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Le collectif  " 20 ans barakat " * 
vous invite à prendre part à la soirée de solidarité organisée le vendredi 18 juin à l'Espace Reuilly.
En savoir plus


* ACB, APEL, ASFAD, ATF, MDF Paris, MFPF, Pluri-elles Algérie, RAJFIRE



20 ans :  Une chanson pour dire non à l'injustice faite aux femmes en Algérie !


Sortie en Algérie : le 15 novembre 2003. 
en vente au prix de 100 DA.
Sortie en France : le 4 décembre 2003, disponible en fnac et sur fnac.com ainsi qu'à l'ACB Paris.

Avec : Fettouma Ousliha, Hasna el BechariaNadia Tachaouit, SAM, Samia Diar, Aicha Lebgaa, 
DJURA, Keltoum el Aurassia, Souad Aslaoui-Becasse, Amira, Zora, Zohra Bendaoud, Mamia Cherif, Faraka, Israhn, Kamila Adli , Miana (Cheba Amina), Malia Rabia Asloum , Souad Belhaddad, Biyouna, Zahra N'soumer , Barbara Luna, Annie-Flore Batchiellilys, Akli D, Bazou Yousfi, Mourad et Amirouche.

Consultez les mini-bios des artistes du projet !
20 ans baraket ...le texte de la chanson


Photo de Bruno Hadji


C'est un événement : Pour la première fois, des artistes femmes venues d'Algérie et d'ailleurs chantent ensemble pour dénoncer une loi promulgué en Algérie en 1984 et qui légalise l’infériorisation des femmes. Cette loi   porte un nom: le code de la famille.

En tout 26 interprètes, dont certaines déjà connues du public français chantent avec force et talent la chanson "ouech dek yel cadi" ("eh juge qu'est-ce qui t'as pris") renouvelant ainsi la lutte des femmes d'Algérie qui se battent pour obtenir l’égalité devant la loi entre les femmes et les hommes.

Aux côté des artistes algériennes se sont mêlées les voix superbes d'Annie Flore batchiellilys du Gabon et Barbara Luna d’Argentine qui ont tenue à être présentes et marquer clairement leur soutien. Enfin, pour dire haut et fort qu'il ne s'agit pas d'une histoire de femmes, des chanteurs ont tenu à reprendre en  chœur avec le femmes le refrain final : c'est ensemble que nous changerons les choses.

La chanson "ouech dek yal cadi "  (" eh le juge ! qu’est ce qui t’a pris ?") construite sur une mélodie de base chaâbi (musique populaire algéroise) offre des échappées vers d’autres genres musicaux, selon l’inspiration des chanteuses : polyphonie kabyle, tonalité rap, chant chaoui, tempo africain,   voix du raï et voix du désert.
Tous ces rythmes sont là et démultiplient la force de la chanson. Vous allez entendre une Algérie qui vit et se révolte, qui dit sa lutte sur tous les tons, en arabe, en berbère ou en français.

Cette chanson entraînante donne décidément envie de se battre ensemble !
Comme elles le disent dans la chanson, écoutez la chanson !

Ce CD est une oeuvre collective et a été réalisé par l’association « 20 ans barakat "pour que la chanson batte le tempo de la campagne " le code de la famille 20 ans Barakat" (Barakat = ça suffit)
Car, en Algérie comme partout dans le monde, la chanson est aussi une affaire de femmes : des berceuses aux chansons de mariage, des chants qui disent la dureté de la vie à ceux qui célèbrent les bonheurs de l’amour, des noubas savantes aux rythmes plus actuels, la chanson est un moyen d’expression privilégié. C’est parce que nous savons qu’une chanson vaut parfois 1000 discours, que ce projet est né. Il n’aurait pu se réaliser sans la générosité des artistes, qui y ont participé gracieusement, et sans la conviction partagée par tous qu’il faut toujours se battre contre l’injustice y compris en chantant!

Cette chanson, diffusée simultanément en Algérie et en France, devrait séduire un large public et permettre de placer au cœur des débats la question de la place des femmes dans la société algérienne et du type de société dans lequel nous voulons vivre.
Vaste débat certes, mais comme il est difficile de faire taire une chanson, ce débat a toutes ses chances d'exister.

