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L'actu. de PlaNet DZ

 

                                            

        

 


"Band of Gnawa"

Essaouira / Paris Juin 2007

 

Création musicale de Loy Ehrlich avec 5 musiciens gnawa et 4 musiciens d’influence pop rock dont :

Loy Ehrlich initiateur et directeur du projet,
aux claviers et au gumbasse.

Louis Bertignac (Téléphone, Les Visiteurs),
à la guitare.

Cyril Atef (Bumcello, M)
à la batterie, et aux percussions.

Akram Sedkaoui (M' Source)
au chant.

Saïd Boulhimas jeune maâlem d’Essaouïra
au Gumbri.

Ait Salah, Mohammed Amine El Allouki, Mohammed Boumazzough et Abdellatif Ramni
aux choeurs et aux percussions…

 

Band of Gnawa évoque le fameux groupe "Band of Gypsies" crée par Jimi Hendrix en 1969.
De nombreux artistes et groupes des années 70, tels que Hendrix, Led Zeppelin, les Beatles ont été directement influencés par les musiques d’Afrique, du Maghreb et particulièrement par celles des Gnawa. En même temps que ce courant musical n'a rien perdu de sa modernité, les musiques Gnawa sont devenues de plus en plus populaires.

Travailler une fusion entre les musiques Gnawa et ces musiques occidentales est le désir de Loy Ehrlich à travers ce projet de création.

“Musicien d'une grande finesse, à la sensibilité à fleur de peau, il est parmi les pionniers de la fusion africaine. Il est membre de West African Cosmos dans les années 1975-76 et contribue à faire décoller la carrière de Touré Kunda au début des années 1980. Loy est de ces magiciens du son qui ont ouvert les oreilles occidentales à la musique des autres.”
(François Bensignor)

Loy, aujourd’hui membre de Hadouk trio avec Steve Shehan et Didier Malherbe, est l’un des trois directeurs artistiques du Festival d’Essaouira depuis 2000.

Band of Gnawa c'est

- 1 résidence d'artistes du 3 au 9 juin 2007 qui réunira tous ces musiciens à Essaouïra.

- 1 concert le 21 juin au Festival Gnaoua et Musiques du Monde à Essaouira
"Band of Gnawa" donnera sa première représentation publique sur une grande scène du Festival Gnaoua et Musiques du Monde à Essaouira, à l'occasion de la célébration des 10 ans du festival et de la fête de la musique.

- 1 concert le 27 juin 2007 au Cabaret Sauvage à Paris en écho au Festival Gnaoua d'Essaouira.

- 1 CD / DVD qui retracera les temps forts et “les dessous” de la résidence et des concerts.

-
1 site Web, pour suivre le projet, : www.myspace.com/bandofgnawa


Les Artistes du Band

LOY EHRLICH - initiateur et directeur artistique du projet
Né à Paris en 1950, c'est à l'age de 5 ans qu'il pénètre le monde musical par le biais du piano.
Et c'est en 1971, lors d' un voyage au Maroc où il découvre la musique Gnawa sur la place Jemaâ el Fna de Marrakech, que sa décision de devenir musicien se confirme. Il participe dans les années 70 au courant rock alternatif avec Gong et Higelin et très vite se tourne vers les musiques africaines avec le groupe West African Cosmos. Durant les années 80 il joue, dans le monde entier, avec les plus grands groupes africains : Touré Kunda, Youssou N'Dour, Geoffrey Oryema ainsi qu'avec Louis Bertignac et les Visiteurs. Depuis une quinzaine d'années il se consacre à sa musique en tant que compositeur et producteur et devient un musicien polyvalent par la pratique intensive du Gumbri (la basse gnawa) et de la Kora (harpe africaine).Il est membre du "Hadouk trio " dont il est également le producteur artistique et est directeur artistique du Festival d'Essaouira depuis l'an 2000.

