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Cette
chanson entraînante donne décidément envie de se battre ensemble !
Comme elles le disent dans la chanson, écoutez la chanson !
Ce
CD est une oeuvre collective et a été réalisé par l’association «
20 ans
barakat "pour que la chanson batte le tempo de la campagne
" le code de la
famille 20 ans Barakat" (Barakat = ça suffit)
Car, en Algérie comme partout dans le monde, la chanson est
aussi une affaire de femmes : des berceuses aux chansons de mariage, des
chants qui disent la dureté de la vie à ceux qui célèbrent les
bonheurs de
l’amour, des noubas savantes aux rythmes plus actuels, la chanson est
un
moyen d’expression privilégié. C’est parce que nous savons
qu’une chanson
vaut parfois 1000 discours, que ce projet est né. Il n’aurait pu se réaliser
sans la générosité des artistes, qui y ont participé gracieusement,
et sans
la conviction partagée par tous qu’il faut toujours se battre contre
l’injustice y compris en chantant!
Cette
chanson, diffusée simultanément
en Algérie et
en France, devrait séduire un large public et permettre de placer au
cœur des débats la question de la place des femmes dans la société
algérienne et du type de société dans lequel nous voulons vivre.
Vaste débat
certes, mais comme il est difficile de faire taire une chanson, ce débat
a
toutes ses chances d'exister.
La
chanson est accompagnée d'un clip qui mêle les images des
chanteuses
prises lors de l'enregistrement à des images d'archives de la lutte des
femmes d'Algérie.
Ce clip de 4'44, dont
l'auteur est Aziz Smati a été réalisé par Philippe Roméo
et produit par Label vidéo.
Consultez
les mini-bios des artistes du projet !
20
ans baraket ...le texte de la chanson
toutes et tous les interprètes
se sont engagés sans hésitation et
gracieusement dans la réalisation de cette chanson à plusieurs voix.
Leur "oui" a fusé, spontané et unanime.
L'appel
de campagne Le code de la famille 20 ans Barakat (= ça suffit) !
Il y aura bientôt vingt ans que le Code de la Famille est en vigueur en
Algérie.
Cette loi de statut personnel institutionnalise depuis 1984
l'infériorisation d’une moitié de la société par rapport à
l’autre.
A
l'égalité entre les femmes
et les hommes, reconnue dans l’article 29 de la
Constitution algérienne, le code de la famille oppose l'inscription
dans les
textes d'un deuxième collège, d’une sous citoyenneté pour les
femmes qui se
traduit entre autres par :
- l'obligation pour toute femme d'un tuteur lors du
mariage (art. 11) ;
- l'obéissance que doit accorder la femme à son époux en
tant que chef de famille (art. 39) ;
- le divorce par la seule volonté du mari
qui équivaut à répudiation (art. 48) ;
- l'attribution automatique du logement
au père lors du divorce des parents (art. 52) ;
- l'impossibilité pour la
femme de demander le divorce sauf situations extrêmes (art. 53) ;
- l'autorité
parentale strictement attribuée au père et refusée à la mère (art.
87) ;
- l'impossibilité pour une musulmane d'épouser un non-musulman (art.
31) ;
- la
reconnaissance de la polygamie (art. 8) ;
- l'inégalité de l'héritage entre
les femmes et les hommes (art.
126 à 183) .
Cette
loi s'ajoute à d'autres dispositions inégalitaires de l'arsenal
législatif algérien dont le code de la nationalité selon lequel une
femme
algérienne ne peut transmettre sa nationalité à ses enfants, la
transmission
ne se faisant que par filiation paternelle.
Ce
tissu législatif tramé d'injustices a permis et entretenu la
fragilisation de l'ensemble de la société, contribuant à son éclatement.
Les
massacres de populations, les enlèvements et esclavages sexuels dont
des
milliers de femmes sont l'objet depuis une dizaine d'années, les viols
collectifs perpétrés, comme à Hassi Messaoud en juillet 2001, par des
citoyens au-dessus de tout soupçon, et toutes les exactions
quotidiennes
contre les femmes d'Algérie se nourrissent de ce statut légal qui
place
officiellement les femmes à la disposition des hommes.
Maintenir
ces inégalités c'est bafouer les principes d'égalité entre les
personnes, faire injure à la moitié de la population d'Algérie et
l'exposer
sans aucun recours à des pratiques masculines violentes et mortelles.
Maintenir ces inégalités envers et contre tout, c’est étouffer le
noyau
vital de la société, composé de femmes, d’enfants et d'hommes, qui
aspirent
profondément à la liberté et à la justice.
Abroger
ces dispositions injustes et les remplacer par des lois fondées sur
l'égalité des sexes est un début de solution au drame algérien :
reconnaître
leur valeur aux femmes permettra à leurs enfants et aux hommes de
retrouver
la leur. Il est temps de proclamer et d’établir l'égalité entre les
femmes
et les hommes. Il est temps de trouver le courage politique de mettre
oeuvre cette égalité. Il est temps d’empêcher le Code de la Famille
d’avoir
vingt ans.