La chanson est accompagnée d'un clip qui mêle les images des chanteuses prises lors de l'enregistrement à des images d'archives de la lutte des femmes d'Algérie.
Ce clip
de
4'44, dont l'auteur est Aziz Smati a été réalisé par Philippe Roméo et produit par Label vidéo.


Consultez les mini-bios des artistes du projet !
20 ans baraket ...le texte de la chanson


toutes et tous les interprètes se sont engagés sans hésitation et gracieusement dans la réalisation de cette chanson à plusieurs voix. Leur "oui" a fusé, spontané et unanime.


L'appel de campagne Le code de la famille 20 ans Barakat (= ça suffit) !

Il y aura bientôt vingt ans que le Code de la Famille est en vigueur en Algérie. Cette loi de statut personnel institutionnalise depuis 1984 l'infériorisation d’une moitié de la société par rapport à l’autre.

A l'égalité entre les  femmes et les hommes, reconnue dans l’article 29 de la Constitution algérienne, le code de la famille oppose l'inscription dans les textes d'un deuxième collège, d’une sous citoyenneté pour les femmes qui se traduit entre autres par :
- l'obligation pour toute femme d'un tuteur lors du mariage (art. 11) ;
- l'obéissance que doit accorder la femme à son époux en tant que chef de famille (art. 39) ;
- le divorce par la seule volonté du mari qui équivaut à répudiation (art. 48) ;
- l'attribution automatique du logement au père lors du divorce des parents (art. 52) ;
- l'impossibilité pour la femme de demander le divorce sauf situations extrêmes (art. 53) ;
- l'autorité parentale strictement attribuée au père et refusée à la mère (art. 87) ;
- l'impossibilité pour une musulmane d'épouser un non-musulman (art. 31) ;
- la reconnaissance de la polygamie (art. 8) ; 
-
l'inégalité de l'héritage entre les femmes et les hommes  (art. 126 à 183) .

Cette loi s'ajoute à d'autres dispositions inégalitaires de l'arsenal législatif algérien dont le code de la nationalité selon lequel une femme algérienne ne peut transmettre sa nationalité à ses enfants, la transmission ne se faisant que par filiation paternelle.

Ce tissu législatif tramé d'injustices a permis et entretenu la fragilisation de l'ensemble de la société, contribuant à son éclatement. Les massacres de populations, les enlèvements et esclavages sexuels dont des milliers de femmes sont l'objet depuis une dizaine d'années, les viols collectifs perpétrés, comme à Hassi Messaoud en juillet 2001, par des citoyens au-dessus de tout soupçon, et toutes les exactions quotidiennes contre les femmes d'Algérie se nourrissent de ce statut légal qui place officiellement les femmes à la disposition des hommes.

Maintenir ces inégalités c'est bafouer les principes d'égalité entre les personnes, faire injure à la moitié de la population d'Algérie et l'exposer sans aucun recours à des pratiques masculines violentes et mortelles. Maintenir ces inégalités envers et contre tout, c’est étouffer le noyau vital de la société, composé de femmes, d’enfants et d'hommes, qui aspirent profondément à la liberté et à la justice.

Abroger ces dispositions injustes et les remplacer par des lois fondées sur l'égalité des sexes est un début de solution au drame algérien : reconnaître leur valeur aux femmes permettra à leurs enfants et aux hommes de retrouver la leur. Il est temps de proclamer et d’établir l'égalité entre les femmes et les hommes. Il est temps de trouver le courage politique de mettre oeuvre cette égalité. Il est temps d’empêcher le Code de la Famille d’avoir vingt ans.

Nous vous appelons à participer à la campagne "le code de la famille 20 ans Barakat !". Cette campagne s'inscrit dans une lutte, débutée dés les premiers projets proposés à l’Assemblée Nationale, qui reste actuelle, l'abrogation du code étant toujours demandée avec force en Algérie. En effet, même dans les pires années de terreur, pas un 8 mars, journée internationale des femmes, ne s’est déroulé sans que cette revendication ne soit portée par des milliers de voix de femmes en Algérie. 

  Il s'agit aujourd'hui de raviver cette lutte en conjuguant toutes les initiatives que chacune et chacun d'entre nous peut mettre en oeuvre. C’est à toutes les associations, individus, collectifs, organisations qui soutiennent cette revendication d’abrogation du Code de la Famille, de s’approprier à leur manière cette campagne en initiant des actions, animations de leurs choix en toute indépendance. L’idée est de créer un bruit de fond de campagne permanent, porté par différents relais en Algérie bien sûr mais aussi dans tous les pays où cette lutte peut avoir un écho.

