Kadda
Cherif Hadria par lui-même
Né
en 59 dans un quartier populaire d'Oran. Dans une famille plutôt aisée
mais très traditionnelle.
Éducation bâclée car j'entre à l'école au moment de l'islamisation et
de l'arabisation de l'enseignement...Jusque-là l'éducation était
confiée à des coopérants français et des enseignants algériens. Du
jour au lendemain, le pays, (et les écoles) a été envahi de frère
musulmans venus d'Égypte ou d'ailleurs qui ont dispensé une éducation
rigide, limitée et anti-occidentale. Du bourrage de crane qui au mieux
n'intéressait pas l'élève (comme moi qui était devenu rapidement
champion d'école buissonnière), ou au pire commençait à construire la
société divisée, celle de la guerre civile que l'on connaît
actuellement.
Donc l'école de la rue, et musique dans la rue.
A 14 ans, je joue bien de la derbouka, mon père a cassé ma guitare...
On me demande de plus en plus souvent de chanter, partout, dans les
fêtes, les mariages...
Un peu plus grand je vais travailler quelques mois dans un cabaret
d'Alger;, le raï commence, les première cassettes, mais il est hors de
question que j'enregistre ou que je continue cette vie de cabaret. Donc je
ne tente même pas une carrière, laisse tomber toutes les propositions et
me rabats sur le foot.
Je fais monter la petite équipe locale dont je suis capitaine et
défenseur, et même vice-président, en 2° division. Mais le foot
déplait aussi à mon père ! Et d'ailleurs, m^me à un petit niveau d'une
équipe de province, il y a tellement de magouilles, que même moi je
finirai par être dégoûté.
Service militaire, 2 ans dans le Sahara. On me met à la tour de
contrôle. Une catastrophe. rapidement, je crée un groupe avec 3
musiciens et nous devenons les privilégiés du régiment. deux années
très sympas finalement malgré un entraînement militaire incroyablement
rude. Le groupe est bon, nous sommes invités partout, même par la nomenklatura
russe qui sévissait à l'époque en Algérie. (Les Russes sont dans le
pays pour "organiser" l'armée, la médecine et d'autre secteurs
de coopération). On se fait courtiser par les femmes désœuvrées des
officiers rusées ! Mais le retour est rude. je laisse tomber la musique,
je bosse avec mon père, me marie et continue de chanter dans les mariages
Per Gusto, pour la plaisir.
Jusqu'au jour où je craque, à 30 ans, et part vivre en France.
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Je découvre le racisme anti-arabe mais aussi un pays; j'aime la Bretagne
la Pays Basque, la Provence, je ne cesse de découvrir toujours plus de
coins différents et encore plus beaux. L'autre jour Besançon ou la
Corse. Incroyable. Et maintenant ma vie est ici. Il y a ma femme, mon fils
et mon boulot.
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Mon premier boulot, c'est un ami décorateur-metteur en
scène de théâtre, Dominique Colladent, qui me l'a donné. Je devait
chanter a cappella dans l'Othello de Shakespeare (monté par le Théâtre
de la Chamaille à Nantes dans un gigantesque hangar à Bateau). je devait
chanter un chant triste à la fin de la pièce, tout le monde est mort à
la fin de la pièce. Accompagné par un orchestre contemporain de
percussions. assez insensé comme expérience mais le spectacle a eu un énorme
succès (pendant le festival des allumés) et cette première expérience
avec toute une troupe d'acteur, m'a apporté beaucoup. Je ne parlais
presque pas français, il fallait que je me débrouille. Les gens étaient
merveilleux avec moi. J'était totalement paumé je ne savais même pas
qui était Shakespeare. Je disait "J'expire"...
Puis très vite ici j'ai rencontré
Arthur Simon. On a longtemps travaillé dans le garage de ses parents pour
se trouver, s'accorder. Et grâce à des amis, à ma femme, on a eu très
vite l'occasion de faire quelques télés, des musiques de films. ce qui
nous a donné confiance, et personnellement m'a inspiré plein de
morceaux. cette confiance de gens comme Bertrand Blier ou Isy Morgensztern
chez ARTE, me donnait des ailes.