Nous
vous appelons à participer à la campagne "le code de la famille
20 ans
Barakat !". Cette campagne
s'inscrit dans une lutte, débutée dés les
premiers projets proposés à l’Assemblée Nationale, qui reste
actuelle,
l'abrogation du code étant toujours demandée avec force en Algérie.
En
effet, même dans les pires années de terreur, pas un 8 mars, journée
internationale des femmes, ne s’est déroulé sans que cette
revendication ne
soit portée par des milliers de voix de femmes en Algérie.
Il s'agit aujourd'hui de raviver cette lutte en conjuguant toutes les
initiatives que chacune et chacun d'entre nous peut mettre en oeuvre.
C’est à
toutes les associations, individus, collectifs, organisations qui
soutiennent cette revendication d’abrogation du Code de la Famille, de
s’approprier à leur manière cette campagne en initiant des actions,
animations de leurs choix en toute indépendance. L’idée est de créer
un
bruit de fond de campagne permanent, porté par différents relais en
Algérie
bien sûr mais aussi dans tous les pays où cette lutte peut avoir un écho.
La
campagne, qui débutera en 2003, se poursuivra en 2004 et pourra prendre
différentes formes, l’objectif étant l'abrogation du Code de la
Famille.
Contact
:
" 20 ans barakat"
c/o "un livre une vie", FOL 21, Rue
Claude Bernard, 21 000 Dijon.
Contact
: barakat20ansf@yahoo.fr
L'association
20 ans Barakat
. Association loi 1901 qui a pour objet (journal officiel 8 février
2003) de
lancer une campagne médiatique destinée à organiser un vaste
mouvement
d'information sur le code de la famille, loi algérienne qui régit le
statut
personnel en Algérie, afin d'obtenir son abrogation. Cette loi
institutionnalise au détriment des femmes l'inégalité entre les
femmes et
les hommes. Elle s'oppose à la constitution algérienne qui, elle, ne
reconnaît aucune discrimination fondée sur le sexe et la religion.
L'association
aura pour mission de rassembler et diffuser des informations,
d'organiser des animations, de soutenir les individus, associations ou
projets ayant des objectifs similaires
.
Libérez
les femmes algériennes !
par Arezki Metref
ARTICLE PARU DANS LE JOURNAL LE
MONDE DU 10.06.04
Avec le code de la famille de 1984, ce texte de loi scélérat, la
majorité féminine de la population algérienne est contenue dans un
statut de mineures.
Ahmed
Ouyahia, le premier ministre algérien, vendu longtemps par les décideurs
comme un jeune cadre puisé dans le vivier moderniste, vient de déclarer
tout à trac que le code de la famille - alias code de l'infamie - sera
certes amendé, mais sans perdre de vue les principes de "notre
religion", l'islam.
La
cause est entendue. Il n'est pas meilleur raccourci pour tomber de
Charybde en Scylla. Le combat mené depuis deux décennies par des
femmes et des hommes pour rendre cohérente la concomitance entre démocratie
et droits démocratiques, ceux des femmes passant par l'abrogation de
cette compilation d'archaïsmes, est balayé d'une pichenette par un
chef du gouvernement qui avait gravi les marches du pouvoir assis sur
les baïonnettes anti-intégristes. Preuve que l'on peut barrer la route
du pouvoir aux sectateurs de la charia sans prendre le risque de les
combattre sur le fond.
Si
les femmes algériennes ont encore quelque chose à demander à Allah,
c'est de les préserver de leurs amis. Le reste, elles s'en chargent très
bien elles-mêmes. Souvent, ces dernières années, des milliers d'entre
elles l'ont payé de leur vie.
On
savait que la modernité menait à tout mais on ignorait que c'était
subordonné à cette condition essentielle : en sortir ! Force est de
constater que les pouvoirs algériens successifs depuis l'année
orwelienne n'arrivent pas à en sortir. Vingt ans après sa promulgation
et son entrée en vigueur le 9 juin 1984, le code de la famille demeure
le point nodal de la société algérienne.
En
l'élaborant, vingt-deux ans après l'indépendance arrachée aussi grâce
aux femmes, chose inévitablement rappelée à la moindre réunion de sa
satellitaire UNFA (Union nationale des femmes algériennes), le FLN
faisait faire à l'Algérie un bond en arrière de quelques siècles.
L'aile la plus rétrograde du pouvoir algérien, l'œil rivé sur les
temps de l'obscurité, profitait du climat délétère du règne blafard
de Chadli Bendjedid pour décocher la flèche empoisonnée qu'elle n'a même
pas sortie de son fourreau du temps de la dictature de Boumediène.