La campagne, qui débutera en 2003, se poursuivra en 2004 et pourra prendre différentes formes, l’objectif étant l'abrogation du Code de la Famille.


Contact :

" 20 ans barakat"

c/o "un livre une vie", FOL 21, Rue Claude Bernard, 21 000 Dijon.

Contact : barakat20ansf@yahoo.fr

L'association 20 ans Barakat . Association loi 1901 qui a pour objet (journal officiel 8 février 2003) de
lancer une campagne médiatique destinée à organiser un vaste mouvement d'information sur le code de la famille, loi algérienne qui régit le statut personnel en Algérie, afin d'obtenir son abrogation. Cette loi institutionnalise au détriment des femmes l'inégalité entre les femmes et les hommes. Elle s'oppose à la constitution algérienne qui, elle, ne reconnaît aucune discrimination fondée sur le sexe et la religion.

L'association aura pour mission de rassembler et diffuser des informations, d'organiser des animations, de soutenir les individus, associations ou projets ayant des objectifs similaires .


Libérez les femmes algériennes !
par Arezki Metref
ARTICLE PARU DANS LE JOURNAL LE MONDE DU 10.06.04

Avec le code de la famille de 1984, ce texte de loi scélérat, la majorité féminine de la population algérienne est contenue dans un statut de mineures.

Ahmed Ouyahia, le premier ministre algérien, vendu longtemps par les décideurs comme un jeune cadre puisé dans le vivier moderniste, vient de déclarer tout à trac que le code de la famille - alias code de l'infamie - sera certes amendé, mais sans perdre de vue les principes de "notre religion", l'islam.

La cause est entendue. Il n'est pas meilleur raccourci pour tomber de Charybde en Scylla. Le combat mené depuis deux décennies par des femmes et des hommes pour rendre cohérente la concomitance entre démocratie et droits démocratiques, ceux des femmes passant par l'abrogation de cette compilation d'archaïsmes, est balayé d'une pichenette par un chef du gouvernement qui avait gravi les marches du pouvoir assis sur les baïonnettes anti-intégristes. Preuve que l'on peut barrer la route du pouvoir aux sectateurs de la charia sans prendre le risque de les combattre sur le fond.

Si les femmes algériennes ont encore quelque chose à demander à Allah, c'est de les préserver de leurs amis. Le reste, elles s'en chargent très bien elles-mêmes. Souvent, ces dernières années, des milliers d'entre elles l'ont payé de leur vie.

On savait que la modernité menait à tout mais on ignorait que c'était subordonné à cette condition essentielle : en sortir ! Force est de constater que les pouvoirs algériens successifs depuis l'année orwelienne n'arrivent pas à en sortir. Vingt ans après sa promulgation et son entrée en vigueur le 9 juin 1984, le code de la famille demeure le point nodal de la société algérienne.

En l'élaborant, vingt-deux ans après l'indépendance arrachée aussi grâce aux femmes, chose inévitablement rappelée à la moindre réunion de sa satellitaire UNFA (Union nationale des femmes algériennes), le FLN faisait faire à l'Algérie un bond en arrière de quelques siècles. L'aile la plus rétrograde du pouvoir algérien, l'œil rivé sur les temps de l'obscurité, profitait du climat délétère du règne blafard de Chadli Bendjedid pour décocher la flèche empoisonnée qu'elle n'a même pas sortie de son fourreau du temps de la dictature de Boumediène.

La politique de ce dernier, arrivé au pouvoir par un putsch en juin 1965, manquait notablement de souplesse démocratique, mais le sens de l'égalité restait suffisamment fort pour que, à plusieurs reprises entre 1966 et 1979, les conservateurs essuient des rebuffades dans leur tentative de faire adopter ce qui deviendra le code de la famille.

Prétendant ressourcer aux traditions un pays tenté par la perdition occidentaliste, le code de la famille ne faisait rien moins que formaliser en droit l'infériorité du statut de la femme par rapport à celui de l'homme. La femme étant le démon, il convient de la protéger de bonne foi, et d'abord contre elle-même.