LOUIS BERTIGNAC
Louis Bertignac est l'un des plus grands guitaristes français. Né à Oran, le 23 février 1954, il passe son enfance à Paris et étudie la guitare très tôt. il rencontre Corine Marienneau et Richard Kolinka, au début des années 70 et Jean-Louis Aubert, un peu plus tard. La suite, le monde entier la connaît : le groupe Téléphone et sa carrière époustouflante. Louis travaille avec Higelin et au sein des Shakin'Street, groupe qu'il forme avec Corine et Eric Levy, juste avant Téléphone. A la mort du groupe en 1986, Louis et Corine partent ensemble vers de nouvelles aventures. Ainsi naît Louis Bertignac et les Visiteurs, le premier album connaît un vif succès, avec notamment le titre “Ces idées-là”. Louis tend plus vers une carrière solo, qu'il concrétise avec “Elle et Louis”, son premier album, en 93. Après une tournée et la rencontre avec Etienne Roda-Gil en 96, un nouvel opus sort, suivi lui aussi, d'une tournée. En 98, un double live, regroupant ses meilleurs titres sur scène, paraît. En 2002, Louis Bertignac collabore avec Carla Bruni sur son 1er album “Quelqu'un m'a dit”. Trois ans plus tard il signe l'album “Longtemps”. Il vient de terminer la réalisation du nouvel album de Carla Bruni.

CYRIL ATEF
D'origine franco-irano-germano-américaine, Cyril Atef est batteur percussionniste mais surtout musicien né. De son enfance musicale berlinoise à sa progression au Percussion Institut of Technology de Los Angeles, en passant par le Berklee College of Music de Boston. Les années 90 sont celles de la révélation pour cet énergumène du rythme. Complice de Princess Erika pendant plusieurs années, la musique l'a fait jouer aux côtés d'artistes de tous styles confondus : Julien Lourau, Cheb Mami, L'Orchestre National de Barbès, Brigitte Fontaine, Alain Bashung ou encore Gnawa Njoum Experience. Aujourd'hui après de nombreux concerts, la consécration est au rendez-vous ; son duo BUMCELLO qu'il fonde en avril 1999 avec Vincent Ségal trouve son public avec quatre albums au compteur et il joue avec -M- une figure emblématique de la scène pop-rock-chanson française actuelle.

AKRAM SEDKAOUI
Né en 1968 et de nationalité tunisienne il est depuis les année 90 l'une des figures emblématiques du
chant sur la Côte d'Azur. Artiste complet, il est auteur, compositeur et interprète. Surnommé « The
Golden voice » par Bono, chanteur de U2, la voix d'AKRAM est chaude, légèrement éraillée, et sa force d'interprétation est exceptionnelle. Polyglotte, il chante en anglais, français, arabe, italien et espagnol. AKRAM a chanté lors de «boeufs» aux côtés de pointures mondiales telles que : Terence Trent D'Arby, Garou, Dave Stewart, Sinead O'Connor, Bono ... En 2000, Il rejoint le groupe M'SOURCE, et sort l'album « BHAVA» en 2002, puis « ELHAYETT» en 2004.

SAID BOULHIMAS
Né en 1980 à Essaouira il a pu suivre dès sa plus tendre enfance une initiation complète aux rituels
de la confrérie des Gnawa et se hisser au rang de Maâlem (maître) gnawi. Issu de la nouvelle génération de musiciens qui allient une profonde connaissance de la culture traditionnelle marocaine et une ouverture sur tous ces rythmes venus d'ailleurs qui si souvent ont soufflés sur sa ville natale. Si Loy Ehrlich a choisi de travailler avec lui, plus particulièrement qu'avec un maître plus réputé, c'est justement pour son ouverture, sa souplesse et sa créativité, en plus de sa virtuosité. Saïd a déjà participé au festival d'Essaouira en 2003. Il est le lauréat 2006 du concours des “jeunes talents Gnawa”.


 

Interview de Loy Erhlich
par Ourida Yaker, Sophie Bachelier, Sabine Grenard à Paris le 12 décembre 2006

Raconte-nous ta rencontre avec le Maroc
J'ai découvert le Maroc durant un périple que j'ai vécu pendant des années un peu loufoques, quand j'avais une vingtaine d'années, c'était les années 70. J'ai pris, un peu par hasard, un avion de Rome pour rejoindre une copine qui était à Essaouira, tiens Essaouira justement !… C'était début 1972, j'ai débarqué à Casablanca comme ça, sans un sou en poche, j'ai pris le bus pour Essaouira, et j'ai été complètement émerveillé !
J'ai vécu là-bas pendant six mois, à l'époque où il y avait beaucoup de gens comme moi - des hippies - et j'ai
découvert un monde que je ne soupçonnais pas.

