Rencontre avec Hakim Addad,
secrétaire général du Raj
Par M. Laribi
Parmi
les associations qui avaient appelé à la manifestation du 8 août,
nous en avons rencontré une qui milite dans le pays depuis 1993.
Le Raj (rassemblement action jeunesse) est de tous les combats.
Pendant les périodes les plus dangereuses qu’a connu le pays où
toute forme de liberté d’expression était anéantie, le Raj
menaient des campagnes de prévention sur le sida où encore des
conférences sur les droits de l’homme ! Rencontre avec Hakim
Addad, l’actuel secrétaire général du mouvement. |

Une belle brochette d'enRAJés !!
Photo M. Laribi. |
Dans quelles conditions a été crée
le RAJ et qui en étaient les instigateurs ?
Hakim Addad : «en décembre 1991,
le front islamique du salut (FIS) sort vainqueur des élections
législatives -vote qui sera annulé en janvier 1992- c’est à ce moment
là que ceux qui allaient devenir les membres fondateurs du Raj ont
réalisé qu’il y avait dans ce pays un réel problème au niveau de l’information
et de la sensibilisation de la jeunesse algérienne. Cette jeunesse
algérienne de moins de 30 ans représente à elle seule plus de 75% de la
population entière. C’est à la suite de toutes ces prises de
consciences que nous nous sommes réunis pour créer RAJ. Nous étions 22
membres fondateurs, le même nombre que les instigateurs de la révolution
algérienne en 1954 (sourire). Nous étions tous issus de milieux plutôt
défavorisés. La plupart d’entre nous étaient soit étudiants soit
chômeurs. Nous étions donc très représentatifs de cette jeunesse
ligotée dans un pays qui sombrait. Il y avait à l’époque une réelle
nécessité de créer une organisation de jeunes complètement
indépendante de toute autorité que ce soit d’un parti politique ou du
pouvoir lui même. Voilà donc les conditions dans lesquelles le RAJ a
été crée !
Quel est le genre d’actions que vous
menez ?
H.A : le travail des enRAJés
était essentiellement socioculturel les deux premières années. En 1995,
il y a eu une demande très forte de la part des adhérents que le RAJ
prenne position et interpelle le pouvoir politique et l’opposition
concernant les violences dans le pays. Le RAJ entamera donc cette même
année, une campagne nationale en interpellant le pouvoir afin de trouver
une solution à la crise que traversait le pays. Le RAJ lance une
pétition et en un mois et demi, grâce à l’activisme de nos militants,
nous avons récoltés plus de 20 000 signature. La campagne s’est
clôturée avec un grand rassemblement concert où plus de 10 000
spectateurs étaient présents.
| Vous avez décidé de
boycotter le festival de la jeunesse après avoir fait partie du
comité d’organisation, pour quelles raisons vous êtes-vous
retirés et quelles actions avez-vous mené pour le boycotte ?
H.A : L’organisation de ce
festival était en cours depuis deux ans. Nous étions au début
partie prenante de l’organisation pour voir de nos yeux comment ce
festival était préparé par les organisations pro gouvernementales
mais aussi et surtout pour essayer de faire de ce festival une
occasion de parler des réalités de la jeunesse algérienne. |
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Nous nous en sommes retirés parce ces
réalités de la vie du peuple algérien et de la jeunesse en particulier
n’étaient absolument pas prises en compte. Elle aurait dû être
pourtant au centre de tous les débats vu les souffrances qu’elle
traverse.
Il était donc impossible au niveau de notre morale de duper la jeunesse
mondiale venue manifester contre la mondialisation dans un pays où le
gouvernement fonce tête baissées vers un capitalisme à la sauvage en
privatisant tout en bloc, en licenciant des centaines de personnes et en
ouvrant ses marchés aux capitaux étrangers.
Enfin, la raison principale pour laquelle nous avons décidé de faire de
ce carnaval un échec est que nous sommes partie intégrante du mouvement
populaire et citoyen en cours depuis le mois d’avril dernier. Il nous
était donc inconcevable de participer à cette initiative organisée par
et pour le pouvoir au moment même où ce dernier tire sur la population
à balles réelles et réprime sauvagement les algériens qui se
mobilisent pour leurs liberté citoyenne et leur dignité.
Nous avons publié des tracts dans lesquels on dénonçait clairement
cette mascarade et nous avons tenté de les distribuer aux délégations
étrangère de manière pacifiste. Nous nous sommes rendu à l’entrée
de la faculté de Bab Ezzouar où se tenait une conférence dans le cadre
du festival. A peine avions nous commencé à distribuer nos tracts que
les forces de police se sont mis à nous embarquer un par un et nous ont
conduit au commissariat. Après trois heures de garde à vue durant
lesquelles nous avons été frappés et insultés, on nous a finalement
libérés.
Le lendemain nous avons récidivé. Nous ne pouvions évidemment pas rater
la clôture du festival. Nous avons eu beaucoup de mal à distribuer nos
tracts, j’ai donc décidé à un moment donné de rentrer carrément
dans les bus des délégations étrangères pour leurs donner les
prospectus de main à main. Au bout du deuxième bus, les jeunes de la
sécurité du festival se sont jeter sur moi et ont faillis me lyncher.
Les forces de l’ordre sont arrivées ensuite et m’ont traîner au
commissariat d’où j’ai été rapidement libéré. Vous voyez ! dans
un pays où les terroristes, les égorgeurs de femmes et d’enfants, sont
amnistiés, les actes les plus pacifistes sont sévèrement réprimés. Il
faut donc savoir où l’on se place. Nous avons choisi notre camp, c’est
celui du peuple dont nous faisons partie.
Pour la vie et pour l’Algérie, nous lutterons toute notre vie ! »
Propos recueillis par Meriem Laribi
meriemlaribi@yahoo.fr
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