S'il était parvenu au pouvoir, le Front islamique du salut (FIS) n'aurait pas fait pire. Plus de quatorze siècles après l'avènement de l'islam, le code de la famille à l'algérienne remettait d'une certaine manière les compteurs à zéro. Il rendait légal ce qui était licite contre la femme : polygamie, mise sous tutorat, déni des droits à la succession. Les femmes ne peuvent se marier librement. Le droit au divorce leur est interdit. L'épouse peut se faire expulser du domicile conjugal quand l'époux décide de divorcer.

Il fallait fermer la parenthèse de la guerre de libération dont les nécessités pratiques et idéologiques abolissaient la suprématie masculine. La supériorité de l'homme, légitimée par une lecture fondamentaliste de l'islam, ne pouvait tirer une quelconque justification de l'inégalité des comportements face aux dangers de la guerre. La femme peut même davantage faire preuve d'héroïsme que l'homme. Mais ce qui vaut en temps d'exception ne saurait être la règle.

Avec ce texte de loi scélérat, la majorité féminine de la population algérienne est contenue dans un statut de mineures. Et comme les paradoxes coûtent moins cher au conservatisme islamisant que l'expression du talent des femmes à améliorer le vécu social, y compris et surtout celui des hommes, on remarquera à peine que ces femmes qu'on relègue dans un statut d'infra-citoyennes sont les piliers de secteurs névralgiques comme l'éducation et la santé.

Si, comme le projetaient les stratèges du FIS au cas où ils tiendraient les rênes du pouvoir, les femmes étaient renvoyées à leurs casseroles et à leurs couches pour "procréer des croyants", selon la sentence d'Ali Belhadj, un hôpital sur deux et une école sur deux ne seraient plus en mesure de fonctionner en Algérie.

Le code de la famille poussé à sa dernière rigueur, cela donne l'Afghanistan des talibans. Les simili-imams qui ont gravé noir sur blanc, avec le sceau de la république en prime, l'infériorité de la femme sur l'homme au nom d'un islam bidouillé en code pénal oublient à dessein que les femmes algériennes, à l'instar de leurs sœurs des sociétés musulmanes, sont partout où l'humanité bouge pour se rendre meilleure. Elles sont ouvrières, professeurs, chercheuses, médecins, maires, ministres. Elles sont là où la modernité s'élabore et se concrétise. Elles sont là où, parfois, l'homme ne sait pas être.

Rien ne justifie, vingt ans après son adoption en catimini, que le code de la famille ne soit pas abrogé. L'Algérie demeure, avec ce boulet, le dernier pays d'Afrique du Nord à pratiquer une politique névrotique à l'égard de la femme, discriminée et humiliée. La Tunisie reconnaît de longue date, grâce au volontarisme de Bourguiba, le statut de citoyennes aux femmes. En janvier 2004, le Maroc de Mohammed VI a modifié la législation en faveur des droits des femmes.

Pourquoi l'Algérie reste-elle, à l'égard des femmes, dans la contradiction avec sa propre Constitution, qui stipule sans aucune équivoque l'égalité des citoyens "sans discrimination de sexe, de race ou de religion" ? Il en est sans doute ainsi autant par la prégnance de l'islam dans la société elle-même que par le fait que le conservatisme sur ce point n'est pas dans le camp exclusif des conservateurs. Les forces politiques se réclamant de la modernité - qui se battent, en fait, pour la démocratie - ne font pas de la lutte contre les inégalités entre hommes et femmes la clé de voûte de leur action. Pourtant, aucune ouverture sur le monde d'aujourd'hui n'est possible si la moitié de la population d'un pays reste considérée comme inférieure à l'autre moitié.

Les traditions islamiques, conjuguées au legs sociétal méditerranéen, placent dans la femme l'honneur de l'homme. L'évolution de la société algérienne, sous les électrochocs de la violence politique, montre que la réalité va plus vite que les mentalités et le droit.

L'honneur, aujourd'hui, pour les hommes au pouvoir, c'est de cesser de demander qu'on cache ce sein qu'ils ne sauraient voir. Il faut qu'ils entendent ces femmes qui crient : "Vingt ans, barakat !", "Ça suffit !".

Arezki Metref,
Écrivain algérien, vit en France depuis 1994.