Qu'est-ce qui t'as tant émerveillé ?
C'est surtout le changement de décor. J'avais grandi dans la banlieue parisienne un peu triste des années 60 et participé à tout le mouvement de 68, je passais mon bac à l'époque, et donc j'avais soif d'un idéal qui pour moi était un peu inaccessible. J'avais des petits livres sur l'Afrique, je rêvais d'exotisme et de voyages lointains et c'était mon premier voyage en Afrique. Je suis passé d'un monde à l'autre de manière un peu brutale et j'ai découvert un monde dans lequel je me sentais libre. Là-bas, j'avais l'impression que tout le monde était un peu comme moi : pauvre, s'habillant avec des vêtements en couleur, fumant des substances illicites… J'ai également découvert qu'au Maroc on écoutait la même musique que moi j'écoutais en France, en étant un rebelle, c'est-à dire Cream, Hendrix, les Beatles, les Stones… Il y avait un mélange incroyable entre les Marocains et l'afflux de jeunes voyageurs qu'on appelait hippies. Cette osmose entre les deux mondes a été un véritable révélateur pour moi. Je me sentais très à l'aise, au point où j'ai vécu six mois là-bas sans argent en découvrant une nouvelle culture.

Etais-tu déjà musicien ?
Non… Le Maroc a eu pour moi un impact important. L'impact majeur, je pense, a été de me faire prendre conscience que j'étais musicien, que je pouvais donner quelque chose, transmettre la musique. Quand je suis arrivé là-bas j'adorais la musique, mais je cherchais ma voie. Je m'en suis rendu compte en découvrant les gnawa à Marrakech et en ressentant quelque chose de très fort à travers leur musique.
Je n'ai pas entendu la musique des gnawa à Essaouira parce qu'à l'époque c'était un rituel très privé et peu accessible. Par contre à Marrakech, depuis de très nombreuses années, il y a une tradition qui veut que sur la place Jamaa el Fna il y a des gnawa qui jouent tous les soirs. J'ai craqué sur cette musique car elle faisait le lien entre le blues, que j'avais connu petit, qui est à la source du rock et ces musiques africaines qui devaient être en moi depuis très longtemps, peut-être par mes origines… Je crois qu'on a tous des origines africaines. En Afrique, il y a quelque chose de primordial au niveau de la musique que tout le monde ressent et j'ai ressenti quelque chose de très puissant. J'ai senti que je pouvais relayer cette énergie et c'est en revenant du Maroc que j'ai pris la décision de devenir musicien.

Raconte-nous ta rencontre avec le festival d'Essaouira, pour lequel tu agis justement comme un relais.
J'ai reçu, il y a 10 ans quasiment jour pour jour, un appel de Pascal Amel que je ne connaissais pas. Il m'a dit :«on organise un festival à Essaouira sur la musique gnawa, est-ce que tu veux venir ?».
Bien évidemment j'ai répondu oui. Pourquoi moi ? Parce que depuis 20 ans - depuis cette fameuse rencontre
avec le Maroc - j'ai fait mon petit chemin dans la musique et principalement avec des musiciens africains. Je me suis mis à jouer du gumbri, j'ai une histoire qui s'est tramée avec les gnawa, je me suis approprié l'instrument en jouant avec des maâlem et en faisant mes propres albums. Je pense que les organisateurs ont entendu parler de moi parce que je faisais partie à l'époque de ces rares musiciens qui étaient branchés avec les gnawa. Le premier festival… c'était tout petit, comme une fête de village, avec une petite sono sur la place. L'année suivante on m'a rappelé, j'étais étonné mais ravi, ayant déjà pris mon pied lors de la première édition ! Il y avait plus de monde, la sauce commençait à prendre, mais il y avait un réel problème de direction musicale. C'est là que Neila Tazi et Soundouss El Kasri, les directrices du festival m'ont demandé de prendre la direction artistique. J'ai reçu cela comme un signe de mon histoire avec les gnawa, mais j'ai pas mal hésité en me demandant dans quel traquenard j'allais me mettre à assurer la direction artistique d'un festival, au Maroc!… moi qui était tranquille à faire ma musique. Mais en fait, je n'ai pas trop tergiversé et j'ai accepté la perche qui m'était tendue !

En restant sur les trames de ton histoire avec les gnawa, tu élabores en ce moment un projet personnel avec eux pour les 10 ans du festival.