La
politique de ce dernier, arrivé au pouvoir par un putsch en juin 1965,
manquait notablement de souplesse démocratique, mais le sens de l'égalité
restait suffisamment fort pour que, à plusieurs reprises entre 1966 et
1979, les conservateurs essuient des rebuffades dans leur tentative de
faire adopter ce qui deviendra le code de la famille.
Prétendant
ressourcer aux traditions un pays tenté par la perdition
occidentaliste, le code de la famille ne faisait rien moins que
formaliser en droit l'infériorité du statut de la femme par rapport à
celui de l'homme. La femme étant le démon, il convient de la protéger
de bonne foi, et d'abord contre elle-même.
S'il
était parvenu au pouvoir, le Front islamique du salut (FIS) n'aurait
pas fait pire. Plus de quatorze siècles après l'avènement de l'islam,
le code de la famille à l'algérienne remettait d'une certaine manière
les compteurs à zéro. Il rendait légal ce qui était licite contre la
femme : polygamie, mise sous tutorat, déni des droits à la succession.
Les femmes ne peuvent se marier librement. Le droit au divorce leur est
interdit. L'épouse peut se faire expulser du domicile conjugal quand l'époux
décide de divorcer.
Il
fallait fermer la parenthèse de la guerre de libération dont les nécessités
pratiques et idéologiques abolissaient la suprématie masculine. La supériorité
de l'homme, légitimée par une lecture fondamentaliste de l'islam, ne
pouvait tirer une quelconque justification de l'inégalité des
comportements face aux dangers de la guerre. La femme peut même
davantage faire preuve d'héroïsme que l'homme. Mais ce qui vaut en
temps d'exception ne saurait être la règle.
Avec
ce texte de loi scélérat, la majorité féminine de la population algérienne
est contenue dans un statut de mineures. Et comme les paradoxes coûtent
moins cher au conservatisme islamisant que l'expression du talent des
femmes à améliorer le vécu social, y compris et surtout celui des
hommes, on remarquera à peine que ces femmes qu'on relègue dans un
statut d'infra-citoyennes sont les piliers de secteurs névralgiques
comme l'éducation et la santé.
Si,
comme le projetaient les stratèges du FIS au cas où ils tiendraient
les rênes du pouvoir, les femmes étaient renvoyées à leurs
casseroles et à leurs couches pour "procréer des croyants",
selon la sentence d'Ali Belhadj, un hôpital sur deux et une école sur
deux ne seraient plus en mesure de fonctionner en Algérie.
Le
code de la famille poussé à sa dernière rigueur, cela donne
l'Afghanistan des talibans. Les simili-imams qui ont gravé noir sur
blanc, avec le sceau de la république en prime, l'infériorité de la
femme sur l'homme au nom d'un islam bidouillé en code pénal oublient
à dessein que les femmes algériennes, à l'instar de leurs sœurs des
sociétés musulmanes, sont partout où l'humanité bouge pour se rendre
meilleure. Elles sont ouvrières, professeurs, chercheuses, médecins,
maires, ministres. Elles sont là où la modernité s'élabore et se
concrétise. Elles sont là où, parfois, l'homme ne sait pas être.
Rien
ne justifie, vingt ans après son adoption en catimini, que le code de
la famille ne soit pas abrogé. L'Algérie demeure, avec ce boulet, le
dernier pays d'Afrique du Nord à pratiquer une politique névrotique à
l'égard de la femme, discriminée et humiliée. La Tunisie reconnaît
de longue date, grâce au volontarisme de Bourguiba, le statut de
citoyennes aux femmes. En janvier 2004, le Maroc de Mohammed VI a modifié
la législation en faveur des droits des femmes.
Pourquoi
l'Algérie reste-elle, à l'égard des femmes, dans la contradiction
avec sa propre Constitution, qui stipule sans aucune équivoque l'égalité
des citoyens "sans discrimination de sexe, de race ou de
religion" ? Il en est sans doute ainsi autant par la prégnance de
l'islam dans la société elle-même que par le fait que le
conservatisme sur ce point n'est pas dans le camp exclusif des
conservateurs. Les forces politiques se réclamant de la modernité -
qui se battent, en fait, pour la démocratie - ne font pas de la lutte
contre les inégalités entre hommes et femmes la clé de voûte de leur
action. Pourtant, aucune ouverture sur le monde d'aujourd'hui n'est
possible si la moitié de la population d'un pays reste considérée
comme inférieure à l'autre moitié.
Les
traditions islamiques, conjuguées au legs sociétal méditerranéen,
placent dans la femme l'honneur de l'homme. L'évolution de la société
algérienne, sous les électrochocs de la violence politique, montre que
la réalité va plus vite que les mentalités et le droit.
L'honneur,
aujourd'hui, pour les hommes au pouvoir, c'est de cesser de demander
qu'on cache ce sein qu'ils ne sauraient voir. Il faut qu'ils entendent
ces femmes qui crient : "Vingt ans, barakat !", "Ça
suffit !".
Arezki
Metref,
Écrivain algérien, vit en France
depuis 1994.
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