Le groupe s'est créé petit à petit et à très vite commencé à
tourner, puis il y a eu un disque enregistré à la va-vite, produit par
nous même ( ma femme et moi). Mais les tournées marchait fort, les
festival de jazz, de world, un peu tout, ça n'arrêtait pas, on a été
partout, Canada, Brésil, Allemagne, Espagne, etc.
Et puis d'autres musiques de films,
d'autres aventures comme une collaboration avec Steve Coleman dans le
cadre de banlieux bleues, où une télé avec Christophe où on a repris
ensemble les "mots bleus".
Mais tout ça sans, plan sans projet. On
a failli enregistrer plusieurs fois d'autres albums, je ne sais m^me plus
pourquoi ça ne se faisait pas. "Djezair" était mûr depuis
longtemps, on avait même beaucoup trop de morceaux, c'était dur de
choisir, d'autant qu'en route, dans le studio, on a créé 2 ou 3 nouveaux
titres.
C'est un album, je dirait, oriental. Pas spécialement
algérien. il y a des influences de partout, beaucoup du Maroc, mais aussi
de Tunisie, moyen Orient. Les paroles sont abominablement tristes, même
sur les morceaux où l'on a envie de danser, mais c'est un peu une
tradition chez nous. comme le rappelle justement mon copain Maneval,
l'arabe c'est la langue des larmes !
Deux éléments importants se sont
ajouté au groupe pour ce disque. c'est Mustapha Mataoui, clavier,
pianiste, qui a un incroyable talent, une immense culture musicale. il
travaille avec Mami. j'espère faire plus avec lui, lui donner une place
plus grande sur le prochain album. Et aussi Thierry Robin qui un
homme-guitare, il a un son, une créativité, une disponibilité ,
incroyable aussi.
Avec Jean Claude Ghrenassia : on
ne se connaissait pas du tout, il ne m'avait jamais vu en scène avant
qu'on rentre en studio. Il avait écouté des répètes, des maquettes,
des concerts et est tombé amoureux du groupe et des musiques. il a mis en
avant leur interprétation des morceaux tout en canalisant leur verve
créative et impétueuse. j'aimerais faire un autre album avec lui, totalement
conçu et arrangé par lui. On a d'autres choses à faire ensemble. il
faut absolument écouter un arrangement qu'il a fait de "la petite
biche, le loup", chanson de Salvator, chantée par Mami.
La Case B :
Le groupe c'est Arthur Simon
(trompette-arrangeur avec moi depuis le début). C'est avec lui que j'ai
créé le groupe qui s'appelle depuis quelques semaine La Case B car ils
vont signer les arrangements de l'album ( on devait trouver un nom vite
fait. mais c'est bien la Case B non ?).
Donc la case B c'est 6 musiciens ceux qui
sont là depuis le début ou presque. Le noyau dur du groupe en scène /
Arthur Simon.
Hachemi Bellali, bassiste avec une
carrière importante. Travaille avec Idir mais aussi Aït Menguellet,
travaillait avec Matoub Lounès, tous les plus grands. C'est l'aîné du
groupe et notre sagesse, non pas parce que c'est l'aîné mais parce qu'il
est nettement plus zen et plus intelligent que nous tous, enfin que moi en
tous cas.
Nicholas Avril, sax, le plus
jeune. Il est brillant, il a la force tranquille, il est jovial.
Abdenour Djemaï : Guitariste
immense avec une immense culture musicale ; très beau. Grrr
Amar Mohali Djerbouka. une force
aussi. Et il se marre tout le temps il est drôle, chaleureux, sans lui
ça ne va pas, le groupe.
Hervé Le Bouché, batteur,
breton. Hervé est là depuis le début du groupe. il n'avait jamais fait
de musique orientale avant de me rencontrer et il est connu maintenant
dans le raï et travaille avec Mami, Rimitti, Faudel, Akli etc...
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