On avait envie de marquer le coup. Nous sommes maintenant trois directeurs artistiques, tous musiciens : Karim Ziad, Abdeslam Alikane et moi. J'ai pensé que ce serait une bonne chose que chacun de nous monte sur scène avec son projet, que chacun soit l'instigateur d'une fusion avec des musiciens d'horizons divers. J'ai un projet qui me tient à coeur depuis longtemps en référence directe avec mon histoire. Il s'agit d'une fusion entre des gnawa et des musiciens occidentaux qui joueraient, pour une partie en tout cas, des standards des années 70 ; cette époque qui a marqué toute la musique qu'on entend jusqu'à maintenant. Comme j'ai grandi avec cette musique, ça me paraissait logique qu'elle soit au coeur de ce projet que j'ai appelé «Band of Gnawa» en hommage à Hendrix qui est passé à Essaouira et qui a fait cet album «Band of Gypsies». C'est un peu une manière de donner le ton à ce projet. Je suis en train de sélectionner certains morceaux d'Hendrix, de Led Zeppelin, des Stones qui pourraient être joués avec les gnawa.

Peux-tu nous expliquer ce qu'est la musique gnawa et d'où elle vient ?
La musique gnawa a cette particularité d'être déjà une fusion. C'est peut-être pour cela que les gnawa ont cette facilité avec les musiques du monde entier, ce que n'ont pas d'autres cultures traditionnelles. C'est une fusion entre les musiques subsahariennes, de certaines ethnies du Mali (les confréries des chasseurs et guérisseurs), de Mauritanie, du Soudan, du Niger avec les musiques du Maghreb dans leur diversité c'est-à-dire les musiques berbère, arabe, arabo-andalouse… Il y a des grandes théories là-dessus et les musicologues ne sont pas tous d'accord. Mais tous s'accordent sur le fait que c'est une musique apportée principalement par les esclaves noirs qui ont traversé le désert il y a quelques centaines d'années et qui sont arrivés avec les caravanes commerciales au Maroc. Ils l'ont amenée avec eux, de la même manière que l'ont fait les bluesmen américains, c'est la même histoire sauf que ce n'est pas la même destination et pas le même mélange. Il y a eu un syncrétisme avec l'Islam et ils ont amené avec eux cette énorme tradition du Mali, du nord de l'empire Mandingue et de l'Afrique subsaharienne. Les gnawa c'est le résultant de ce mélange à 80% africain et 20% maghrébin, pour simplifier. Pour revenir au projet, il y a un rapport entre le blues - dû au syncrétisme du monde animiste avec le monde chrétien et les musiques européennes - et la musique gnawa, issue elle, du syncrétisme avec l'islam et les musiques du Maghreb. On y on retrouve la même gamme, les mêmes accents. Et c'est pour cela que le projet de mélanger des musiques gnawa et des musiques par extension « rock » - puisque le rock vient du blues - n'est pas une hérésie. On reste dans quelque chose qui a du sens, à mon avis, dans la mesure où on considère que cette société moderne que l'on vit a un sens, il y a un sens à réunir le gnawi et le blues et donc le rock'n'roll.
Mais tout ça vient de l'Afrique…On retourne toujours à l'Afrique !

Il y a un morceau en particulier qui te tient à coeur pour ce projet ?
Il y en a plein, et ce qui va déterminer le choix c'est la manière dont cela se passera musicalement entre nous.
J'ai vraiment envie de jouer « Come Together » des Beatles que j'aime beaucoup et sur lequel il me semble
assez facile d'intégrer une rythmique gnawa. Ce que je voudrais faire c'est qu'on puisse retrouver les morceaux originaux et qu'en même temps ce soit une véritable création et qu'on s'évade vers le monde des gnawa. C'est aussi de montrer qu'il y a une passerelle évidente entre les deux et qu'on puisse en même temps vraiment jouer de la musique gnawa et vraiment jouer du rock pas juste mettre quelques couleurs gnawa dans un morceau rock ou inversement. C'est là le défi en réalité de ce projet et celui de toutes les fusions : que chaque influence majeure soit dignement représentée et qu'il puisse y avoir un point d'où cela parte dans les deux sens sans problème.

Comment as-tu choisi les musiciens du Band ?
C'est toujours un mélange entre une amitié, parce que c'est évidemment des gens que je connais bien et aussi un choix musical pour donner une orientation au projet. En fait, j'ai choisi des musiciens un peu à mon image : qui ont grandi dans un double milieu, soit par la musique, soit par les voyages, soit par la naissance…

Il y d'abord Louis Bertignac qui est un ami et que je connais depuis très longtemps, on s'est connu avant qu'il ne monte le groupe Téléphone et on a joué ensemble avec Les Visiteurs. C'est vraiment un très bon copain et ce choix s'imposait ! C'est quelqu'un qui adore tous les standards, qui est tombé dans la marmite du rock'n'roll quand il était petit, donc cela me paraissait évident de l'inviter. En plus tout le monde l'adore à Essaouira où il a joué plusieurs fois et a fait ses preuves avec les gnawa.

