seront
majoritairement en français, l'héroïne Yasmine ne parlant par
l'arabe. J'ai été surpris de trouver une langue française encore
vivante, utilisée par des jeunes alors qu'officiellement
l'arabisation est totale. Les antennes paraboliques ont joué pour
les algériens un grand rôle d'ouverture vers le monde. Merzak
Allouache.
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