Ensuite il y a Cyril Atef, batteur, qui est un ami avec qui je joue régulièrement depuis des années, avant même
qu'il ne fasse Bumcello ou ne travaille avec -M-. On se connaît bien, c'est quelqu'un que j'apprécie beaucoup et qui est capable de jouer en même temps des musiques traditionnelles du monde entier, c'est ce qu'il fait avec Bumcello, et du rock'n'roll. Il a les deux cultures, il adore Led Zeppelin et joue avec Mathieu Chédid, c'est dire ! C'est très important pour moi de choisir des musiciens qui peuvent naviguer entre gnawa et rock.

Il y a également un autre musicien, moins connu que les deux précédents, c'est Akram Sedkaoui qui est un merveilleux chanteur. Je l'ai connu il y a quelques années quand il était dans le collectif M'Source. Il a lui aussi cette particularité de passer d'un monde à l'autre avec aisance. J'avais besoin d'un bon chanteur et je pense qu'il fera très bien l'affaire !

J'ai prévu un cinquième musicien «occidental», cela nous laisse la possibilité d'avoir un invité et d'amener une autre couleur. Pour ce musicien la porte reste ouverte. En tout cas à quatre et avec les musiciens gnawa on a déjà le coeur du groupe.

Concernant les musiciens gnawa, j'ai pris l'initiative de travailler avec un jeune maâlem (maître) Saïd Boulhimas que j'ai eu l'occasion de voir sur scène à Essaouira en 2003 et sur lequel j'ai craqué. Il a une très bonne oreille et une manière de jouer le gumbri tout à fait exceptionnelle. Il est en même temps dans la tradition et on sent qu'il peut suivre facilement des harmonies. C'est un très bon musicien. Je pense qu'il est important de travailler avec des jeunes parce que, tout d'abord, ça leur laisse la place et je trouve que c'est aussi important pour la relève dans la musique gnawa que par rapport au projet lui-même. En effet, on va jouer des musiques qui ont été créées par un mouvement très jeune, à une époque où les Beatles ou les Stones avaient 25 ans, et je crois que c'est bien qu'il n'y ait pas que des vieux papys comme Louis ou moi sur scène ! Saïd va venir avec trois autres musiciens, l'un jouera diverses percussions traditionnelles et les autres seront aux qarqabous et aux choeurs.

Comment vont se dérouler les séances de travail entre tous ces artistes?
Dans un premier temps je vais répéter en janvier avec Saïd Boulhims à Essaouira, lui faire écouter des musiques
et voir sa réaction. Je vais travailler avec les gnawa, puis avec mes copains à Paris et voir ensemble quels
morceaux nous avons envie de jouer, ceux dont on estime qu'ils auraient la force de cette fusion.
Ensuite on va se réunir avec les gnawa en résidence, à Sidi Kaouki, près d'Essaouira, dans un endroit très
paisible au bord de la mer pendant une semaine, juste avant le concert qui aura lieu le 21 juin sur une des
grandes scènes du festival d'Essaouira. Nous aimerions continuer sur notre lancée en jouant au Cabaret
Sauvage le 27 juin, pour faire profiter de notre création au public parisien ou à ceux qui seront rentrés
d'Essaouira et qui voudront en remettre une couche !

Qu'est-ce que tu as envie de faire passer au public ?
J'ai l'impression d'être un peu schizophrénique dans ma vie. Il y a la vie que j'ai connue quand j'étais petit, il y a la vie telle qu'elle est ici en occident maintenant et il y a cette attirance que j'ai pour l'Afrique, le Maroc… Ce projet, c'est une manière pour moi de relier ces différents mondes.
Il y a eu une énergie dans les 70's qui continue a être au coeur de beaucoup de musiques actuelles et ce n'est
pas par hasard si on entend sans arrêt encore les Rolling Stones, les Beatles et si certains continuent à jouer. En même temps je pense que tous ces musiciens ont été influencés directement ou indirectement par l'Afrique et par la découverte de nouvelles cultures à cette époque et que ça a été une source d'inspiration très importante pour eux. Quelques fois, de manière très évidente, par exemple les Stones se sont inspirés de la musique Jahjouka du Maroc, les Beatles ont inséré le sithar indien, Led Zeppelin les derboukas marocaines...

En 30 ans, les choses ont changé, les musiciens gnawa ont évolué dans leur musique et le public est beaucoup
plus réceptif qu'auparavant. Il a eu le temps, à travers toutes les expériences musicales de fusions qui ont été
faites, de s'imprégner de ces musiques qui ne sont pas évidentes à comprendre.
Il me paraît important en 2006 de faire le point, de rapprocher ces deux mondes, et d'essayer d'y arriver en
utilisant ces nouvelles bases. Les gnawas ont fait un gros parcours musical en évoluant vers l'occident et en
prenant en compte tout ce que les musiciens du rock ont pu assimiler de la musique africaine et de la musique
gnawa.

Mon grand désir est d'arriver à ce que l'énergie de cette fusion soit la plus forte possible, en espérant additionner l'énergie du rock'n'roll et celle de la musique gnawa. Souvent on met un petit peu de gnawa dans du rock ou inversement, un petit peu de guitare saturée dans de la musique gnawa…
Voilà c'est mon ambition, allons-nous y arriver ? je ne sais pas… Mais si on y arrive, ce serait réussir à décupler
des énergies qui ont des pouvoirs très puissants l'une comme l'autre et qui fédèrent un enthousiasme fort.
Enfin ça c'est un peu mon rêve !

Ce projet, avant tout humain, implique forcément une certaine fragilité ?

La fragilité vient d'abord du fait de réunir deux mondes très différents. Si on considère la musique gnawa dans ce qu'elle a de vraiment essentiel, c'est une musique très traditionnelle avec des codes et avec une gamme qui n'est pas tempérée comme celle qu'on utilise ici, le mélange est délicat. On y arrive ou on n'y arrive pas mais de toute façon on prend beaucoup de risques car il n'est pas sûr que les gnawa comprennent toujours notre langage, et inversement, on a beaucoup de mal à comprendre en profondeur le leur.
Là encore, c'est mon défi. On va voir si on a une bonne étoile et si on est capable de le faire.
Moi je pense que oui, mais c'est très fragile. Il faut y aller avec beaucoup de tact et c'est un peu mon rôle.
Dans ce genre de projet le choix est très important, et je pense avoir réuni une équipe de musiciens venant de
France qui seront capables d'être à l'écoute des gnawa et inversement. Maintenant ce n'est pas gagné.
Il faut qu'on joue, il faut que les ego se taisent un peu, il faut qu'ils s'associent !

Il y a encore beaucoup d'incertitudes dans ce projet mais ça fait partie de l'excitation !
Mon idée est d'arriver à insérer des morceaux où l'on puisse avoir un tuilage vocal des deux tendances.
Reconnaître vraiment un morceau de Led Zeppelin et tout à coup passer naturellement à la musique gnawa…
Imaginer des choeurs traditionnels gnawa sur un refrain que tout le monde connaît. Je commence à avoir
quelques idées mais c'est un travail que je vais faire avec les gnawa en leur faisant écouter des morceaux que j'ai choisis et voir comment ils peuvent y intégrer des morceaux de leur répertoire. J'aimerais éviter qu'il y ait des pavés dissociés et j'espère bien que les inspirations vont être multiples, je n'ai pas du tout écrit un scénario ou des partitions, ce n'est pas du tout comme ça que je souhaite travailler.
Il ne faut pas oublier qu'on doit garder une grande liberté sur scène, toutes les rencontres se passent comme ça à Essaouira, Cette fois ce sera plus élaboré, grâce au travail en amont et à la résidence, mais je n'ai pas envie de fermer les arrangements. Il faut vraiment garder cette fraîcheur et laisser les portes ouvertes…
 



Liens à visiter :

Site officiel :
www.myspace.com/bandofgnawa

Les sites des partenaires du projet:
www.festival-gnaoua.co.ma
www.cabaretsauvage.com
www.myspace.com/sabinegrenard
www.nemomusic.com
www.planet-dz.com

les sites des artistes :
www.myspace.com/loyehrlich
www.bertignac.com
www.bumcello.com

 

Contacts
bandofgnawa@free.fr
Ourida 01 46 64 23 20
Sabine
 06 14 30 81 22